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))iirties (lu territoire pour en faire des quartiers de Rome (1) semblent indiquer que chacun eut dans l'origine sa petite retraite et son asile. Ce n'est que beaucoup plus tard (|ue la population s'étant accrue, on éleva les maisons. Les riches logèrent alors les pauvres dans le dernier étage, qu'on nommait cœnaculum, ei le profit qu'ils. en retiraient s'appelait cœnaculariam facere.
Dans les campagnes, le bail à ferme n'est pas plus fréquent.
Les familles propriétaires, soumises à un pouvoir intérieur, mélangé d'origine patriarcale et de conquête, vivent isolées les unes des autres sur des domaines qu'elles font cultiver par des mains serviles, et dont elles consomment les fruits en nature. Un intendant, qui n'est que le premier esclave entre les esclaves, dirige les travaux, surveille les ouvriers et les cultivateurs, et se venge sur eux de l'autorité despotique que le maître exerce sur lui. L'histoire des deux premières races nous montre ce régime en pleine vigueur dans les villce royales (2). Les rois vont résider tour à tour dans leurs divers domaines, afin d'y vivre, eux et leur cour, des produits agricoles dont le commerce d'alors n'aurait pu fiiire de l'argent.
A ces époques, et dans tous les Etats où l'élément aristocratique prédomine pleinement, la classe des fermiers n'a pas encore d'existence réelle. Pour qu'elle puisse compter dans le dénombrement de la population comme élément sérieux de la prospérité polili(|ue, il faut qu'il y ail un noyau d'hommes libres, venant après la première occupation du sol, trouvant les places prises par les premiers arrivés, et cherchant à s'en créer une par leur travail et par une sorte de combinaison qui consistée mettre leur industrie à la disposilioii du propriétaire, qui, de son côté, leur fournit la matière productive. Or, à l'époque dont nous parlons, époque appelée héroïque par Vico, il n'y a guère que des maîtres et des serfs : la liberté a pour condition la propriété ; tout chef de famille libre, indépendant, est nécessairement propriétaire ; quiconque n'est pas propriéta«r-i est esclave ou contraint à tomber dans la servitude.
Un progrés assez fréquent finit cependant par tempérer cette dépendance des classes inférieures. Les grands propriétaires, embarrassés de limmensité de leurs terres, et presque gênés de leurs inutiles richesses, cherchent à les rendre plus productives en intéressant les familles à la culture du sol.
(t; Aucus assigna aux Latins des demeures sur l'Afenlin (V. M. Niebuhr, toc. cit., p. 145).
(2) V. le capit. de Villis et Curtis.
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De là des concessions de terrains pour bâtir, défridier, labourer, moyennant certaines redevances annuelles. Nous avons non loin de nous un exemple vivant de cet état social dans les populations slaves. « Chaque seigneurie, dit M. de » Sismondi, se compose de deux parts : la terre du seigneur, » qui est cultivée au moyen des corvées (1), et celle qu'il a » partagée entre un grand nombre de familles de paysans, » que chaque famille cultive durant les trois jours par se- » maine qui lui restent libres En Russie, la corvée des » paysans a été généralement remplacée par une redevance » en argent, nommée Vobroc, qui, de sa nature, est supposée » toujours égale, mais que, dans un pays sans liberté et sans » garantie , le seigneur peut augmenter suivant son ca- » price (2). » Nous verrons bientôt que noire population agricole est soriie d'une situation correspondante. Cette situation est le plus grand pas que la classe des paysans puisse faire lorsque l'élément démocratique n'a pas fait sou apparition.
Mais aussitôt que l'assouplissement du principe aristocratique a permis à la classe des hommes libres de prendre rang dans l'Etat, le bail à ferme ou à colouage temporaire devient le moyen le plus général de mettre les terres en valeur. A mesure que le servage s'elîace, le bail a ferme empiète sur les places qu'il laisse vacantes ; car il est l'industrie du paysan, de même que le négoce et la fabrique sont l'industrie du citadin. Peu à peu l'on voit s'élever de nombreuses familles de cultivateurs indépendants, qui tiennent le milieu entre les grands propriétaires et les ouvriers prolétaires. Le fermier qui a longteuips travaillé, longtemps économisé, finit par acheter un champ ; il prend place parmi les possesseurs du sol. Alors, si quelque grande cause politique n'y met pas obstacle, l'agriculture et la liberté se donnent la main, et cette union fait surgir des entrailles de la terre, comme autrefois les dents du dragon, cette classe villageoise, si précieuse pour la propriété, et qui, plus que tout autre, est le nerf d'un Etat puissant; car c'est elle qui dans la j)aix trace le sillon nourricier : c'est elle qui, pendant la guerre, fournit à la patrie ses plus robustes et ses plus vaillants soldats.
La transition dont je parle s'opère depuis longtemps en France, dans un silence qui trompe les étrangers, peu instruits de nos mœurs. M. Jacob, chargé par le parlement anglais de parcourir l'Europe pour y étudier l'état de l'agri-
(1) Qui consistent en quatre jours de travail par semaine.
(2) Etudes sur l'économie politique, t. I, p. 186.
