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LIV. III, CHAP. IV

De la dialectique et de la philosophie.

Qu'est-ce que la dialectique? C'est la science qui peut parler avec raison de toutes les choses, dire ce qu'est chacune d'elles, en quoi elle diffère de toutes les autres, ce qu'elle a de commun avec elles quand elle a quelque chose de commun, où elle est, et si elle est, ce qu'elle est; c'est la science qui peut dire combien il y a d'êtres, et combien aussi de non-êtres différents des êtres. C'est encore cette même science qui

(1) Voir plus haut le rapport, pages 104 et 141.

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disserte du bien, et du non-bien, de tout ce qui est subordonné au bien ou à son contraire, de la nature, de l'éternel , et de ce qui n'est pas éternel ; c'est la science qui parle de tout cela scientifiquement, et non suivant la simple opinion : c'est la science qui, lasse de toutes les erreurs où se perdent les sens, ne s'appuie que sur l'intelligible, y attache toute son attention, en repoussant l'erreur, nourrissant l'âme dans ce qu'on a nommé le champ de la vérité, et se servant de la division platonicienne pour discerner les idées, s'en servant aussi pour atteindre l'essence, s'en servant encore pour arriver aux premiers genres, et qui entrelaçant par l'intelligence, les conséquences qui en dérivent, parvient à parcourir tout l'intelligible; et par une analyse rétrograde, retourne au principe même dont elle était partie, se reposant alors, parce que c'est là en effet qu'elle peut trouver le repos, sans aucun autre souci qui la sollicite. Réduite à l'unité, elle contemple cette étude qu'on appelle la logique, et qui traite des propositions et des syllogismes, comme s'il appartenait à un autre art de décrire ces principes, qu'elle sait nécessaires et antérieurs à cet art-là, jugeant ces principes mêmes comme elle juge tout le reste, trouvant les uns utiles, les autres superflus, et les attribuant à la méthode qui les cherche.

Mais à quelle source la science puise-t-elle ces

principes? C'est l'intelligence qui fournit ces principes évidents que l'âme peut recevoir. Ensuite, elle en ordonne les conséquences, elle les enchaîne, elle les divise jusqu'à ce qu'elle soit arrivée à l'intelligence absolue : car elle est, dit-il (dit Platon), la partie la plus pure de l'intelligence et de la pensée. Il faut donc que cette faculté, la plus éminente de celles qui sont en nous, s'adresse aussi à l'être, et au plus éminent. La pensée s'adresse à l'être, l'intelligence à ce qui est supérieur à l'être même. Qu'est-ce donc que la philosophie? Ce qu'il y a de plus éminent. La philosophie se confond-elle avec la dialectique? Ce qu'il y a de plus éminent, ne paraît qu'une partie de la philosophie. Il ne faut pas croire que ce soit un instrument du philosophe ; ce ne sont pas des spéculations pures et des règles : elle s'adresse aux choses, et elle a les êtres pour matière en quelque sorte. Elle ne les atteint toutefois que par degrés, ayant les choses en même temps que les spéculations dont elles sont l'objet. Elle connaît l'erreur et le sophisme accidentellement : et elle les juge comme une chose étrangère à elle, que fait un autre, connaissant le faux dans les vérités même qu'elle possède, quand on allègue le faux qui est contre la règle du vrai. Elle ne s'arrête pas à la proposition : ce n'est qu'un assemblage de lettres. Parce qu'elle sait le vrai, elle sait aussi ce qu'on appelle proposition : elle sait en

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général tous les mouvements de l'âme, ce qu'elle pose, ce qu'elle renverse; elle sait aussi si elle renverse ce qu'elle pose ou telle autre chose. Elle sait reconnaître, si l'on avance des choses différentes ou celles-là : elle est comme un sens qui s'y applique : et elle donne l'exactitude à toutes les sciences qui la recherchent.

Cette étude éminente est donc une partie de la philosophie : mais la philosophie en a d'autres encore. La philosophie étudie la nature, avec le secours de la dialectique, de même que les autres arts se servent de l'arithmétique : mais elle-même se rapproche de très-près de la dialectique. Elle traite aussi des mœurs, lui empruntant encore ses principes, y ajoutant les facultés et les actes réels qui révèlent ces facultés. C'est de là que les facultés logiques tirent leurs principes propres : car la plupart sont encore mêlés à la matière. Et les autres vertus ont aussi leurs raisonnements dans le domaine qui leur est spécial et dans les actions qu'elles inspirent. La réflexion est quelque chose au-dessus du raisonnement, qui considère les choses d'une façon plus générale, qui voit comment elles se suivent, qui juge s'il faut s'abstenir, ou y revenir de nouveau, ou passer à une autre chose meilleure. La dialectique et la sagesse emploient toutes choses universellement et matériellement pour l'usage de la réflexion. Les choses

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intérieures peuvent-elles se passer de la dialectique et de la sagesse, et ne sont-elles point alors incomplètes et mutilées? On peut sans elles être sage et dialecticien de cette façon insuffisante : mais on ne peut l'être réellement, que si on les a intérieurement, ou si du moins elles se développent. On peut posséder des vertus naturelles d'où sortent les vertus parfaites, quand la sagesse vient s'y joindre. Après les vertus naturelles, se produit donc la sagesse qui achève les mœurs : ou bien la sagesse et les vertus naturelles s'accroissent et se complètent naturellement; ou bien encore, l'une prévenant l'autre, la rend complète. En général la vertu physique n'a qu'un aspect et un caractère incomplets : et l'important pour toutes deux, ce sont les principes qui nous les donnent.

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