LES TROIS APPRENTISSAGES
Trois formes d'apprentissage : patriotique, postscolaire, industriel, sollicitent en même temps l'attention publique, ont leurs écrivains, leurs orateurs, leurs défenseurs, dans la presse générale et spéciale et au Parlement. Et les trois apprentissages essayent d'obtenir, en même temps, et en passant de front, un tour de faveur pour bénéficier d'une loi rangeant sous le régime de l'obligation les initiatives libres qu'à Paris et en province ont tentées les libres collectivités. L'évolution est à noter qui entraîne la France éducatrice vers l'étatisme après essai d'organisation improvisée. C'est un signe des temps.
L'apprentissage physique : gymnastique, surtout tir, instruction militaire, semble mûr pour être généralisé, imposé par la loi.
L'école, la postécole ont fourni des cadres aux
Eu. Petit. 1
sections de préparation militaire que des Sociétés comme l'Association nationale, comme l'Union des sociétés de gymnastique, de tir, ont multipliées. Officiers, sous-officiers, instituteurs, combinant leurs efforts fraternellement, ont facilité le jeu de la loi sur le service de deux ans. La conquête du brevet d'aptitude militaire devient aisée aux jeunes gens qui ont été appris à la marche, au maniement du fusil, dont l'œil et la main ont été exercés dans les stands, dont les muscles se sont fortifiés sur les champs de manœuvre. Une France nouvelle grandit, prêle à la défense du sol natal.
Une manière de réglementation officielle existe déjà qui, d'avance, assure le succès pratique, l'intégrale exécution, et dans le détail, du projet de loi déposé le 5 juin 1908, par M. Henri Chéron, et ayant pour objet de rendre obligatoire la préparation militaire de la jeunesse. Elle est enfermée dans Ylnstruction ministérielle relative au fonctionnement des Sociétés de préparation et de perfectionnement militaires et à la délivrance du brevet. Il est des Sociétés agréées parle gouvernement (S. A. G.); il en est d'autres, et pour cause. Les Sociétés scolaires et postseolaires participent à d'utiles avantages au même titre que les S. A. G.
Le plan est complet, harmonieux. L' instruction préparatoire tombe sur un terrain préparé en perfection. Les labours sont déjà profonds. Les mœurs précèdent la loi qui peut être votée et être vraiment la loi.
LES Tr.iU- APPRENTI
L'éducation patriotique ne saurait être séparée de l'éducation générale et civique, qui doil être intellectuelle et sociale.
L'apprentissage par les cours d'adolescents et d'adultes, réclamé par Condorcet, Lazare Carnot, Guizot, Victor Duruv. est en partie obtenu grâce à l'effort préconisé dès 1896 par MM. Raymond Poincaré et Léon Bourgeois. L'école du jour a son lendemain dans les Sociétés d'instruction populaire, dans les oO. 000 écoles du soir tenues par les éducateurs ou professionnels ou volontaires, et dans les o. 000 Associations d'anciennes et d'anciens élèves, cadres de la démocratie qui s'organise, qui ont surgi en riche frondaison depuis une vingtaine d'années.
Mais un million seulement de jeunes filles et de jeunes hommes les fréquentent, et, il faut bien le reconnaître, cinq millions d'intéressés échappent à leur influence.
Sans doute, la liberté peut se prévaloir des résultats obtenus. Elle a fait tomber le chiffre <\c> illettrés de 60.000 à 11.000 — total qui, d'ailleurs, est contesté.
Mais force est bien de reconnaître que la lassitude peut venir chez les collaborateurs de « l'action aécessaire », que l'on ne peut toujours compter sur les élans d'enthousiasme.
Il devient urgent de placer, à côté d'Œuvres qui certes ont fait leurs preuves et sont à maintenir, des institutions stables, assurées d'un budget, d'un personnel, de disciples forcés d'acquérir un minimum de connaissances. Il faut établir des sanctions après examens, exiger que tout électeur de demain puisse au moins lire, écrire, compter, possède les éléments de l'histoire et de la géographie nationales : garanties modestes de savoir dont il n'y a pas d'ailleurs lieu d'attendre qu'elles soient gages de raison et de moralité.
Et l'on aboutit à la seconde obligation qui couronnera le second apprentissage de l'adolescence.
C'est l'obligation post-scolaire que les circonstances historiques imposent dans une démocratie.
Mais elle ne sera efficace que si l'obligation scolaire, encore si illusoire, est d'abord obtenue, et déjà étend sa prise jusqu'à la treizième ou à la quatorzième année.
De plus, comme le disait avec raison M. Gaston Doumergue, ministre de l'Instruction publique, dans une circulaire sur les attardés (\c l'ignorance, « l'organisation méthodique de L'éducation populaire esl à l'étude : mais il importe qu'en attendant... l'élaboration du plan qui s'appliquera à l'école prolongée. la transition soit ménagée ».
Tout arrêt, en effet, serait recul. On no saurait sans danger renoncer au système actuel tant qu'un régime nouveau ne sera pas institué.