‹ De l'Échinococcose SecondaireChapitre 36 sur 64 · KYSTES HYDATIQUES DU COEUR · texte numérisé non relu

KYSTES HYDATIQUES DU COEUR

Les kystes hydatiques du cœur siègent plus souvent au niveau du cœur droit que du cœur gauche : ce fait ne peut guère être interprété en faveur de l’échinococcose secondaire plutôt qu'en faveur de l'échinococcose primaire, puisque les embryons hexacanthes arrivent au cœur par la veine-cave inférieure. Peutêtre cependant les embryons pénètrent-ils dans certaines circonstances par le poumon (Dougan-Bird) ; ils pourraient, dans ce

cas, arriver au cœur par les veines pulmonaires.

Dans 10 cas, sur les 30 observations de kystes du cœur rassemblées dans l'excellente thèse de de Welling (126), il y avait également des kystes hydatiques dans d'autres organes : « On peut se demander à ce sujet, fait observer de Welling, si un individu qui a un kyste hydatique dans un point quelconque du corps, n'est pas menacé d’un kyste secondaire du cœur.» Mais, ainsi que nous l'avons déjà dit, le fait de la coexistence de kystes du foie, de la rate, du cœur et du poumon, n'indique pas forcément une relation pathogénique entre les différents kystes : ils peuvent être, et sont même le plus souvent indépendants et primitifs.

Les kystes hydatiques secondaires du cœur peuvent relever : A) de l'échinococcose embolique ; B) de l'échinococcose secondaire des séreures, enfin C) de l’échinococcose secondaire locale,

A) — Sans doute, on pourrait concevoir l'échinococcose secondaire embolique du cœur gauche: quelques rares observations de kystes du cœur gauche, coïncidant avec des kystes du poumon ne s'interpréteraient-ils pas ainsi? À la vérité, cette pathogénie nous semble fort douteuse: les veines qui entrent en rapport avec les kystes du poumon, ont en général un volume insuffisant pour permettre une rupture d'un kyste dans leur cavité.

On comprend facilement au contraire la possibilité de kystes secondaires du cœur droit: un germe échinococcique charrié dans le sang de la veine cave inférieure s’arrêterait dans une des anfractuosité de l’auricule ou du ventricule — Rappelons à ce sujet que dans notre Exp. XLVI, il restait encore des scolex

attardés dans le cœur droit, trois minutes après l'inoculation intraveineuse. — Cependant nous n'avons pu trouver d'observations probantes relevant de cette pathogénie. On ne note guère dans les observations que la coïncidence de kystes du cœur droit avec des kystes du foie (obs. Schraune, obs. Rokitansky), ou encore avec des kystes du bassin, comme dans les deux vieilles observations de Rutty et de Clossius, rapportées dans la thèse de de Welling.

B) — Par contre nous avons trouvé plusieurs observations indiscutables de kystes secondaires du cœur d'origine péricardique, ou plus exactement, des observations d'échinococcose secondaire de la séreuse péricardique.

La rupture, très rare du reste, des kystes du foie (obs. Wunderlich, obs. Chaussier) du poumon (obs. Alibert), dans le péricarde, amène le plus souvent la mort rapide: on trouve alors dans la cavité péricardique des vésicules hydatiques nageant dans du liquide ou du pus; ilne s’agit pas là, bien entendu, d'échinococcose secondaire. Mais il est quelques cas où la mort n'est pas survenue immédiatement et où la survie a permis la greffe et le développement ultérieur des germes échinococciques.

Voici trois observations dans lesquelles cette pathogénie nous semble peu douteuse, bien qu’elle ait échappé aux auteurs : on remarquera que dans tous, il s'est agi de la rupture d’un kyste primitif du cœur

OBs. LXVI. — LoŒwEnNHART. — Femme de 20 ans, entrée à l’hôpital le 8 décembre 1863, pour des accidents cardiopulmonaires : elle meurt un jour subitement dans le jardin, où elle était descendue avec les autres malades.

