L'EXAMEN DES RECRUES EN SUISSE
On réclame l'introduction, on France, d'un examen des conscrits qui serait, avec quelques modi- Gcations,à peu près analogue à l'examen des recrues tel qu'il est en usage en Suisse. C'est, dit-on, le moyen de savoir au juste à quel degré d'instruction parvient l'adolescence ouvrière et rurale, de constater les résultats produits par l'enseignement.
On espère qu'une utile émulation naîtrait entre départements, comme elle existe, et combien vivace et féconde, entre cantons — et cela n'esl pas impossible. Car, en France, il y a un amour-propre régional, local même, et il serait expédient de l'utiliser.
J'ai été admis, par spéciale autorisation, à assister à un de ces examens de recrues en Suisse. J'ai pu voir de quelle façon méthodique et précise et très cordiale aussi, avec quelle aimable et débonnaire indulgence, les épreuves se déroulaient. Et j'ai plaisir à fixer sur le papier cette scène exotique de la vie scolaire qui est aussi une scène de la vie sociale.
Sept heures du matin, au début d'août, sur une place de Neufchâtel, en face de 1 Lcole de commerce, où se trouve la salle d'examens. Les recrues sont placées en rang. Les habits des futurs soldats sont différents, comme diffèrent leurs conditions : le costume désuet, usé, du montagnard coudoie la veste en drap fin du citadin, le bourgeron de l'ouvrier voisine avec la jaquette du bon faiseur où se cambre la taille du « fils de famille ». L'appel a lieu militairement. 78 conscrits sont présents.
Une première sélection a eu lieu. Ce sont les « bons pour le service » qui vont subir l'examen. Nul n'est admis qui a tare physique, qui est intellectuellement anormal. Les « déchets » constatés, signalés d'avance, ne comptent pas dans la statistique qui, plus tard, sera dressée.
Les 78 recrues sont rangées devant les tables selon qu'elles passent les épreuves en français, allemand ou italien, car l'examen est trilingue; chaque intéressé a le droit d'écrire et de parler dans sa langue maternelle.
Le règlement est lu. Le travail commence avec ordre, régularité, dans le plus grand silence. On sent que le pli est pris, qu'une tradition existe, que tout se passera avec sérieux, sera vraiment concluant.
Trois examinateurs, — trois « experts », pour
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leur donner leur nom véritable — président aux
épreuves : deux civils mn professeur, un inspecteur primaire) et un militaire : un colonel, ce qui équi-= vaut, en France, à un général. Car si, dans les Républiques sud-américaines, tout le monde à peu près es! général, nul ne le devient dans la République helvétique, où ce grade n'existe pas. Le général suisse est inconnu... comme l'amiral.
L'n gros matériel d'examen, copieux, multiple, multicolore, est nécessaire, exigeant des distributions de feuilles et imprimés qui doivent coûter assez cher et qui, pourtant, sont indispensables pour éviter la fraude, pour exercer un contrôle au moins apparent et pour établir des comparaisons d'une exactitude peut-être relative.
L'écrit porte sur une « composition », sur des calculs, sur des questions d'histoire, de géographie, d'instruction civique, mêlées, qui se confondent dans la note d'ensemble.
La première feuille d'examen, au recto, contient la rubrique « Composition » — dix-neuf lignes, titre et signature compris — au verso, la place réservée aux réponses pour !<■ calcul.
Les recrues se répartissent à leur gré et selon leur savoir, leurs aptitudes, entre quatre séries, car les questions sont graduées par ordre de difficulté, — sauf, pour la composition, qui ne comporte que deux données, l'une pour le degré supérieur, l'autre pour !<■ degré inférieur.
La composition est pour ainsi dire immuable et
traditionnelle. Le sujet doit être pris obligatoirement dans une liste imprimée de sujets qui est remise aux experts. Il y alà cinquante-quatre thèmes, généraux, sans plus, dont on ne doit pas sortir. Je transcris les titres des dix premiers pour donner une idée du genre :
1. Maniement imprudent des armes. — 2. Un événement (sic). — 3. Une place au concours. — 4. Postuler une place. — 5. Les occupations. — 6. La journée. — 7. Félicitations à une personne relevant de maladie. — 8. Invitation pressante à un débiteur. — 9. Prière d'user d'indulgence et de patience. — 10. On rend un objet emprunté. Je note le n° 23 : Un corps de pompiers ; le n° 4-4 : Chez le dentiste.
Comme on le voit, tous les canevas sont empruntés à la vie familière et coutumière.
Le « style » de la session est : L'hiver passé, pour les « forts », le Printemps de cette année pour ceux qui se déclarent « faibles ».
Les « faibles » raccourcissent encore la demi-page qui est réserver au développement et, certes, on la note avec indulgence. Les « forts » n'ont guère d'espace pour dérouler leurs descriptions. Au vrai, en quelques lignes, ils ont tôt fait de briller. La qualité s'affirme sans la quantité.
Le calcul écrit, coté d'après quatre petits problèmes sa vammenl échelonnés, va de l'addition à la règle d'intérêts . Lue simple indication des résultats n'est pas admise, car elle pourrait être ou souillée