‹ De l'école a la cité, études sur l'éducation populaireChapitre 29 sur 73 · INITIATIVE SOCIALE I · texte numérisé non relu

INITIATIVE SOCIALE I

l'œuvre végéter ou trouver une combinaison permettant d'avoir un centre il»' réunion.

L'instituteur se met bravement à fonder une Société anonyme à capital variable, avec obligations de -."> francs. Dans une bourgade ? Oui. Et il réussit à la former.

On souscrit des parts remboursables en vingt ans, sans intérêts, par voie de tirage au sort. Cent soixante obligations lurent souscrites. Les dons, les produits d'une loterie procurèrent 1.000 francs. L'argent était trouvé.

Un autre capital se joignit au produit de l'émission, capital de bon vouloir, de générosité intellectuelle, de travail collectif librement consenti. Entre bons ouvriers de l'œuvre bonne, on sait pratiquer l'entr'aide.

Qui n'a pas tenu à honneur de collaborera l'édification de la Maison d'amitié ? L'agent voyer cantonal établit gratuitement le plan et le devis de l'édifice projeté : le devis s'élevait «à la somme de o.OOO francs. Les jeunes gens de l'Amicale font les travaux de terrassement nécessaires pour le nivellement du terrain, i ares 50, situé à l'entrée du bourg et donné par un conseiller municipal.

En avril 1905, on se met à l'œuvre. La Maison est inaugurée le 4 juin 1906.

La salle principale a 20 mètres de long sur 8 de . ; le pignon nord formant façade est en maçonnerie do briques ot cailloux, les murs latéraux on briques. Deux bas côtés d'un mètre de large sont

couloirs de dégagement; la travée centrale soutenue par six poteaux et ayant 6 mètres de large et 7 mètres de hauteur, sans faîte, est remplacement destiné aux spectateurs ; à l'extrémité sud se trouve la scène ayant 3m, 50 de profondeur. La salle contient300places assises, 400 debout. La dépense, mobilier compris, s'est élevée à 5.200 francs.

En 1907, on a affecté au remboursement des obligations une somme de 500 francs, dont 100 francs provenant de la location à des sociétés. On ne doit plus aux souscripteurs que 3.300 francs. En prenant comme moyenne les 500 francs restitués en 1907, on peut prévoir que la libération totale sera effectuée en 1913.

M. Châles, dans un compte rendu qu'il rédigeait récemment pour le congrès de Honfleur, écrivait, non sans une juste fierté :

« Nous sommes arrivés à posséder une salle, qui n'est pas luxueuse, mais qui est très pratique pour concerts, banquets, bals, distribution de prix aux enfants des écoles, etc. ; de plus, et c'est là l'important, nous sommes chez nous. Nous pouvons organiser des fêtes qui rompent un peu la monotonie de la vie à la campagne et essayer de retenir ainsi les jeunes gens près de nous.

« La façade de notre salle rappelle l'aspect d'un temple : il est à souhaiter, en effet, que ces Maisons de l'adolescence soient les temples de la bonne et franche gaieté, les temples de l'esprit laïque. »

LAMAISONDES ÉTUDIANTS POPULAIRES

Les étudiants universitaires ont leur Maison à Paris.

État, Conseil municipal, ont offert à l'envi terrain, nt. encouragements de toutes sortes, aux futurs médecins, avocats, ingénieurs, pour qu'ils puissent édifier un palais où abriter confortablement leurs loisirs. L'Association — l'A, comme on dit entre initiés — ne voit plus ses « services » à l'étroit, grâce à la générosité des pouvoirs publics.

Nul n'y trouve à redire. Qui même n'applaudirait à la chose ?

11 importe que l'étudiant pauvre et travailleur, celui qui, loin de la rue, manifeste... son activité intellectuelle aux laboratoires, aux salles de cours, au chevet des malades dans les hôpitaux, puisse échapper à la tristesse de la solitude qui l'attend dans une chambre d'hôtel, étroite et froide, connaisse l'atmosphère réchauffante d'un milieu d'amitié et de solidarité agissante.

Mais il est, dans Paris, des milliers d'autres jeunes gens, peu fortunés, qui eux aussi, ont droit à ce qu'on

leur témoigne autrement qu'en paroles, intérêt, sympathie, affection réconfortante.

Ce sont les « étudiants populaires », qui, tout le jour, peinent obscurément et utilement aux magasins, aux ateliers, aux bureaux, qui, de l'aube au soir, se penchent sur l'outil, sur le registre de commerce, sur la lettre d'affaires, et qui, la nuit venue, s'en vont, souvent sans avoir pris le temps de manger, continuer leur instruction, soit aux cours municipaux, soit aux leçons professées par les grandes Sociétés d'instruction.

Silencieux, attentifs, malgré le surmenage, ils complètent les connaissances acquises à l'école. Ils ne discutent pas programmes, matières d'examen, titres de leurs éducateurs. Ils font docilement, et en conscience, leur tâche de disciples volontaires.

Ils constituent vraiment, par le caractère, une élite, à qui il ne manque, pour émerger au premier rang, qu'un peu de ce temps, de cette liberté, de cet or, que d'autres, qui en ignorent le prix, gaspillent parfois avec une dédaigneuse insouciance.

Que ne songe-t-on un peu à eux ? Que ne fait-on effort de bienveillance avertie, de vouloir utile, pour ces laborieux, pour ces vaillants, qui, courageusement, font effort.

Ils n'ont pas de Sorbonne monumentale, d'Universités, de Facultés, d'Écoles spéciales construites à grands frais.

Jambes fléchies sur des bancs trop bas, ils se courbent sur la page, sur le livre, posés sur des

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