L'EXAMEN DBS RECRUES EN SUISSE
ou recopiée. Les opérations doivent être portées sur la feuille.
Lt 3 remiseSj vite on distribue la « feuille
d'examen des capacités physiques », en intermède ou en entracte.
Elle comprend un questionnaire relatif aux Sociétés de gymnastique, aux Sociétés sportives ou bien d'instruction militaire qui ont été fréquentées, et la note donnée dans un examen antérieur, par le saut en hauteur, en longueur et par la course de vitesse.
Une troisième feuille est placée sous les yeux et la plume du candidat : en français, allemand, italien, selon L'idiome du canton d'origine.
D'un côté, des questions d'histoire, de géographie élémentaires ; de l'autre, des questions se rattachant aux sciences usuelles.
Veut-on savoir sur quoi a porté l'examen géographico-historique ? Voici les interrogations écrites par ordre de difficulté — le n° 4 concernant les recrues les moins savantes :
i) a. Quels sont les cantons situés sur le lac des Quatre-Cantons ?
//. Dans quelle ville siège le Conseil fédéral':'
. Quels cantons sont au centre de la Suisse ? b. Nommez les principaux chefs île- guerres <\o
'ie.
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2) a. Nommez les chefs-lieux des cantons d'Argovie, de Thurgovie et des Grisons.
b. Quelle est l'autorité qui fait les lois dans votre canton ?
1) a. Comparez les deux vallées du Rhin et du Rhône.
b. Quels changements la Constitution de 1848 a-t-elle apportés ?
L'oral suit, dans la même matinée. La correction des copies est rapide et se fait presque automatiquement. Chaque expert a devant lui une feuille imprimée contenant les réponses pour chaque problème, de façon à ne pas chercher, à ne pas tâtonner.
Les 78 recrues défilent vite devant les examinateurs. Vite la lecture expliquée, le calcul oral — l'expert ayant toujours devant lui le carton officiel avec les réponses toutes prêtes — l'histoire, la géographie et l'instruction civique sont passés en revue.
Détail amusant : l'inspecteur primaire demande à un candidat : « Qui est le président de la Confédération suisse ? » Le candidat reste muet. « Quel est le Président de la République française ?» « M. Fallières », dit imperturbablement le jeune homme. Voilà qui me flatte dans mon amour-propre national. « Rien, bien, l'ail l'inspecteur primaire. Vous avez voulu faire plaisir à notre visiteur. Mais tâchez de vous informer et d'être un bon Suisse. »
C'est la note et le ton de l'interrogation. Nulle
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rite inutile. Nul désir de briller aux dépens du pauvre diable, laboureur ou ouvrier, qui souvent demeure coi, <>u parfois lâche une énormité. Examen paternel el patriarcal, au vrai, que cet examen national et tel qu'il peu! et doit se pratiquer chez un petit peuple. Point de piège tendu au patient, niais au contraire une forte perche.
Cela esl recommandé et légal, et dans le caractère de l'institution.
.le lis dans les instructions remises aux examinateurs : a Si pendant l'examen l'expert constate que le jeune homme examiné a fait des fautes de calcul, mais qu'il serait probablement en état de rectifier ces fautes, il lui sera accordé le temps nécessaire pour la revison de ces calculs. J'y lis encore : « On aura déjà égard à la position sociale des recrues lors de la première distribution des cartes de calcul. »
Méthode faite de bonté, de paternité civique, de familiale solidarité. Mais il va de soi que la règle varie avec les experts et de canton à canton. Et il va de soi aussi que la statistique globale — et aussi la statistique comparative — doit en souffrir un peu. Il est vrai qu'il s agit d'un examen qui n'a que des sanctions morales et qui ne doit pas peser les connaissances avec une balance inflexible et subtile.
L'examen des recrues est très populaire en Suisse. Il a créé une émulation réelle entre les cantons de langue, de religion différentes.
Mais il faut noter qu'il exige pour chaque canton
trois semaines de travail et qu'il a son budget spécial.
Il ne faut pas oublier non plus qu'il est la résultante d'une organisation scolaire et post-scolaire qui comprend et de façon obligatoire : 1° une scolarité qui va jusqu'à quinze ans en moyenne ; 2° des cours d'adultes qui imposent un certain nombre de semaines de présence déterminées jusqu'à dix-huit ans.
11 est une conclusion, un moyen de vérification. Il est précédé d'une préparation serrée, continue, ardemment poursuivie, qui, en France, serait nécessaire si son adoption était décrétée.
LECTURES POPl'LAIRES
Tonnerre... Dix minutes... Non... Une nuit d'arrêt... « Veillée gratuite » à l'hôtel de ville, dont les portes s'ouvrent toutes grandes pour accueillir les auditeur- de la Lecture populaire.
Plus de six cents personnes s'empilent dans la vaste salle. <[ui. assises sur des chaises, qui juchées, tout au fond, sur des bancs empruntés aux Halles. Nulle place réservée ; un vrai public populaire : vignerons, ouvriers, petits commerçants, qui sont entrés bien avant l'heure, car on refuse du monde. Le palier, le haut du large escalier sont combles de monde. C'est le grand succès.
Séance de clôture. Elle est organisée par le promoteur de Tieuvre. jvi. Lemoine, inspecteur primaire, qui avait implanté l'idée chère au bon poète Maurice Bouchor, dans les Alpes, à Gap, et qui l'a transplantée sur les bords de l'Armançon, en plaine bourguignonne.
Ce soir-la, les lecteurs ordinaire^ de Tonnerre, qui forment une troupe homogène composée d'élé-
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ments empruntés au Collège, à l'École primaire supérieure, à l'École élémentaire de filles, donnent le Bourgeois gentilhomme. D'ailleurs, c'est Molière qui, pendant la saison d'été, a été à l'honneur. On a lu : Y Avare, le Malade imaginaire, le Mariage forcé. Racine a fourni les Plaideurs; Victor Hugo, Ruy Blas.
Un chœur : les Pêcheurs de S or rente, sert de prélude. Puis on attaque le morceau de résistance.
Livre en main, — édition classique prêtée par le Collège, — lectrices, lecteurs affrontent la rampe. Nulle prétention à l'effet, nulle déclamation de métier. On lit simplement, sans donner dans le débit cher aux Conservatoires, et si apprêté, si fatigant. Mais on lit gaiement, bien en dehors, sans se pencher sur la page, pour que mots et tirades soient entendus dans toute l'ampleur du vaisseau.
M. Jourdain est d'une vanité largement épanouie, et sa niaiserie étonnée est exprimée à souhait. Cléante et Covielle — deux professeurs du collège — tiennent avec intelligence et vie leur emploi. Deux instituteurs traduisent avec fidélité les caractères de M"" Jourdain cl de Nicole.
Pas de décors, bien entendu, et, cela va de soi, costumes de ville. Pourtant, pour être d'une suffisante turquerie, Covielle et Cléante s'affublent qui d'un morceau d'étoffe bariolé, qui d'un tapis vert emprunté à la table du Conseil municipal.
La savoureuse et mordante prose de Molière est extériorisée par des lecteurs qui comprennent le