Autopsie : Poumons normaux à part une légère congestion. « Les deux feuillets du péricarde sont considérablement épaissis sur toute leur étendue et étroitement soudés par de vieilles fausses membranes solides et de courtes bandes fibreuses. Cœur un peu hypertrophié : on voit au niveau de la moitié droite du cœur deux saillies ayant à peu près le volume d’une moitié d'œuf de poule, et autour d'elles, plusieurs saïllies plus petites dont la grosseur varie de celle d'un pois à celle d'une cerise. En détachant le péricarde, on voit que les saillies sont formées par des Aystes lendus, en partie logés dans le muscle cardiaque, en partie recouverts par le péricarde épaissi, qui leur adhère assez solidement. Ces kystes contiennent un liquide transparent; à leur face interne se trouvent un grand nombre de

vésicules proligères ; les plus gros kystes contiennent des vésicules filles grosses comme des pois. Après énucléation de ces kystes échinococciques, on voit que le kyste fibreux dans lequel ils étaient logés est confondu avec le muscle cardiaque et le péricarde.

Un examen ultérieur de la pièce anatomique montre que le plus élevé des deux gros kystes faisait complètement saillie dans l'oreillette et communiquait avec cette dernière par une ouverture qui pouvait laisser passer le doigt : l'ouverture siégeait au niveau de l’abouchement de la veine cave supérieure. Le. d’autres kystes dans les viscères. »

Dans les antécédents on trouve noté que : en automne 1861 (deux ans avant son entrée), la malade avait présenté une fièvre nerveuse exanthématique» (?) à la suite de laquelle elle resta si faible qu’elle

- dut garder le lit pendant six mois : elle souffrait de douleurs de tête et de poitrine, avait des palpitations de cœur ; elle présenta en même temps de /’enflure du visage, des mains et des membres inférieurs. Elle se remit du reste complètement de ces accidents.

O8s. LXVII. — BœckEer. — Jeune homme de 15 ans. Pas d’histoire clinique.

Autopsie faite à l’Institut pathologique de Berlin. « Cœur volumineux parsemé de tumeurs multiples. Près de la base, à la face postérieure, on trouve deux tumeurs arrondies qui englobent les gros vaisseaux qui partent du cœur. Ces tumeurs sont reliées entr'elles par une autre tumeur plus petite. Elles sont situées sur l'oreillette gauche dans la cavité de laquelle elles proéminent considérablement. A la face antérieure du cœur existent deux autres tumeurs surmontées de saillies irrégulières; elles sont de la grosseur d'une prune. L’une de ces tumeurs est située sur l’auricule droite, l’autre séparée de la précédente par l'aorte, est fixée à la paroi antérieure de l’artère pulmonaire. Sur la face postérieure des deux ventricules existe encore une tumeur de la grosseur d’une noisette. »

En outre, embolie échinococcique dans l'artère rénale.

Tous les auteurs signalent ces deux observations comme des exemples de «kystes multiples du cœur », tous primitifs, dans leur idée. Or, précisément la mullhiplicité de ces kystes aurait dû dans ce cas particulier encore, éveiller l'attention. La localisation cardiaque de l'embryon hexacanthe constitue en effet une rareté : dès lors il est bien peu vraisemblable que /es cinq embryons ingérés par le sujet (un plus grand nombre peut-être dans la première observation), se soient précisément tous développés dans ce siège exceptionnel qu'est le myocarde.

En second lieu la dissémination, le siège superficiel des kystes les plus petits, leur siège sous-séreux si nettement décrit dans l'observation de Lôwenhart, sont des arguments à peu près

certains en faveur de leur nature secondaire. — Du reste on trouve signalés dans l’histoire clinique de la malade de Lowenhart des accidents cardiaques bien caractérisés qui permettent de fixer avec une grande vraisemblance l'époque de la rupture du kyste primitif dans le péricarde.

Un fait curieux à noter est que dans les deux observations, le kyste primitif de l'oreillette — point de départ des kystes péricardiques — s'est de nouveau rompu plus tard dans la cavité auriculaire, cette fois ; ce sont deux exemples de ces ruplures ilératives, qui ne semblent pas rares dans l'histoire des kystes hydatiques.

