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darité professorale. Agrégés et brevetés font partie du même Conseil d'administration, apprennent à se connaître, à s'estimer, à prêter à leurs élèves un mutuel appui. C'est une tendance nouvelle qui s'accuse. A la préciser, on changera combien de désaccords en harmonie, en communion d'efforts !
4° Des lycées et collèges, le mouvement s'étend aux Associations d'anciens élèves. Les banquets traditionnels ont été maintenus qui, naguère, étaient parfois la seule raison d'être des groupements. Mais aux fêtes s'ajoute l'entr'aide organisée.
Les A. de lycées et collèges ont formé une Union, tenu des Congrès (Marseille, Paris, Toulouse, Clormont, Belfort) etc. Elles tournent leur activité concertée vers la fondation de Bourses de voyage mises à la disposition d'élèves se préparant soit au commerce, soit aux grandes écoles et qui, pendant un mois ou deux, pendant les vacances, vont en Angloterre, en Allemagne apprendre une- langue étrangère1 . Déjà vingt-cinq lycées ou collèges ont leurs boursiers, grâce aux A. qui font ainsi leur premier essai d'intervention sociale. Sans doute il existait déjà, mais combien peu nombreuses, quelques Bourses fournies par les A. pour des fils d'anciens élèves. Mais les Bourses de voyage se généralisent et l'on peut prévoir qu'elles deviendront la forme préférée que revêtira l'activité réglée et méthodique des A.
4. Cf. Rapport de M. Cormoul-Houlès (A. de Castres, au Congrès de Belfort, août 1907).
Autre ei intéressante manifestation de solidarité; Les A. réclament la coopération du lycée el de la Famille, des parents et des maîtres dans les questions d'éducation, d'hygiène, etc l. Les tentativesde groupement son! encore peu nombreuses (Lycée Carnot entre autres), mais on pcul être assuré que, dans la voie qu'ils ouvrent aux pères et aux mères, les novateurs seront suivis.
C'est l'école primaire, et surtout l'écoleprolongée, riche de ses Œuvres annexes, qui a servi le plus efficacement de champ d'expérience à l'éducation sociale. Le milieu plus simpliste, plus porté par instinct à l'entr'aide, y prêtait, était déjà préparé.
1° La solidarité morale et sociale a été enseignée d'abord aux futurs instituteurs et institutrices dans les Écoles normales, puis aux écolières et aux écoliers des que ses lois ont été établies et fixées dans les Traités, les Manuels et Précis, les livres de lecture courante, vulgarisant les leçons dos maîtres qui préconisaient l'union des cœurs, des intelligences, des activités associées pour collaborer à l'œuvre commune du progrès humain.
La théorie lut, dès le début, acceptée, comprise,
l. Cf. les ouvrages de MM. Crouzet et Gâche, V. Bailloud. M. Bidart, professeurs l'école normale de Dax, a préconisé idé aussi autour des écoles primaires des Cercles de parents, éducateurs et écoliers.
aimée, professée avec une ardeur et une conviction passionnées. Elle avait un caractère scientifique et positif, tout en faisant sa part à l'idéal de bonté et de générosité que l'on voulait cultiver dans lame de l'enfant. Elle donnait à la vie un principe directeur, et offrait une règle précise, avec passage direct au fait.
Dans les Ecoles normales, l'enseignement fut d'abord oral. L'on établit les liens qui unissent la solidarité physiologique à la solidarité morale, celle-ci à la solidarité sociale. Mais, depuis quelques années, l'on a été conduit, par la logique même deschoses, etaussisouslapression des circonstances historiques, à donner aux préceptes un commentaire fourni par les faits, parl'expérience. Nombre d'Ecoles normales d'institutrices procèdent à la formation sociale de l'éducatrice que doit être l'enseignante de demain, en organisant des visites aux Ouvroirs, aux Gouttes de Lait, aux Dispensaires, aux Crèches et Consultations de nourrissons, aux Couvres que, demain, elles auront à signaler, à expliquer, à combien de mères et de fillettes en quête de conseils, d'appuis remplaçant ceux qui s'en vont. L'idée de devoir devient acte, se change en effective coopération. Dans les Patronages, notamment, les visiteuses se transformentsouventen collaboratrices (Dijon, Le Puy, Paris, etc.).
