‹ De l'école a la cité, études sur l'éducation populaireChapitre 69 sur 73 · FRATERNITÉ · texte numérisé non relu

FRATERNITÉ

l'émouvante cérémonie d'aujourd'hui, les venger en public des attaques el des calomnies que, par parti pris, on dirige contre 1rs éducateurs nationaux et contre l'Éducation nationale.

Vous qui avez vu à l'œuvre ces dévoués et ers vaillants qui se sont penchés vers vous et qui vous ont élevés vers le progrès et vers la lumière, vous tenez à prouver, avec une vigoureuse netteté, qu'autour de l'Ecole laïque, qu'autour des enseignants laïques. v<»us montez nue garde d'honneur et de protection.

La Fête <le la Jeunesse populaire se précise, grâce à vous, en Fête de l'École populaire, qui a su forger des promotions au sens ferme et droit, à la volonté clairvoyante, capables de prévoir obstacles et périls el de les conjurer par un énergique effort.

Formez autour de l'Ecole, jeunes gens, faisceau d'influences toujours en éveil, de forces toujours prêtes à l'action : elle en a besoin.

Demandez-lui ce qu'elle peut et ce qu'elle doit encore vous donner : supplément de savoir, conseils, directions, réconfort moral. Rcndezdui ce que vous lui devez, ce qu'elle est en droit d'attendre de vous : piété du souvenir, fidélité aux idées de justice et de vérité professées dans ses chaires, dévouement agissant en face des mouvements tournants qui menacent de l'envelopper.

Faites plus et mieux encore pour assurer la victoire de l'Kcole. Prouvez d'exemple sa vertu éducatrice.

Vous vous réclamez, jeunes gens, qui avez le redoutable honneur de faire l'apprentissage de la vie civique en pleine évolution, à l'heure historique et troublante où il faut, d'urgence, que vous preniez la responsabilité de remplacer ce qui s'en va, vous vous réclamez, dans la « Promesse » de 4908, de la Fraternité dont le sentiment domine vos aspirations et vos espérances et qui doit vous conduire à la Liberté et l'Égalité.

La Fraternité que publient vos paroles, il appartient à la génération nouvelle de la réaliser dans la beauté et la bonté de l'acte.

Fraternisez dans le passé en vous considérant comme solidaires, par l'Fcole, de ceux qui vous y ont précédés et qui vous ont fait, par leurs qualités de droiture, de labeur persévérant, de prudente hardiesse, votre Lyon si grand et si prospère, — dans le présent, comme solidaires des recrues nouvelles qui vous y suivent et qui vont cherchant leur voie sur l'àpre terrain de la vie économique. Fraternisez dans l'entraide scientifiquement pratiquée par l'union de vos libres énergies se concertant dans un esprit de discipline consentie librement.

Fraternisez, vous qui êtes des associés, dans l'association, en adoptant, en répandant les institutions d'hygiène matérielle et morale, d'instruction collective, de prévoyance et d'assistance, d'assurance contre ces risques : maladies, chômage involontaire , invalidité, vieillesse, en voulant et en obtenant par l'épargne libératrice, ces formes du

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mieux-être : la Maison à soi , le Jardin à soi.

Fraternises dans l'organisation méthodique et patiente de la Démocratie nouvelle, qui dépend de votre initiative et de votre volonté consciente, des sacrifices que vos intérêts individuels sauront faire à l'intérêt général. Fraternisez dans la préparation des lois par les mœurs, puis, dans l'obéissance aux lois, fraternisez.

Fraternisez enfin, dans l'idéal et dans la foi sociale, car si votre âge a pratiqué les destructions nécessaires, il faut que, des ruines, la génération qui monte. la jeunesse populaire fasse surgir les uéeessaires constructions où, non moins que la raison, le Sentiment trouve un abri.

Comme le dit le poète : « Soyez bons, soyez frères. » Imprégnez de sincère Fraternité le labeur individuel, joyeusement accepté, et aussi les Œuvres de concorde et de pitié humaine dont profiteront la Cité et la France qui sont de grandes Fraternités.

