‹ De l'échange et du louageChapitre 32 sur 110 · LIV PREFACE · texte numérisé non relu

LIV PREFACE

veiller la gestion du colon, qui n'est pas toujours un fidèle associé. Voilà déjà un prélèvement considérable sur le revenu le plus net de la terre, et cette charge jointe aux impôts qui, sous tant de noms et de formes, pèsent sur le sol, gène le propriétaire, qui a acheté cher et qui recueille peu. H suit de là qu'il recule d'année en année devant les réparations et les améliorations ; il néglige les bâtiments, laisse les troupeaux sans augmentation ; il se montre avare envers celte terre qu'il trouve trop avare pour lui; il lui enlève le plus qu'il lui est possible, sans lui rendre le peu qu'elle réclame pour soutenir ses ressources et sa vigueur. En vain le colon s'épuiserait en efforts de trav;iil pour lutter contre l'énervalion de ses forces. L'industrie agricole doit être secondée dans une certaine mesure par les capitaux.

Ainsi donc, voilà la perspective du propriétaire non résident : des non-valeurs, souvent des embarras, quelquefois des dettes. C'est pourquoi en Italie, où la terre s'exploite en général par des mezzahioli ou métayers, la classe des propriétaires qui veut se livrer aux lettres, aux professions libéraleti, aux voyages, etc., etc., élève de vives plaintes contre le système du colonage, et médite de le remplacer par des combinaisons meilleures pour la liberté du propriétaire et pour son aisance (1). Eu France aussi les mêmes résultats font former les mêmes vœux. On le sait : de jour en jour l'activité nationale multiplie les efforts du travail et de l'esprit pour se créer des carrières diverses. L'industrie, l'état militaire, les fonctions publiques, la médecine, le barreau, l'étude des lettres, etc., etc., éloignent du séjour des champs le propriétaire qui aspire à augmenter son patrimoine ou son revenu, à servn" la patrie , à développer son intelligence. Mais, séparé de sa métairie, obligé de sacrifier pour un gérant dispendieux les sommes qu'il verserait en améliorations, il s'irrite contre le colon qui réclaii'.e des réparations pour les bâtiments et des avances pour la terre. Il sent combien serait préférable un système de bail qui mettrait dans ses mains un revenu en argent, dégagé de frais d'administration, d'impôt, et de toutes les charges qui forcentsans cesse le propriétaire à venir au secours du nieinyer. Mais pour arriver là, il faudrait trouver pour auxiliaire une classe agricole aisée, industrieuse, entreprenante, et précisément le bail à colonage n'existe que parce que cette classe indépendante n'existe pas. D'un autre côté, la sécurité dans les rapports du métayer et du maître, chose excellente en soi, favorise cependant l'esprit de routine trop naturel au paysan ; elle le maintient

(1) M. de Sismondi, quoique partisan du métayage, en convieut, t. 1, p. 317 et suiv.

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