2° Les Associations d'anciennes et d'anciens élèves se sont multipliées, à la faveur de l'enseignement solidariste. Elles se proposent un triple
objet : la récréation, L'instruction, l'entr'aide : a) telles sont ingénieuses dans l'organisation des s et distractions. Concerts ei spectacles, qui, au début, furent d'un goûl plutôt douteux et donnèrenl dans le comique grossier, soûl réglés en nombre de villes et bourgs par des Comités qui deviennent scrupuleux sur le choix des morceaux inscrits au programme. Toulouse. Lyon ouvrent des concours de diction, de chant, individuels et collectifs. Amiens a une troupe : la Jeune Comédie, dont les acteurs sont fournis par l'élite des « associés » répartis entre les lTpetites A. amiénoises. Parfois, la collaboration de l'École cl de la Post-Ecole permet la célébration des fêtes comme la Fête civique de la Jeunesse à Lyon (17 mars 1907), qui s'est élargie eu Fête de la Cité tout entière et où les anciens élèves des Ecoles primaires ont prêté serment à la Nation et à la République, en une séance digne des plus belles et des plus émouvantes cérémonies imaginées par la Convention.
Matinées et soirées ne sont pas, d'ailleurs, les uniques distractions que suscite l'accord des jeunes associés. Promenades, visites aux musées, aux monuments, voyages en commun, exercices de tir, de gymnastique, sont dues aux Petites A., dont les Comités s'emploient à procurer aux sociétaires jeux et récréations adaptés au milieu, à l'âge, aux saisons. La vie locale, grâce à elles, devient moins monotone. Et à mesure quelles se développeront davanage, qu'elles prendront, à l'user, plus conscience de
104 dk l'école a la cité
leur rôle, elles attacheront les générations nouvelles, par des liens plus étroits, à la « petite patrie ».
b) Le lendemain de l'Ecole, l'instruction prolongée, trouvent dans les Associations des cadres formés et actifs. Les enseignements à côté, ceux qui ne sont pas donnés à l'École : arts d'agrément, escrime, langues vivantes, ont une clientèle qui s'habitue, dans les grandes villes, à se grouper, à payer des maîtres. Certaines Petites A. parisiennes deviennent des foyers de travail intellectuel. Des organisations modèles sont à citer en province : Association de Soulhac-Tulle (Enseignement professionnel à l'atelier); — Association de Cognac (Enseignement commercial) ; — Associations de la Côted'Or (Cours de greffage , bibliothèques ) ; — Associations du Gers : à Auch, les deux Amicales ont fondé une Université populaire ; Petite A. de filles, à Fleurance : Cours de puériculture ; à Lectoure : même cours . — Nord , Pas-de-Calais , Somme : Cours d'enseignement ménager organisés par les petites A. féminines, etc.
Dans la Seine-Inférieure, surtout au Havre, 61 Associations, qui réunissent près de 8.000 adhérents, font preuve d'une grande activité. Elles entretiennent des cours variés : langues vivantes, comptabilité, dessin industriel, sténographie, dactylographie, chant, escrime. A signaler, un Cercle d'études pour la langue anglaise. Dans les Petites A. de jeunes filles, on a établi des Cours de coupe et d'assemblage, de broderie, des Cours pratiques de cou-
l'éducation sociàlk dans l enseignement 103
turc et de repassage, un Cours de puériculture. Les recettes montent à '25.000 francs. Los dépenses, qui vriil i ii moyenne à 20.000 francs, sont affectées au paiement des maîtres chargés des cours, à l'achat de livres pour les Bibliothèques coopératives, de carabines et de munitions pour les exercices de tir. à l'organisation des fêtes et réunions annuelles.
c Mais le meilleur, le « noble de l'ouvrage », est la coopération, l'entr'aide entre faibles et humbles.
