‹ De l'échomatismeChapitre 8 sur 14 · OBSERVATION II · texte numérisé non relu

OBSERVATION II

— ZOANDRIE —

Hystérie-infantile — Arthur Clopatt, 1888.

Mère nerveuse. — Impressiorniabilité dès Venfance tendre. — Frayeur à la vue d’un chien. — Imite le chien. — Hallucinations de la vue. — Douleurs vagues, troubles de la nutrition. — Analgésie et thermoanesthésie. — Crises convulsives. — Aphonie.

Marie Dig., âgée de dix ans, est entrée le 19 février 1885 dans le service de M. le professeur Grancher, salle Sainte-Geneniève.

Antécédents héréditaires. — Père bien portant. Mère un peu nerveuse, s’emporte et pleure facilement. Un frère plus âgé ; deux frères et une sœur plus jeunes se portent bien. Pas de maladies nerveuses dans la famille.

Antécédents personnels. — Marie D., a commencé à marcher à quatorze mois, à parler à deux ans et demi. Coqueluche à trois ans pendant six mois environ, rougeole à cinq ans. Elle a toujours été d’un tempérament excitable, bonne enfant, mais désobéissante, emportée, pleure facilement, frappe ses petits frères et sœur. Elle a toujours eu peur des chiens, des souris, même d’un coq, d’une chambre obscure. Elle apprend très facilement.

Début de la maladie. — Il y a deux mois, en décembre 1884, en revenant de l’école, la petite rencontra un chien (caniche gris) qui vint la flairer. Elle avait entendu parler d’un chien enrag

tué dans le voisinage; l’idée lui vint que ce chien pouvait être enragé aussi aussi ; elle eut peur et se mit à courir en criant, suivie du chien. Arrivée à la porte de la maison, qu’elle trouva toute grande ouverte, l’enfant, au lieu d’entrer, se retourna et resta là en fixant le chien et en criant de toutes ses forces. Sa mère accourut aux cris et l’engagea à entrer, mais la petite ne bougeait pas et criait toujours: «Il me regarde». Un passant chassa le chien ; alors l’enfant rentra.

Pendant cinq jours elle rêva du chien, elle voyait des têtes sur les toits voisins, il fallait lui fermer les volets. Puis tout rentra dans l’ordre, seulement l’enfant était plus peureuse que d’ordinaire. Quelques jours avant Noël elle commença à se plaindre de malaise, de douleurs dans la poitrine et dans la gorge; elle maigrit et pâlit. On lui faisait des frictions avec de l’eau-de-vie camphrée sur la poitrine. Le 2 février (pendant une friction) elle se renversa, ferma les yeux, perdit connaissance ; cela dura une minute à peu prés. Le lendemain elle eut plusieurs attaques, qui durèrent deux ou trois minutes chacune. Depuis, les attaques devinrent de plus en plus fréquentes, les plus longues duraient un quart d’heure au plus. Après les premières crises elle marchait quelquefois à quatre pattes, essayait de lécher le lait comme un chien ; pendant les crises elle fait quelquefois semblant de mordre; eWo aboie; enfin elle imite le chien. Depuis les premières attaques elle a perdu la voix, qu’elle ne retrouve que dans une grande émotion.

Description d'une attaque, -r- L’attaque commence par un aura qui semble partir du creux épigastrique pour remonter comme une boule, à la gorge ; l’enfant se plaint d’avoir mal à la poitrine, ferme les yeux, se raidit, pâlit, se tord ; elle gémit ; elle a des accès de suffocation, des spasmes de la glotte, elle a les yeux ouverts, ou fermés, louche quelquefois; la pression au niveau des ovaires ne paraît avoir aucune infiuence sur la marche de l’attaque ; pas d’ovarie. Peu à peu les gémissements s’affaiblissent, elle se réveille doucement, il ne reste pas de faiblesse, elle s’éveille en souriant.

La sensibilité à la piqûre et au froid est complètement abolie.

Une aiguille enfoncée à 1 centimètre de profondeur ne produit aucun effet, dans n’importe quelle partie du corps.

Goût. — Appétit capricieux, elle demande toujours du sucre dans la soupe.

Vision. — La mère racconte qu’elle avait horreur du rouge, d’un certain rouge.

En dehors des attaques, l’enfant est toujours un peu faible, elle a de la céphalalgie frontale; pas de clou hystérique. Elle est un peu bizarre, plus excitable ; elle a quelquefois des hallucinations sans perte de connaissance ; elle voit des têtes de chien toutes rouges, elle a peur des ténèbres. La mère et les autres enfants commencent à avoir peur des ténèbres comme elle. Elle marche mal, en se tenant aux meubles. Il est facile de voir que ce n’est pas la faiblesse qui l’empêcche de marcher, c’est une espèce de crainte. Elle touche à peine les objets auxquels elle se tient, elle n’y prend pas fortement appui. Quand on la distrait, qu’on ne lui parle pas de sa maladie, elle va mieux, gagne un peu de voix, marche mieux. Lorsqu’on la contrarie, elle a des attaques, quelquefois seulement la contracture des extenseurs des doigts. Elle dort bien, mange peu, elle est constipée,

Marie D., est assez grande pour son âge, bien bâtie, musculature vigoureuse; figure ronde, couleurs assez vives; la figure est quelque peu asymétrique.

L’enfant paraît d’une intelligence remarquable, très rusée.

Il paraît que l’enfant est sortie de l’hôpital après un séjour d’une journée seulement.

Réfleooionsi — Cette observation très intéressante est pour ainsi dire calquée sur la précédente.

La malade est une enfant, et une enfant nerveuse, double condition prédisposante pour l’affection qu’elle a contractée. On sait, en effet, que l’automatisme est la caractéristique du fonctionnement cérébral chez l’enfant et que le jugement et la volonté ne deviennent prépondérants qu’à un âge relativement avancé.

Page 1