KYSTES HYDATIQGES DU.CERVEAU
Les kystes hydatiques du cerveau et du cervelet sont le plus souvent solitaires ; cependant dans un certain nombre d’observations on à trouvé plusieurs kystes de l’encéphale, indépendants les uns des autres, et sans qu'il coexiste aucun autre kyste hydatique dans l'organisme. On peut dire qu'en général les kystes hydatiques du cerveau sont des kystes primitifs. Cette
règle souffre peut-être quelques exceptions : c'est du moins ce que nous allons tenter de démontrer.
Nous signalerons tout d’abord deux observations dans lesquelles on a trouvé des vésicules hydaliques embolisées dans les arlères cérébrales. |
La première est celle de Bulnheim.
O8s. LXXXIT. — Bucnneim. — Un enfant de 12 ans, habituellement bien portant, est pris subitement d’une attaque épileptiforme et meurt rapidement.
À l’ouverture du crâne, on trouva une hémorrhagie ventriculaire, des sugillations sur l’arachnoïde. L’artère sylvienne gauche était obstruée et à la section, on trouva sa lumière occupée par une vésicule hydatique entourée de fibrine disposée en couches concentriques.
Malheureusement l’autopsie se borna à la cavité crânienne ; on ne put pratiquer l'examen des autres organes. -
Nous avons trouvé d'autre part dans la Revue bibliographique de Hayem l'indication d’une observation de Dahnhardt (146) que nous n'avons pu nous procurer; elle se rapporterait à un cas « d'embolies des artères cérébrales par des hydatiques »
. À côté de ces deux observations d'embolies échinococciques dans les artères cérébrales, qui font déjà prévoir la possibilité de kystes secondaires de l’encéphale, nous allons maintenant placer trois cas dans lesquels des kystes du cerveau coïncidaient avec un kyste primitif du cœur gauche.
Nous avons déjà mentionné le premier cas à l'occasion des kystes du rein. C’est celui de Rendu (obs. LXV), dans lequel “on trouva en outre d'un kyste hydatique de la cloison ventriculaire faisant saillie dans le cœur gauche, deux kystes dans le rein droit, et un kys/e du cerveau contenant un grand nombre de vésicules filles.
Voici les deux autres observations :
Ogs. LXXXIITL. — GuÉRINEAU.— Autopsie. Cerveau (A la coupe, on constate qu'il existe dans la corne occipitale gauche plusreurs vésicules dont la grosseur varie de celle d'un œuf de pigeon à celle d’une noisette ; dans la corne droite une vésicule grosse comme un œu de poule ; dans la région frontale droite, en pleine substance blanche, quatre de différents volumes; deux petites dans la région frontale gauche; une grosse comme une noisette dans la substance grise de la frontale ascendante, à la partie supérieure. »
Cœur. — « A la pointe du ventricule gauche, kyste multiloculaire développé sous l’endocarde et qui, à côté d’une hydatide transparente, présente des poches épaisses et vides.»
Rate. — « Kyste de la grosseur d'un œuf de dinde sur la face interne de la rate, et un du volume d’une noisette sur le bord de l'organe. »
Os. LXXXIV.-=- Lauraup.— Autopsie. — Cerveau.— « Poche hydatique de la grosseur d’un petit œuf à la face supérieure de l'hémisphère droit. Elle laisse vide la cavité qu’elle occupait dans la substance cérébrale et qui n’était plus séparée du ventricule latéral que par une mince épaisseur. On trouve dans la cavité ventriculaire deux ou trois petits kystes de la grosseur d’une noisette. Dans le lobe occipital du même côté, autre kpste qui le remplit presque complètement. Sur la dure-mère, au niveau de la région temporale, petit kyste implanté sur la face interne de la méninge. »
Cœur.— « Sur la paroi interventriculaire du côté du ventricule gauche, poche hy-datique faisant dans la cavité la saillie d’une noix. La paroi de la poche est très mince. On trouve dans la cavité trois vésicules hydatiques flétries.
Les autres organes, même le foie, n’ont pas présenté traces d’hydatides. » /
Nous ne voulons pas (les explications pathogéniques devant toujours être formulées sous une forme dubitative) affirmer que les kystes hydatiques observés dans ces trois cas étaient sûrement des kysles secondaires d’origine embolique. Mais on nous accordera que cette hypothèse est au moins vraisemblable pour ce qui est, en paiticulier, des deux dernières observations, si l'on veut bien considérer. la multiplicité tout à fait insolite des kystes coïncidant avec la présence d'un kyste hydatique du cœur gauche (s'étant manifestement rompu antérieurement), coincidant en outre dans une des observations avec des kystes de la rate susceptibles de relever de la même pathogénie. Si l'on s étonnait que les embolies se soient faites, dans l’une des . observations, uniquement dans le cerveau, nous ferions remarquer que dans les embolies banales parties du cœur gauche (celles du rétrécissement mitral, par exemple), c'est le cerveau qui le plus souvent est intéressé et seul intéressé. Rien ne dit d'ailleurs, qu'il n'existait pas dans ces cas, dissiminés au sein des masses musculaires par exemple, des kystes qui seraient passés inaperçus à l’autopsie.
Ne peut-il pas exister une autre variété d'échinococcose
secondaire du cerveau — des centres nerveux en général — une échinococcose disséminée par la voie arachoïdienne ?
O8s. LXXXV. — Esquiror. — « Un femme est effrayée, à l’âge de cinquante-trois; elle a des convulsions, reste épileptique. Les accès reviennent tous les deux à trois jours et sont très forts (cinquante-six ans). Depuis quelques mois les accès se rapprochent ; cette femme meurt après un accès qui l’a laissée pendant cinq jours dans un état comateux. — Ay-datides de divers volumes, depuis le bulbe du cerveau jusqu’à l'extrémité lombaire du canal rachidien, contenues dans le sac formé par l'arachnoïde; la glande pituitaire contient un kyste rempli d’un fluide d’un brun rougeûtre ».
S'agit-il bien là d’hydatides véritables? Cette observation remonte malheureusement à une époque où l’on confondait sous le nom d’« hydatides » les différents parasites kystiques. C'est ainsi que nous avons lu plusieurs observations analogues, qui se rapportent très certainement à des cysticerques du cerveau. Aussi est-ce avec les plus grandes réserves que nous acceptons l'observation d'Esquirol. — Cependant il existe quelques observations de kystes hydatiques de la selle turcique, et il n'est pas a priori inadmissible que de tels kystes ne puissent se rompre dans la cavité arachnoïdienne et puissent ainsi ensemencer, dans toute sa hauteur, l’axe cérébro-spinal.