PREFACE. IX
armée qui prête ses brns à l'inJustrie manufacturière. Il y a, dans deux pays voisins l'un de l'autre, deux grandes questions sociales qui viennent aboutir au contrat de louage, la question des salaires en France, celle de la décadence croissante des petits feriîiiers en Angleterre (1),
Je disais tout à l'heure qu'a mesure qu'on s'éloigne des ténèbres de la barbarie, l'échange est éclipsé par d'autres contrats plus importants. Ici c'est tout le contraire. Le louage aime le soleil de la civilisation ; il se développe et grandit sous son influence, tandis que la nuit des temps barbares le rapetisse. Si vous descendez au degré le plus bas de la civilisrttion, vous ne lui voyez jouer presqu'auciin rôle dans la vie civile. Quand les cités sont rares et petites, quand les maisons sont tellemeni rétrécies qu'elles suffisent à peine ))our loger la famille, et que d'ailleurs la population, dominée par ses habitudes casanières, ne voyage pas au loin, il y a tout a la fois peu de locataires et peu de place pour les locataires ; alors, le bail à loyer ne saurait donc être un moyen large et général d'utiliser les édifices urbains (2). Chacun, dailleurs, a l'amour-propre d'avoir la propriété de son manoir ; le toit héréditaire, tout chétif qu'il peut être, communique à celui qui l'habite une sorte de relief et d'honneur! Feu importe la r^isèrede ces demeures sales, humides, où le jour a peine à pénétrer, où la poitrine respire avec effort! repaires qui semblent faits exprès pour héberger la pesie. la lèpre et tous les fléiiux contiigieux ! peu importe, dis-je ! L homme s'y complaît parce qu'il se dit, dans son orgueil : J'ensuis propriétaire. Au contraire, celui qui ne tient pas de f-es pères ou de son travail un abri pour reposer sa tête, celui ipii est obligé de prendre chez autrui un logement à loyer, „est placé, par lopinion de ses concitoyens, dans une espèce d'infériorité et de dépendance. On retrouve encore quelques traces de ces préjugés dans le département de la Corse où la simplicité des mœurs primitives a conservé plus qu'ailleurs sa physionomie originale et naïve.
Vitruve nous apprend qu'au commencement les maisons de Uome étaient fort basses ; elles n'avaient qu'un seul étige, et suffisaient néanmoins aux besoins d'un peuple simple et austère (3). Mais où était le gîte du locataire dans ces demeures exiguës ? On le chercherait vainement. Les distributions de terre à la plèbe (4 , les assignations de certaines
(1) Voyez le National du 14 cclobre 1833, sur cet clat de décadence dO't je parle infrà, p. xii et xui.
(2) Vico, trad. de M Midioîel, p 184.
(3) Al cil., lib. 2.
(4) V. M Niebuhr, t. H, p. 161.