‹ De l'Ecole d'AlexandrieChapitre 115 sur 161 · LIV. II, CHAP. I · texte numérisé non relu

LIV. II, CHAP. I

Se rendre semblable à Dieu.

Puisqu'ici-bas le mal est nécessaire, et enveloppe ce lieu où nous sommes, et puisque notre âme veut éviter le mal, il faut fuir d'ici. Mais comment fuir? Il faut, dit-il (dit Platon) (1), devenir semblable à Dieu : et cela, c'est de devenir justes et saints par réflexion, c'est de ne vivre absolument que dans la vertu. Si donc c'est par la vertu que nous pouvons devenir semblables, n'est-ce pas à un être qui a de la vertu? et quel est cet être? c'est Dieu. Mais n'estce pas à ce Dieu qui semble surtout avoir la vertu, c'est-à-dire, à l'âme du monde, et en elle, à cette partie qui commande et qui donne à la sagesse tout ce qu'elle a d'admirable? Ainsi, c'est à elle que la raison veut que nous devenions semblables, pendant que nous sommes ici-bas.

D'abord on peut douter que toutes les vertus appartiennent à Dieu, et par exemple, celle d'être sage,

(l) Voir plus haut le rapport, page 123.

celle d'être courageux; car il n'y a rien qui le puisse effrayer, de même qu'il n'y a rien du dehors qui puisse lui plaire, et qu'il puisse désirer de posséder ou d'acquérir parce qu'il ne l'aurait pas. Et si Dieu lui-même désire les intelligibles, comme nos âmes aussi les désirent, il est clair que c'est de cette source même que doivent venir pour nous, et l'ordre et les vertus. Dieu a-t-il donc aussi ces vertus? ou peut-on raisonnablement penser qu'il ait les vertus qu'on appelle civiles? la prudence qui vient de la réflexion, le courage qui vient de la force, la tempérance qui résulte d'une certaine harmonie, d'un certain accord de la passion et de la raison, la justice enfin qui résulte de l'action propre et simultanée de ces vertus, soit à commander, soit à obéir? Si nous ne pouvons nous rendre semblables à Dieu, suivant les vertus civiles, le pouvons-nous davantage suivant ces vertus plus hautes qui reçoivent le même nom que lui? Et si nous le pouvons pour ces autres vertus, est-il vrai que nous ne le puissions point absolument pour les vertus civiles? Est-il impossible que nous le puissions du moins en quelque mesure pour ces vertuslà? La renommée proclame divins aussi les hommes qui les possèdent. Il faut accorder que sous ce rapport nous ressemblons à Dieu en quelque mesure : mais que c'est par les vertus plus hautes que nous lui devenons parfaitement semblables. De l'une et l'au-

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tre façon, nous posséderons toujours des vertus, bien que ce ne soit pas tout à fait les siennes. Si donc l'on accorde que nous pouvons ressembler à Dieu sans avoir tout à fait les mêmes vertus que lui, notre rapport à ces vertus étant autre que le sien, rien n'empêche que la ressemblance nous étant interdite pour les vertus civiles, nous ressemblions par des vertus qui nous sont propres aussi, à cet être qui ne peut pas avoir de vertu. Mais comment cela est-il possible? Le voici : quand un objet est échauffé par la présence de la chaleur, il faut bien que l'être luimême, d'où vient la chaleur, soit chaud aussi. Et si quelque chose est chaud par la présence du feu, il faut bien que le feu lui-même soit chaud aussi sans cette présence. L'on peut répondre à la première assertion, que si la chaleur est dans le feu, elle y est naturelle, de sorte que la raison en tire par analogie la conséquence, tandis que la vertu n'est qu'une chose acquise pour l'âme, et naturelle seulement à cet être, que l'âme imite par la vertu. Quant à cette autre comparaison tirée du feu lui-même, on peut dire que Dieu est la vertu, mais que nous le croyons au-dessus de la vertu même. On ne pourrait soutenir cette opinion que si ce dont l'âme participe était identique à ce dont elle vient : mais l'un est ici différent de l'autre. La maison que voit le sens n'est pas identique à la maison intelligible, et pourtant elle

lui ressemble. La maison sensible participe à l'ordre, à l'arrangement de l'autre. Mais ici dans la raison, il n'y a ni ordre, ni arrangement, ni symétrie. Ainsi donc, tout en empruntant de cette source supérieure, l'ordre, l'arrangement, l'harmonie, et jouissant de la vertu que l'on a ici-bas, sans que d'ailleurs les choses de ces lieux divins aient besoin d'ordre, d'arrangement, d'harmonie, nous n'aurions plus besoin de vertu, et nous n'en serions pas moins pareils à ces choses sublimes par la présence de la vertu. Et voilà comment il n'est pas nécessaire qu'il y ait là de la vertu (1), bien que nous ne puissions devenir pareils à Dieu que par la vertu seule.

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