PREFACE
plus haute anliquilé. Four se procurer des engraiâ artificiels, on semait dans les champs des graines qui donnaient de grandes plantes, et, lorsqu'elles étaient venues, on les enterrait par un nouveau labour. Après la moisson, on laissait reposer les terres un an sur trois, sur quatre, sur cinq, sur six, sur sept, suivant qu'elles étaient fertiles (1). A part ce dernier point, sur lequel les idées commencent à se modifier beaucoup (2), y a-t-il une grande différence entre ce temps et le nôtre ?
Un point sur lequel il y en a beaucoup plus, c'est l'état où la classe des fermiers et des cultivateurs est arrivée de nos jours ; classe intéressante qui va puiser les moyens d'améliorer sa position, non dans les perturbations sociales, mais dans le travail et l'économie ; classe progressive surtout, qui, en faisant tous les jours de nouvelles et pacifiques conquêtes sur le sol qu'elle arrose de ses sueurs, se pénètre de plus en plus des sentiments de conservation et de moralité que la propriété foncière développe chez ceux qui la possèdent.
Il y a cependant encore dans son sein de grandes inégalités. Entre le cultivateur du département du Nord et le métayer de certains départements méridionaux, la distance est aussi considérable que celle de la latitude, sous le rapport de l'aisance, de l'indépendance, de l'intelligence agricole. Quelle peut être la cause qui maintient cette fâcheuse diversité? Le problème est difficile. Il est trop vaste et trop important pour que je cherche à le résoudre ici. Je ne ferai qu'une seule observation qui rentre dans mon sujet. On a dit qu'un des motifs de cette inégalité provient de la routine qui maintient dans le midi le système du colonage partiaire, lequel ne peut, de toute manière, que se soutenir dans un rapport marqué d'infériorité avec le bail à ferme. Mais je crois qu'on confond l'effet avec la cause 5 on prend le symptôme du mal pour le mal lui-même. Dans les provinces où le colonage partiaire se perpétue, c'est moins la routine que la nécessité qui y assujettit le cultivateur.
Pourquoi le bail des terres ne se présente-t-il pas partout dans les mêmes conditions ? C'est qu'instrument usuel de l'industrie agricole, il se modifie non-seulement suivant les habitudes, mais encore suivant les besoins et les degrés d'aisance et d'indépendance des personnes dont il met l'industrie en action. Entre ces modifications et la condition des agriculteurs, il y a une liaison intime. Si nous possédions une statistique exacte de l'état moral
(1) M. de Monleil , Histoire de» Françai$, d€i diwr* EtaU, t. l, p. 201.
(2) tnfrà, n» 663.
PRÉFACE. Llir
et matériel de nos départements, un esprit investigateur trouverait facilement dans la manière d'être des populations , le principe d'une foule de faits judiciaires et de rapports légaux, jusqu'à ce jour inexpliqués ; mais les matériaux manquent en partie pour ces recherches philosophiques. El cependant la science du droit voudrait pour elles une place dans son sein ; car les lois civiles ont leur esprit comme les lois politiques dont Montesquieu s'est occupé à peu prés exclusivement. Cet esprit doit être révèle aux hommes qui aspirent à sortir de l'ornière étroite dans laquelle la science est menacée de s'embourber.
Dans les départements où le paysan est pauvre et sans capitaux, le colonage jjartiairedoit nécessairement dominer. Pourquoi? c'est que dans ce sysîéme d'exploitation, nonseulement le propriétaire met en commun la jouissance de sa terre, mais fournit encore presque toujours les bestiaux (1), et que tous les grands frais de culture retombent sur lui, tandis que le métayer ne fournit que son travail et ses soins. Le ( uUivaleur pauvre est donc forcé de j)référer au bail à ferme une combinaison qui n'exige de lui aucune avance pécuniaire, et qui ne lui demande que son industrie. Dans une t'.'lle société, il ne hasarde rien que ses peines ; il ne prend j-ur lui aucune chance qui l'oblige personnellement envers le Iciilleur; il vit avec sécurité sur le champ qu'il féconde, dis- ])ensé de payer au maître de l'argent et d'acquitter les imj)ôts ; car le contrat à colonage partiaire est organisé tout entier sur cette idée, que le paysan n'a pas d'argent, et qu'il ne faut pas lui en demander. Une fois qu'il a livré au propriétaire la moitié des fruits dont la nature a récompensé ses sueurs, il est à peu prés quitte envers lui ; c'est ce dernier qui doit veiller aux dépenses qui ajouteront à la valeur de la propriété ; c'est lui qui supporte toutes les charges; c'est lui qui doit se débattre avec le fisc. Une telle position est commode pour l'agriculteur; elle lui laisse une jouissance exempte de toutes les inquiétudes qui peuvent troubler le spéculateur; il ne craint pas surtout qu'a la fin de son bail, le propriétaire aggrave sa condition par de dures exigences, puisque le système du bail à métairie se résout en un résultat uniforme et invariable, le partage à mi-fruit.
Néanmoins ce mode d'exploitation a de grands inconvénients pour les deux parties contractantes. Et d'abord il devient fort onéreux pour le propriétaire à qui ses occupations ne permettent pas de résider sur son domaine ; il lui faut un représentant, un homme d'afl'aires pour procéder au pai tag'ë dps fruits, pour les cmniaganiser, pour les vendre, pour sur-
(1) Wrà, u" 637.