‹ De l'école a la cité, études sur l'éducation populaireChapitre 14 sur 73 · LECTURES POPULAIRES · texte numérisé non relu

LECTURES POPULAIRES

texte, qui eu soulignent les intentions. Ils ont du feu, de la verve, une malice endiablée.

Tout n'est pas lu. Seules 1rs principales seines sont présentées au public. Le lien est établi entre elles par le directeur de la troupe, M. Lomoiue. qui explique, commente, corrible les lacunes faites à dessein.

Les ballets, le t'est in. la cérémonie sont supprimés, et pour cause. Mais, comme intermède, on a le régal d'un clwour, la chanson de Marlborough, entonnée par les fillettes de l'école communale.

Et le spectacle est plus encore dans la salle que sur l'estrade. Quel bon public, intelligent, attentif, vibrant au bon endroit! Comme il saisit les ridicules du pseudo-gentilhomme, comme il est frappé parla vérité d'observation qui enveloppe intrigues et acteurs ! La leçon de grammaire donnée parle maître de philosophie à M. Jourdain est particulièrement goûtée. Le Tout Tonnerre éclate en un... tonnerre d'applaudissements.

Lectrices et lecteurs se retirent, la pièce achevée, parmi les bravos reconnaissants des vieillards, femmes, jeunes gens, enfants, à qui ils ont procuré de douces, de saines distractions en des soirées inoubliables. Et l'on se donne rendez-vous à l'hiver prochain.

Qui se douterait que la Lecture populaire, à ses

débuts, il y a quelque quinze ans, fut accueillie plutôt fraîchement ?

Des critiques, et il y en avait de notoires, disaient : « Les lecteurs ne sauront pas lire. Les vrais disciples deLegouvé sont rares. Ils ignoreront l'art de nuancer^ la phrase, de ponctuer, de respirer à propos ».

Il faut croire que les lecteurs ont fait des progrès depuis quelques années et qu'ils savent lire, car on prend plaisir et on trouve profit à les écouter. L'affluence de la clientèle le prouve.

On disait aussi : « Le public français n'aimera pas l'interposition d'une feuille de papier entre lui et le lecteur. Il veut que l'acteur montre son visage, regarde devant soi, use du geste. Le courant ne s'établira pas entre les auditeurs et le liseur. »

Les faits ont donné un démenti au pessimisme de prédictions hâtives et mal fondées. Une ou deux séances ont suffi à dissiper l'étonncment. Le contact a été pris, et s'est conservé, entre les intelligences. Les lecteurs savent tenir leur livre de façon à n'en être pas les prisonniers, à le manier avec adresse, à cire maîtres et du texte et de l'auditoire.

Et l'on disait enfin : « Le choix des lectures sera malaisé. Êtes-vous sur qu'on comprendra le théâtre classique ?Lesehefs-d'< eu vre ne porlcrontpas, seront lettre morte pour des profanes ».

On n'avait oublié qu'un point, ce sont les progrès de 1 instruction dans la foule, par l'école, le journal, la revue, la conférence, parla vulgarisation qui, de jour en jour, s'étend, propage le savoir. Et puis ce

I BCTURKS i iPULAIRBS d'A

peuple de France est, par atavisme, d'esprit alerte, ouvert, de goût vite formé. 11 a droit à ta beauté el il y accède promptement, par un vif élan.

Au vrai, la Lecture populaire tend à établir en France le vrai Théâtre du peuple, théâtre sans scène, sans décor, sans figuration, théâtre gratuit, récréant et élevant l'esprit.

La lecture dialoguée a pris racine dans les villages de l'arrondissement de Château-Thierry, où l'on a lu, par extraits, des pièces du théâtre classique et du théâtre contemporain.

Même osai, et qui a pleinement réussi, dansl'Allier, à La Palisse, à Saint-Pourçain.

De lïlle-et-Yilaine on m'apprend que les lectures dialoguées (Molière, Corneille), organisées à Rennes et dans plusieurs communes rurales, attirent un publie de plus en plus nombreux et qui les préfère aux conférences.

On m'écrit d'Orléans : « Dans trois centres, il a été fait trois lectures dramatiques qui ont très Lien réussi ».

Je pourrais multiplier les exemples, allonger rémunération.

Aujourd'hui, la preuve est faite.

La Lecture populaire à plusieurs voix tend à s'acclimater chez nous. Elle jouil d'une faveur qui, chaque hiver, grandit. Elle s'installe à côté de la

parole vivante, improvisée. Elle devient aussi populaire qu'en Angleterre et aux États-Unis.

Aux faubourgs des villes, aux villages, elle combat l'ennui, on peut prévoir qu'elle comblera bientôt le vide laissé par la veillée, riche de récits légen^ daires, trop connus, trop répétés.

C'est une des tormes les plus heureuses, les plus pratiques, qu'ait revêtues la« seconde instruction », la « seconde éducation ». Elle marque une évolution dans les mœurs publiques.

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