Le troisième cas est l'observation de Bernheim.

Os. LXVIIT. BERNHEIM. — Homme de 67 ans entré à l'hôpital pour des accidents asystoliques. Mort subite.

Autopsie. Le péricarde adhère au cœur par des brides cellulaires qu'on parvient à disséquer dans toute l'étendue de la face antérieure, tandis qu’à la face postérieure les deux feuillets sont complètement adhérents. À ja face postérieure du cœur, sur l’enveloppe séreuse épaissie, on constate une grosse plaque calcaire saillante et en l'incisant, on tombe dans une poche du volume d’un gros œuf de poule. Le kyste siège à la partie inférieure et postérieure du cœur dans les feuillets du péricarde pariétal et viscéral accolés. La cavité du kyste contient des membranes gélatiniformes pelotonnées, sans liquide. On retrouve au microscope aspect feuilleté caractérisque. Dans les couches superficielles du péricarde, sur ses bords droit et gauche, on trouve deux vésicules, isolées, pisiformes, contenant des membranes de même aspect, sans crochets. En outre, à la base du poumon gauche, on trouve trois petits kystes du volume d’une noisette, contenant des membranes du même aspect que celles du cœur. Pas d’autres kystes dans les différents viscères.

Bernheim et son élève Cornet, dont la thèse a ce cas pour point de départ, considèrent les kystes comme « développés primitivement dans le péricarde » : ils ne discutent même pas le fait, et ne paraissent pas avoir pensé à la possibilité d’une rupture ancienne du gros kyste en partie calcifié.

L'interprétation extrêmement vraisemblable de ce cas est, à notre avis, la suivante : Kyste hydatique ancien, primitif, du cœur droit (ventricule ou oreillette ?) rompu dans la séreuse péricardique (péricardite chronique ; deux petits kystes secondaires du péricarde), rompu également dans la cavité cardiaque (kystes

LE pIO

secondaires du poumon). — Nous retrouverons des observations analogues dans le chapitre prochain.

Bernheim (127) rapporte comme un des cinq cas de « kystes développés primitivement dans le péricarde » qui lui soient connus, un cas tiré du catalogue du musée du Guys Hospital :

« Il existait entre le cœur et le poumon gauche deux larges sacs contenant des hydatides ; le sac inférieur, qui était le plus large, enveloppait toute la surface du cœur ; mais en même temps de fortes adhérences unissaient les feuillets du péricarde entr'eux : le sac le plus petit occupait le tissu du poumon. »

S’agissait-il dans ce cas d’un kyste hydatique du poumon rompu dans le péricarde et de kystes secondaires de cette cavité ? Le texte est trop obscur pour qu'on puisse l’affirmer.

Il existe enfin quelques observations intitulées « kystes du péricarde » (il s'agit de kystes isolés) qui ne sont sans aucun doute que des kystes du myocarde, ayant soulevé plus ou moins le péricarde viscéral — telle par exemple l'observation de Lan-

douzy (128).

C) — Ne peut-il pas exister une dernière variété de kystes du cœur : des kystes ressortissant à l'échinococcose secondaire locale ? Dans l'observation de Barklay (obs. LXX) par exemple on note à côté d’un kyste hydatique du ventricule droit rompu, des kystes de différentes grosseurs logés dans l'épaisseur du muscle cardiaque.

De même dans l'observation de Ducastel (obs. LXXI), où la rupture d'un kyste primitif est démontrée par la présence de kystes multiples dans le poumon, il existait au niveau de l'infundibulum du ventricule droit une tumeur hydatique formée par la réunion d’une dizaine de kystes hydatiques dont le volume allait d'un œuf de pigeon à un gros pois.

Il semble bien qu'il s'agisse dans ces faits d'une greffe consécutive à la rupture, d’une (récidive » locale analogue à celle que nous retrouverons en étudiant les kystes hydatiques des muscles en général.

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