L'ELITE HUMAINE
Il se produit un double courant dans l'enseignement primaire. D'une part, l'école est insuffisamment fréquentée par une minorité beaucoup trop importante d'insoumis et de réfractaires que le devoir commun es! de réduire. D'autre part, l'école gagne el retient une élite d'année en année grandissante qui, hier encore, échappait à son influence.
« Statu quo » ou plutôt gain minime par en bas ; progrès par en baut : telle est la situation.
Écoles primaires supérieures, cours complémentaires, cours supérieurs annexés à lécole élémentaire regorgent d'élèves.
Des instituteurs se spécialisent et, en deux ans. complètent l'instruction de milliers d'adolescents qui, à la ville, au bourg, manifestent le désir de fortifier et d'étendre leur savoir- Toute une classe de la population qui se contentait, pour ses filles, ses fils, du Certificat d'études, s'impose le sacrifice de prolonger l'apprentissage scolaire avant de songer pour eux à l'apprentissage rural, commercial, industriel.
Les services rendus par les Cours complémentaires, on les reconnaîtra à l'user. On y prépare des générations de jeunes filles, de jeunes gens, qui auront reçu une suffisante culture générale et en qui le sens pratique a été nettement développé.
Institutrices et instituteurs qui s'en occupent constituent une élite enseignante formant une élite populaire.
C'est une catégorie intermédiaire qui se iorme, — s'élargissant sans cesse, — et prête à jouer son rôle au point de vue économique et social.
Quiconque pénètre dans ces écoles d'adolescents, d'étudiants primaires, qui, — externats ou internats tamiliaux, — couronnent les écoles élémentaires, a la précise et combien émouvante impression qu'un monde nouveau naît et s'affirme, qu'une évolution intellectuelle et morale se produit qui demain s'extériorisera en actes.
Le labeur est intense dans ces ateliers, dans ces foyers où, volontairement, s'agrège la jeunesse populaire. L'effort est rude, et continu, qui tend les volontés de ces « primaires » — au sens fort et noble du mot — résolus à accéder à plus de lumière, à plus de progrès. Ils se penchent sur le livre, sur l'outil libérateur. Ils ont la foi — que dans tant d'autres milieux on a perdue. Ils ne se laissent pas ébranler par le septicisme. Ils peinent, ils luttent pour tirer de l'école tout ce qui est en elle, tout ce qu'elle peut donner — et tout ce qu'elle promet pour des lendemains meilleurs. Ce sont des frustes, ce
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Boni «les simples, mais ce sont des vaillants et des sincî res qui font courageusement leur chemin. Ceux qui leur succéderont seront plus affinés. Mais ils auront une physionomie moins originale, et ils n'auront pas eu le péril et l'honneur aussi d'ouvrir la voie, de correspondre à un moment historique dans l'éducation sociale.