Elle est pratiquée par le Placement, qui fonctionne dans dos centaines d'organisations postscolaires, grâce à des Bulletins insérant offres et demandes d'emplois, des Permanences, etc. Parfois des prêts d'honneur sont consentis aux associés. Des dons sont faits, surtout aux anciens élèves appelés sous les drapeaux. Dans la Corrèzc, la petite A. de Brive entretient un pupille au Collège, aide les enfants pauvres. Des Petites A. paient les cotisations de mutualistes scolaires qui sont indigents. Quelques petites A. ouvrent des Foyers du soldat (Paris : rue Decamp, Aubervilliers, Montargis, Le Havre), en faisant profiter les militaires, en garnison près de leur siège social, des avantages qu'offre l'Association (jeux, conférences, salles de lecture, bibliothèque, etc.).
d) La Coopération s'exerce sous des formes diverses qui vont chaque jour se multipliant.
Il y .1 lieu de citer, parmi les essais sociaux où se risque l'ingénieuse audace des Petites A., ceux qui
ont trait aux constructions, au travail en commun — surtout agricole, forestier1.
L'Association des anciens élèves des écoles de Nemours (Seine-et-Marne) a, grâce à des souscriptions consenties par les sociétaires, acquis un terrain, construit une « Maison de l'Adolescence » avec salle de conférences, de théâtre, de réunion, bibliothèque.
Les Petites A. de Lens (Pas-de-Calais), qui comptent 1.100 adhérents, ont constitué une Société anonyme à capital variable , émis des actions de 50 francs avec défense d'en avoir plus de 10 afin d'éviter toute domination d'argent : elles ont réuni 120.000 francs et édifié la « Maison des Associations »2 . La Maison a un théâtre contenant 1.000 places. La scène a 7 mètres de profondeur. La hauteur du rideau est de 17 mètres. La Maison contient salles de cercle, de cours, bibliothèque.
Dans un village de l'Eure, à Saint-Georges-du- Vièvre, l'Amicale a fondé une Société du même type, réuni 5.000 francs, construit une « Maison de l Adolescence ».
La coopération s'applique au reboisement en commun des montagnes, les Petites A. servant de centres d'action. Dans l'Ain, les Sociétés forestières composées d'élèves et anciens élèves (Uortan,
1. Cf. Les Oeuvres complémentaires de l'École, par liodH'roy Ratton (Avenir de la Mutualité).
2. La Maison avec son mobilier cl sa bibliothèque revient a 165.000 francs.
l'éducation sociale dans l enseignement 10"
Hoionnes, Trefforl i, font de la sylviculture intensive. Dans l'Ardèche (arrondissement de Touruon), 40 Sociétés forestières comprenant 1.20Q membres <»nl planté près de 50.000 arbres. Dans la Charente (arrondissement de Ruffec), une Petite A. a créé un Syndicat agricole , une caisse de crédit mutuel agricole. Elle s'occupe de fonder une caisse d'assurance mutuelle contre la mortalité du bétail. Dans la Corrèze (arrondissement de Tulle), la Société scolaire forestière du Jardin a pour objet le semis et la plantation de pins dans les vastes landes de la commune où elle a son siège. Elle a déjà fait des semis sur 14 hectares. Dans le Doubs, le Jura, les Vosges, la Meurthe-et-Moselle, les » pastorales forestières » se multiplient : on en nombre déjà r>00'.
Dans la Somme, la Petite A. du faubourg- Saint- Maurice a créé des Jardins ouvriers. Dans les Côtes-du-Nord (arrondissement de Guingamp), à Ledernec, Y Abeille bretonne est une coopérative agricole. Dans les Basses-Pyrénées, la Petite A. de Mourenx a des terres, un matériel agricole perfectionné, acheté à frais communs, et loué aux habitants de la commune, etc.
Les Petites A. commencent à prendre conscience des ressources matérielles qui sont en elles, de l'influence qu'elles représentent. Elles se fédèrent par villes (Amiens, Reims, Toulouse) ; par régions
1. Cf. Manuel de l'Arbre, par 1^. Gardot, édité par le Touring-Club de France (La Forêt-Retraite).
Loire, Rhône, Oise, Ardennes, Somme, etc. Elles ont tenu des Congrès à Lyon, Saint-Etienne, Montpellier, Paris, le Havre. Elles s'organisent par Académies. Les Petites A. de l'Académie de Caen ont, 27-30 septembre 1907, jeté les bases d'une fédération pour les six départements de Normandie.
