‹ De l'échange et du louageChapitre 5 sur 110 · PREFACE. VU · texte numérisé non relu

PREFACE. VU

obligé à perdre un temps précieux pour aller de celle-ci a celle-là, lorsqu'il faut labourer, fumer, euseiiieucer ; à faire des dépenses plus considérables de clôtures ; à supporter des empiétements plus fréquents ; à se soumettre à des servitudes gênantes ; à renoncer à l'éducation des bestiaux, etc., etc. Or, il y aurait un moyen de lutter contre ce mal ; ce serait de réunir par la voie d'échanges tous ces terrains disséminés. M. François de Neufchâteau nous apprend qu'avant la révolution les propriétaires de la commune de Rouvres, prés Dijon, recomposèrent ainsi leurs terres par des échanges volontaires, et obtinrent l'appui du gouvernement pour vaincre les obstacles qu'opposaient aux réunions soit les droits des décimateurs et des seigneurs, soit les chemins qu'il fallait changer. Pourquoi ces tentatives ne seraient-elles pas plus générales ? Pourquoi le gouvernement ne prend-il pas une initiative digne de lui en les excitant et les favorisant? Pourquoi ne promet-il pas son concours pour certaines dépenses et des exemptions de droits pour des mutations? Les difficultés d'une telle entreprise ont été abordées et vaincues, sur une plus grande échelle qu'à Rouvres , dans le Danemark, la Suéde, l'Ecosse, la Prusse; ne serait-il pas de l'honneur d'une nation telle que la nôtre, de ne pas rester en arriére de ces exemples, surtout lorsqu'il s'agit de nos intérêts les plus chers? Mais deux causes faciles à prévoir s'y opposeront sans doute. La première, passagère, il faut l'espérer, c'est cette habitude de la législature d'user tous les ans son temps et son ardeur dans le cercle monotone ^e discussions, qu'on appelle politiques et qui ne sont que personnelles ; car ces débats qui viennent périodiquement accrocher à une balançoire aérienne le gouvernement du pays, et dont on pourrait dire :

Panduntur inanes

Suspensœ ad ventos (1).

tous ces débats, dis-je, s'agitent entre des hommes qui au fond ne sont pas séparés les uns des autres par l'épaisseur d'un cheveu. La seconde est plus grave et plus difficile à vaincre ; elle lient à l'esprit ombrageux de notre démocratie, qui, bien que douée d'une force supérieure à tous les obstacles, se laisse prendre cependant d'une inconcevable panique quand on lui parle d'aristocratie. Or, je ne serais pas étonne que quelque habile surveillant de cette terrible aristocratie ne vît, dans les réunions de parcelles, je ne sais quel projet

(1) Virgile, Enéide, liv. VI, vers T40.

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