UN EDUCATEUR : T. FORFER

Messieurs,

« Celui que vous honorez aujourd'hui et dont l'originale physionomie, avec le recul des jours, s'accuse en figure de légende, celui dont la mémoire n'a cessé de grandir sous vos regrets et sous vos pleurs, a honoré l'Université. Aussi M. Gaston Doumergue, ministre de l'Instruction publique, a-t-il tenu à s'associer à la louchante manifestation qu'en un temps d'oubli facile et de passagère douleur, ont pensée, voulue et réalisée la piété constante de votre affection et la noble persistance de votre gratitude.

« C'est, Messieurs, comme une faveur que j'ai accepté de venir communier avec vous dans le souvenir de l'être énergique et bon, vaillant et tendre qu'a été Forfcr, — faveur âpre et douloureuse certes, mais dont la mélancolie s'adoucit et se tempère de confiante sérénité.

4. Discours prononcé à l'inauguration du buste de M. Forfcr, ancien inspecteur d'académie de l'Aisne, dans la cour de l'Ecole Normale de Laon, le 42 novembre 1908.

IN EDUCATEUR : T. FORFER IW.Ï

« Car cette journée du 12 Dovembre qui commémore la journée du 30 décembre 1906, où la morl brutale ravi! aux amis de l'École leur ami el jeta dans 1rs cœurs la stupeur H la désolation, ne saurait être vouée tout entière au deuil et aux larmes.

« L'être souriant, le vrai brave homme, l'infatigable travailleur dont l'âme vit parmi nous, dont le caractère fui empreint d'une si « jolie vaillance, à la française ». eût répudié une cérémonie desséchée par la tristesse stérile et dont ne surgiraient pas une pensée de réconfort et de labeur, une leçon d'énergie profitable à l'École el au Pays.

« D'ailleurs cette journée où s'achève, par l'effort de voire foi solidaire, le déroulement du triptyque consacré par un monument funéraire à l'homme, par un livre à 1 écrivain, par un buste à l'éducateur, cette journée porte en soi un enseignement.

« Elle est touchante et symbolique, la pensée que vous avez eue, professeurs et instituteurs unis dans un sentiment fraternel, de confier le bronze dédié à l'éducateur, à la garde des futurs éducateurs, dans cette Kcole Normale que Forfer aima tant et où s'élaborent les destinées des Écoles urbaines et rurales qui seront ce que seront les instituteurs de demain.

« Votre geste, dont on ne saurait trop souligner la courageuse franchise et là-propos spirituellement savoureux, a une double et nette signification.

« Les Instituteurs, à l'heure actuelle, ne laissent pas de passer aux yeux des malveillants, pour

fronder quelque peu l'autorité, pour n'avoir pas le fétichisme du pouvoir, surtout administratif. On insinue qu'ils sont parfois indépendants à l'excès, mal disposés à s'incliner devant qui, par fonctions, a le devoir de donner ou bien de transmettre des ordres. Des critiques, qui ne les connaissent pas ou plutôt qui les méconnaissent, par dessein arrêté, par esprit de parti, affirment en outre qu'une minorité de maîtres dont ils grossissent le nombre, inclinant à des théories amollissantes, n'enseignent pas la patrie à « ceux qui auront vingt ans », à ceux qui demain auront à la servir, peut-être à la défendre.

« La cérémonie de ce jour est une fière et précise réponse aux attaques intéressées de vos détracteurs.

« Vous avez su prouver, Messieurs, que vous aimiez qui vous aima, que vous donnez votre cœur à ceux qui vous donnent leur cœur.

« Certes Forfer avait nettement figure de chef; il savait obtenir obéissance volontaire, respect et déférence consentis, en toute sincérité, des collaborateurs avec qui ses fonctions le mettaient en rapport. Mais vous vous rendiez compte que, dans le fonctionnaire, il voyait l'homme dont il respectait la dignité, et dont les intérêts matériels et moraux lui tenaient à cœur. Vous compreniez, vous sentiez que l'administration, — sans rien lui ôter de son prestige, sans faire fléchir le principe d'autorité, — il la tournait à l'association des efforts, à l'entr'aidc des volontés agissantes, dans un esprit de discipline sociale et de progrès accepté en commun.