Même dans quelques villes (Tours, Saint-Etienne, Troyes), elles fondent des patronages, les surveillent, les dirigent. Les Petites A. de Lyon ont mis à 1 étude la même organisation tutélaire.
Les Petites A. qui, encouragées, guidées, éclairées sur leurs véritables intérêts, sont autant d'écoles d'apprentissage pour l'éducation sociale en faveur de l'adolescence ouvrière et rurale, ne cessent de grandir en nombre et en force. En 1894- 95 on en comptait 56; 622 en 1895-96 ; 4.784 en 1895-
En 1906-1907 il en existe 6.200 dont 4.157 de garçons, 2.043 de filles l.
On ne saurait trop les engager à persister dans la voie de la coopération, du travail associé. Outre que leurs adhérents se formeront ainsi à la vie solidaire, fortifieront en eux le sens social, ils puiseront, dans l'union des efforts, des ressources pour l'œuvre commune. C'est, en résumé, l'appel qui leur a été adressé (ler-4 août 1907) par le 27e Congrès national de la Ligue de l'Enseignement qui s'est tenu à
d. En 1908 L909 : 6.476, dont L.962 de jeunes filles, 1.514 de
garçons.
inçon él qui a été renouvelé au Congrès National des Petites A (Havre, an ut 1909) dont M. Fallières président de la République a présidé la séance finale.
Il convient de leur recommander aussi do s'orienter vers l'hygiène sociale, de constituer des comités qui s'occuperont, dans l'inténH de l'Association, dt^s progrès à introduire dans le logement, l'habitation ouvrière ou rurale, l'alimentation, les mesures préventives à prendre contre les maladies. I. - Petites A. deviendraient ainsi, dans nombre de villes et surtout dans les campagnes, des centres d'action, de solidarité consciente et ordonnée, dans la lutte contre la tuberculose, le taudis, l'alcoolisme, dans la propagande en faveur des jardins ouvriers, des « coins de terre », des logements salubres, à bon marc lié, etc.
La Mutualité scolaire est l'institution la plus connue, la plus populaire, par quoi s'extériorise et s'aflirme l'éducation sociale dans l'école.
L Œuvre des dix centimes — le petit sou de l'épargne individuelle, dédié à la retraite, le petit sou de la fraternité enfantine, dédié au secours de maladie — qui, partie d'une Société d'essai fondée en 1884, dans le XIXe arrondissement de Paris, à la Yillette, en plein quartier ouvrier, s'est épanouie en 190b\ en une Union nationale des Sociétés sco-
laires et familiales de secours mutuels l, obtient un succès toujours grandissant.
Et ses progrès s'expliquent. Elle est, dans et par l'Ecole, une leçon vivante, probante de morale collective, à caractère pratique et tangible. Elle fortifie l'influence de l'instituteur qui joue un rôle social tout en formant le sens social chez ses élèves. Elle a une portée éducative qui s'ajoute aux avantages financiers qu'elle procure.
Limitée d'abord à l'école primaire, elle gagne les Lycées et Collèges, s'annexe les Enfants assistés (dans 70 départements, dont la Seine), s'introduit dans les Associations d'anciens et d'anciennes élèves, par la fondation de Mutualités de V adolescence là où n'existent pas de Mutuelles d'adultes admettant la femme , établit un lien d'intérêt solidaire entre toutes les Œuvres qu'elle rapproche, agrège et cimente, pour en former un bloc serré et résistant.
Le cadre de l'école est brisé par elle, car il est trop étroit pour son expansion. La Mutualité scolaire englobe le canton — c'est la modalité préférée — ou l'arrondissement, ou le département (Loiret, Pas-de-Calais, Ardèche, Landes, Yonne, etc.), établissant entre les écoles une solidarité d'efforts productifs.
Les Mutualités scolaires sont, en 1907, au nombre de 3.272. Le nombre des adhérents est de 720.000 -\
1. Fondée à Bordeaux, à l'issue du Congres des colonies scolaires.