‹ De l'échange et du louageChapitre 9 sur 110 · XIV PREFACE · texte numérisé non relu

XIV PREFACE

d'hommes belle et vi<Jonron?p, une population féconde et (louée (les plus heureux instiiicis, une terre lerlile et pittoresque, un climat favorable à la végélation et qui connaît à peine les celées, les sécheresses, les grêles, les inondations (1). Et pourtant l'infortune de ces cultivateurs est si grande qu'elle serre le cœur d'une douleur infinie, et l'on est tenté de désirer pour elle l'esclavage du paysan russe ! Le tableau en a été tracé avec la chaleur d'une ame généreuse et la vérité d'un profond observateur, par M. Gustave de Beaumont, dans son beau livre de VIrlande. Déjà un savant économiste, que j'ai plus d'une fois cité. M. de Sismondi, avait sondé la profondeur de cette plaie. Leurs récits contiennent plusieurs traits qui se rattachent à notre sujet et qu'il faut rappeler.

Un lord d'Angleterre sait, par la tradition et par les comptes de son intendant, qu'il est propriétaire en Irlande dune terre immense. Sans entrailles pour les colons qui l'exploitent, car ils n'ont ni la même origine ni la même religion que lui ; sans affection pour ce domaine, car une révolution peut, d'un jour à l'autre, lui enlever ce que la conquête lui a donné ; il ne cherche qu'à retirer d'Irlande la plus forte somme de revenu, au risque d'épuiser la terre et de ruiner ceux dont les mains la travaillent. Cette rente énorme, qu'on appelle rack rent, et qui mérite ce nom affreux, car elle est, pour ainsi dire, arrachée par la torture 2), n'anive pas directement du paysan au propriétaire. « Ce » dernier, dit M. Gustave de Beaumont, abandonne le loyer » de son domaine a quelque traitant, moyennant un prix » une fois payé, ou une somme annuelle, dont le chiffre est » fixé à forfait. Cet entrepreneur, riche capitaliste, résidant » soit à Londres, soit à Dublin, ne loue pas une terre en Ir- » lande pour en être le fermier. Mais il la prend à bail pour » en faire la matière d'une spéculation, et, tout aussitôt le o marché conclu, il n'aspire qu'à transmettre à un autre >> l'exploitation de cette terre, à la condition seulement qu'un )> bénéfice lui soit assuré. Alors il a coutume de diviser le » domaine en un certain nombre de lots de cent, cinq cents, » mille acres, qu'il afferme à des traitants secondaires, ou » midlemen. Quelquefois le propriétaire vendant fait lui- » même cette division, qu'il livre ainsi directement aux spé- » culateurs subalternes.

» Mais comment ces traitants de siconde ou de première » main feront-ils valoir les portions de terre qu'ils prennent » à bail? Chacun d'eux établira-t-il sur sa part une grande

1) lA. de Sismondi, p. 261.

'2) M. de Sisinondi, p. 333.

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