‹ De l'échange et du louageChapitre 29 sur 110 · L PREFACE · texte numérisé non relu

L PREFACE

C'est aussi à ce moment que les baux à ferme temporaires commencent à signaler leur apparition ; je n'en ai pas trouvé d'exemples avant 1089 et 1100 ;1) ^ et en effet, avant cette époque, comment y aurait-il eu [dace pour des fermiers volontaires, lorsque les seigneurs seuls propriétaires du sol avaient dans leurs serfs des fermiers héréditaires et des cultivateurs forcés? Comment le bail temporaire aurait-il pu trouver des bras empressés, lorsque les concessions perpétuelles étaient un aiguillon à peine suffisant pour donner à la terre les ouvriers dont elle manquait ? Le bail à ferme ou à métairie temporaire ne pouvait donc naître qu'avec la liberté de la classe agricole ! Les faits se trouvent ici parfaitement d'accord avec les données philosophiques.

Si maintenant nous voulions suivre le développement des baux dans les différentes provinces de la France, il nous suffirait peut-être, à défaut de documents particuliers, de constater les progrés toujours croissants de la classe rustique, lancée désormais dans les voies du travail libre. Je sais que dans les troubles qui jusqu'au règne de Louis XIV n'ont cessé d'agiter la France, les paysans sur qui retombait exclusivement le poids de l'agriculture, furent constamment en proie à des vexations de toute nature. Outre les charges habituelles qui comprenaient les redevances pour le seigneur, la taille pour le roi> la dîme pour le curé, il y avait la part de l'oppression dans les moments de crise sociale. Tantôt le lise rançonnait le cultivateur d'une manière démesurée ; tantôt le soldat venait l'insulter dans son manoir et le traitait en vaincu. L'on voit dans les cahiers des états du Languedoc que, pendant les règnes de Henri III et Henri IV, les mauvais traitements de la soldatesque faisaient périr un grand nombre de familles de paysans, et que le nombre des feux avait diminué rapidement dans la province (2). Mais ces rapines elles-mêmes sont une preuve que la condition du paysan était assez bonne pour qu'il y eût quelque chose à prendre chez lui. Et puis, quand la sécurité revenait, la classe agricole trouvait bientôt le moyen de réparer les ravages de la tempête, comme une fourmilière laborieuse qui refait avec patience l'asile qu'une main ennemie a voulu lui enlever. Il est certain que l'esprit de la féodalité française n'a pas eu, en général, pour but de tenir le paysan dans la pauvreté; elle l'humiliait sans doute; elle lui faisait sentir sa supériorité en exigeant de lui l'obéissance personnelle et une dépendance blessante. Mais elle fut plus vaine qu'avare ; elle comprit que son intérêt était lié à celui du cultivateur, et

(1) Ducange, yo l irma ; infrày no 631.

(2) M. de Sismondi, Etudes tut l'écon. polit-, t. ), Introd., p. 21.

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