PARTIE DE JURISPRUDENCE. — H. TABLIER, GÉRANT
PREFACE
L'échange ne tiendra pas plus de place ici que dans le Code civil. S'il est , entre tous les contrats commutatifs, celui qui joue le plus grand rôle dans les siècles de décadence et de barbarie, il devient, aux époques de progrès social , l'un des moins fréquents dans les rapports civils internes, l'un des plus étrangers aux mouvements de la propriété.
En efFet , lorsque la monnaie est rare et peu courante, lorsqu'elle est resserrée dans les mains d'un petit nombre d'individus , qui se suffisent à eux-mêmes par la vaste étendue de leurs terres et par les services de leurs esclaves ou de leurs vassaux, le commerce des choses s'opère principalement par la voie des échanges. Le cercle de ces échanges est d ailleurs fort borné. La propriété foncière sommeille dans l'immobilité, et tous les efforts du législateur ont bien moins pour but de la répartir entre un plus grand nombre de possesseurs, que de la conserver immuable et perpétuelle dans les grandes familles qui jouissent presque seules de ses bienfaits. Quant à la propriété mobilière , dont le brillant «ssor balance de nos jours les influences terriennes , elle n'est encore considérée, aux époques dont nous parlons, que comme d'une nature inférieure et presque vile ! Vilis mobilium possessio. lÉtudiez, dans les chants épiques d'Homère, les scènes de la vie héroïque du monde grec; vous v^errez les chefs de famille se procurer avec des cuirs de bœuf, avec du fer ou des captifs, etc., etc., les choses qui doivent satisfaire à leurs besoins [i] .
[1] Quantum feliciore œvo , cuni res ipsœ permutabantur inter se , sicut et Irojanis lemporibus factitatum llomero credi convenit! Alios coriis boum, alios ferro laplivisque rébus mutasse tradit. Ex qua consuetudine
Rome ne connut aussi que l'échange dans l'état de simplicité primitive que regrettait Pline, alors qu'il avait sous Iqs yeux le tableau de la plus effroyable corruption que l'or enfanta jamais. Descendez enfin dans notre moyen âge, et interrogez les légendes, qui sont la curieuse et candide épopée de la barbarie moderne. Le dimanche et les jours de fête un marché se tient devant la porte de l'église ou du monastère ; là, entre gens rustiques d'une même seigneurie, les fruits de la terre et les croîts d'animaux sont échangés contre les produits d'une grossière industrie. L'artisan reçoit de l'agriculteur le prix en nature de sa main-d'œuvre ; l'agriculteur est vêtu par l'ouvrier qu'il alimente. Quelques ventes se font bien çà et là ; mais il faut en être sobre : l'argent est rare, on le garde pour payer les cens féodaux et les deniers emphytéotiques, pour offrir à l'église quelques donspieux, pour acheter, en cas de calamité, des prières et des indulgences.
Quelquefois on s'aventure à sortir de l'enceinte de la seigneurie ; un convoi se forme d'un certain nombre d'habitants , qui partent ensemble avec leurs charrettes et leurs provisions. Mais ce n'est pas encore de l'argent qu'ils emportent ; ils voiturent des denrées pour payer ce qu'ils achèteront. Écoutez cette naïve histoire rapportée par l'historien des évêques de Toul ; elle montre comment les salines de l'Est débitaient leurs produits aux habitants des provinces voisines.
muleta legum antiquarmi pécore constat cliam Romœ. (Pline, liv. oo ^ c. 3.) Voy. aussi les Inst. , de cxcept. vend. , g 2.
TIVOPLOIHG.