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u Vous saviez, sous la brusquerie primesautière du langage, discerner l'intention droite et bonne, dictant conseils, directions, critiques, môme réprimandes que vite corrigeaient la parole encourageante et réchauffante, la poignée de main affectueusement donnée.

Vous aimiez cet inspecteur d'aspect martial, aux rudes traits frappés en médaille, à l'antique marque, qui, dans « la Cité scolaire», comme il l'appelait, prêcha la douceur, la conciliation, la concorde féconde. Vous ne pouviez lui refuser votre concours ardent et continu pour le labeur qu'en sa brave prose il réclamait de votre dévouement, car chez nul autre vous n'auriez trouvé « le commandement plus honnête », et plus humain.

« Et c'est toute cette loyauté, toute cette bonté vive et familière, toute cette tendresse pour les humbles et les faibles, toute cette passion pour la justice, se conciliant, en mesure d'harmonie, et par un heureux don de nature, et sans effort, avec un sens ferme et droit, avec une vigoureuse volonté, c'est l'ensemble de ces qualités de l'esprit et du cœur dont l'inspecteur Forfer fut le parfait modèle que vous avez voulu signaler comme un exemple et matérialiser en ce bronze qui en perpétuera la réconfortante représentation.

« Vous n'avez pas oublié non plus, et vous n'avez pas voulu qu'on oubliât que cet homme, épris du bien public, semant La paix dans cette petite patrie : l'École, avait été un soldat qui lit bravement la

guerre et qui, dans l'Année terrible, versa son sang pour la grande patrie : la France.

« Et, votre délicatesse pieusement avertie a su mettre l'effigie du vrai homme à sa vraie place, à côté du monument que Forfer contribua à inaugurer pour rappeler aux générations ascendantes la mémoire des trois instituteurs, héros du devoir et du patriotisme : Debordeaux, Poulette, Leroy.

« Certes il méritait bien d'être près des « martyrs )>, des « vaillants », des « forts » — comme dit le poète — celui qui après avoir accompli le geste héroïque, aux heures de deuil, écrivait ces héroïques paroles :

« Oui, prêchons la pacification, condamnons les « férocités et les haines, préparons un avenir « d'équité et de tolérance internationales. Oui, en- « seignons les hautes vertus, excitons les magna- « nimes aspirations, et que par nous soit éveillée « et épurée la conscience des peuples. Mais pour la « victoire même de la cause de l'humanité, défen- « dons cette cause en Français, parce que Français « et fils avertis de la Révolution, en gardiens avisés « de notre patrimoine de fécond libéralisme, et « ma mie, aurait dit Henri IV, l'épée au côté ! ».

« Forfer, Messieurs, est grâce à vous, au poste d'honneur où il devait être, et, tel qu'il était, il apparaît à vos regards. Cestbien, sous les cheveux taillés en brosse, son large front, tout éclairé de pensée, c'est bien, sous le sourcil touffu, l'œil mobile, vivant, dont la flamme pénétrait au fond

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des cœur- c'est bien la lèvre qui ne s'ouvrit que pour l'apostolat de la bonté et l'exaltation de l'effort en vue de l'intérêt général, et c'est bien le mouvement, l'allure de cette ligure au masque original, qui semblait s'élancer, confiante et joyeuse, vers l'avenir, vers les progrès de demain.

« 0 maître aimé, dont la maîtrise fut fondée sur la droiture et sur l'amour, ta vie et ton œuvre sauveront ton nom de l'oubli.

« Les éducateurs de l'enfance et de l'adolescence ouvrière et rurale, aux heures de doute et de trouble, apprendront de toi, bienveillance, bon sens, sérieux s'enveloppant de gaieté, résolutions nettes et viriles. Ils trouveront dans tes écrits, dans tes « Causeries », de prose ardente et nerveuse, où la raison s'avive de volonté, la parole d'énergie et de tendresse et de foi sociale qui les guidera dans la voie parfois douloureuse du devoir et du dévouement. »

Ed. Petit. 17

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