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culture, a prétendu que la France est au second degré de l'échelle agricole m commençant par en bas. Co, jugement n'est |)iis d'nn olisenalcnr ; c est celui d'un contempteur superficiel. M. Jacob n'a vu probablement dans nos villages, assez sales pour la plupart, dans les demeures assez cbélives (le nos paysans, quel indice de la misère. Il ne sait pas que dans plusieurs de nos provinces une grande révolution se prépaie au profit de ce cultivateur, qu'il croit si pauvre, parce qu'il est peu soucieux d une vie luxueuse ou commode ; il ne sait pas qu'un jour viendra où, sans secousse et sans bruit, la propriété passera presque entièrement dans ses mains. Nous insisterons |dustard sur cet inévitable résultat, qui nous paraît devoir fixer à un baut degré l'attention des économistes. En attendant, nous laisserons l'Angleterre se vanter des progrés de son agriculture et du confortable qui régne dans ses campagnes. Si l'art agrit oie fleurit chez elle plus que cliez nous, notre population agricole progress»; chez nous bien plus que chez -elle, et c'est là ce qui importe surtout à ceux qui fmit marclier l'homme avant la chose. Nous n'avons pas oublie ces prétendues réformes agronomiques, par lesquelles la duchesse de Sutherland déposséda quinze mille |)aysans de sept cent quatre-vingt-quatorze mille acres de terre dont ils étaient en possession depuis un temps immémorial, les força à abandonner leurs antiques loyers et leurs villages, qui furent démolis et brûlés ; le tout afin de convertir b'urs champs en pâturages plus productifs, et d'améliorer les races bovines et les laines des troupeaux (1) ! Est-ce là le sort qui attend le cullivaleui' français? est-il forcé dans sa détresse de s'écrier douloureusement :
Nos patriam fugimus et dulcia linquimtis arva.
Et puis, toutes îes merveilles de l'agriculture anglaise n'empêchent pas que beaucoup de grands seigneurs, chargés de dettes, avec leurs immenses fortunes, ne pressurent horriblement leu.'s fern)iers (2). il y a d'ailleurs un fait officiel qui fait taire tous les doutes : c'est le rapport de la commission parlementaire nommée pour rechenher les causes des embarras de l'agriculture, rapport publie, en 1835. par les journaux anglais. Les dépositions reçues par les commissaires du parlement s'accordent à dire que depuis dix à douze ans le fermier anglais paye le fermage des teires, non sur les
(1) Ce fait fut iieu de iS'A à 1820; it fut imité par d'autres seigneurs ëco^sais. M. de Sisraondi (loc. cit.), l. I, p. 204 et suiv., a tracé le récil lamentable de ces expulsions.
(2) M. de SiAoïondi. t. 1, p. 228.
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profits de 601» exploitation, mai;^ sur son capital ; qu'en conséquence, ceux qui ont eu le plus de prévoyance émigretit en Amérique, tandis que ceux qui restent s'appauvrissent de plus en plus, et tombent dans la classe des nianouvriers ou disparaissent complètement (1)! De la les plaintes incessantes des propriétaires et des fermiers anglais, leurs réclamations importunes pour obtenir des monopoles et des lois protectrices, qui leur permettent de soutenir la concurrence avec les blés étrangers; de là, les faillites de ces spéculateurs en agriculture qui meurent de faim dans leurs fermes admirables de beauté; de là ces incendies de récoltes et de maisons rurales, indices trop réels du malaise des campagnes et d'une inquiétante fermentat'on (2)!! Si tous ces faits sont exacts (et qui pourrait les révoquer en doute?) ce pourrait être une nouvelle coiifirnialion de ce mot profond de Pline, que le trop bien cultiver ruine, el nous pourrions être moins jaloux des beaux pâturages de l'Angleterre et de ses belles races d'animaux, et de ces fermes grandes comme le département de la Seine, où un entrepreneur, qui ne cultive pas luimême, remplace par des uiacbines économiques le véritable fermier qui travaillait de ses mains, expulse l'bomme comme un rouage inutile dans son industrie, s'attache surtout à anéantir le petit j)roprietaire cultivateur, pour le supplanter, à défaut d'instruments mécaniques, par des journaliers mercenaires et sans lendemain. Tout cela peut être le beau idéal de l'art agricole. Ouelijues lords déjà bien opulents peuvent, par hasard, gagner un peu plus de revenu dans cette spéculation d'un seul contre une classe d'hommes qu'on pourchasse pour la faire descendre jusiju'au prolétariat. Pour moi, je préfère l'éiat plus modeste de nos champs. Là, de faux dehors ne cachent pas de profondes misères; là, l'amélioration croissante du sort de nos cultivateurs présage la prospérité plus réelle qui attend notre agriculture; elle tranquillise l'observateur sur l'avenir d'une population intéressante el chère à la p itrie. C'est bien assez des maux que la classe ouvrière des villes nous tient en réseive. Quant à nos campagnes si dédaignées de nos voisins, nous pouvons vivre exempts des inquiétudes qui préoccupent leur parlement.
L'Irlande, l'un de leurs trois royaumes, offre à un plus haut degré l'exemple de ces causes malfaisantes dont je parlais tout à l'heure, et qui compromettent l'élan de la classe agricole. Dans ce pays cependant se trouvent réunis par la nature tous les éléments de la prospérité sociale; une race
(1) J'emprunie ce résumé à un article du National du 14 oct. 1833.
(2) M.deSismondi, l. II. p. 226.