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CHAPITRE PREMIER

Pourquoi les objets paraissent-ils plus petits à mesure qu'ils s'éloignent?

Pourquoi les choses éloignées semblent-elles plus petites? Pourquoi, tout écartées qu'elles sont les unes des autres, paraissent-elles se toucher? Pourquoi les choses rapprochées nous semblent-elles aussi grandes qu'elles le sont réellement, et n'avoir entre elles que la distance qu'elles ont vraiment?

Les choses éloignées semblent rapetissées parce que la lumière se comprime suivant la vue, et se réduit à la dimension de la pupille. Plus la matière de l'objet visible est éloignée, plus l'image nous en arrive comme isolée de l'objet; c'est en quelque sorte une image de sa quantité et de sa qualité qui nous parvient, et ce n'est pour ainsi dire, que la raison seule de l'objet lui-même. Et pourtant nous sentons

(1) Voir plus haut le rapport, page 148.

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dans ce passage et dans cette arrivée, la grandeur précise de chacune des parties. Il faut donc que l'objet soit présent, et qu'il soit proche pour que nous en sachions la dimension exacte. Peut-être aussi la dimension n'est-elle aperçue de nous, que comme accident, la couleur seule étant véritablement aperçue. Quand l'objet est près, on le connaît avec les dimensions de îa couleur : de loin on voit bien qu'il est coloré : mais les parties distribuées selon les dimensions, ne donnent pas une connaissance fort exacte de ces dimensions, parce que les couleurs ne nous parviennent qu'assez obscurément. Mais qu'y a-t-ii donc d'étonnant que les dimensions tout comme les sons nous paraissent moindres, à mesure que l'image en est plus faible? Est-ce que dans les sons aussi l'ouïe ne cherche pas une image? On ne perçoit donc la grandeur qu'accidentellement. Mais si pour l'ouïe, la grandeur n'est perçue qu'accidentellement, à quelle faculté appartient primitivement la perception de la grandeur dans le son, de même que la grandeur de l'objet visible est jugée par le toucher? Ou bien, l'ouïe perçoit la grandeur apparente, non pas en quantité, mais en plus et en moins, et non pas accidentellement comme lorsque le son est fort. C'est ainsi que le goût perçoit ce qui est fort en douceur, mais ce n'est pas par accident. La grandeur propre du son, c'est ce qui se rapporte à la quantité. On peut dire qu'il est

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accidentel à cause de son intensité, par exemple; mais l'expression n'est pas très-exacte. Le fort pour chaque chose est identique; s'il s'agit d'une foule, par exemple, c'est de remplir tout le lieu dans lequel elle peut s'étendre. Les couleurs ne sont pas petites, mais elles sont faibles ; et les grandeurs sont petites. De part et d'autre, ce qu'il y a de commun, c'est d'être moindre. La couleur faible est moindre : la grandeur moindre est petite; et la grandeur diminue tout comme la couleur. Le phénomène est plus évident quand les couleurs sont diverses. Ainsi pour des montagnes où les habitations et les arbres sont en grand nombre, chaque chose, si on la regarde à part de tout le reste, donne une mesure pour tout ce qui n'est pas elle. Mais quand l'image de chaque chose n'est pas prise à part, la vue n'a pas de chose spéciale à l'aide de laquelle mesurant la grandeur qui lui est soumise, elle connaisse exactement la dimension de l'ensemble. Quand les choses rapprochées sont très-diverses, et quand on ne les voit qu'en masse, comme on ne les distingue pas toutes en particulier, elles paraissent d'autant moindres, qu'elles se confondent pour le regard. Mais si on les regarde toutes spécialement, on sait alors la dimension exacte que chacune d'elles présente. Quant aux grandeurs analogues qui ont des couleurs pareilles, on se trompe aussi pour elles, parce que la vue ne peut mesurer

la dimension vraie de chaque partie. La vue se perd en mesurant chaque partie, parce qu'elle n'a pas moyen de fixer précisément la différence de chacune d'elles; et si ce qui est éloigné lui paraît se rapprocher, c'est que l'intervalle est supprimé encore par la même cause. C/est là aussi ce qui fait qu'on ne se trompe pas sur la dimension d'un objet qui est proche. Ne pouvant pas parcourir tout cet intervalle, dont l'objet est éloigné, la vue ne saurait dire ni ce qu'est la chose par son espèce, ni ce qu'elle est par sa grandeur.

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