CHAPITRE XVIII
L'âme de l'homme, malgré ce qu'en pensent les Gnostiques, peut s'identiûer à l'âme du monde.
Ils prétendront peut-être que leurs doctrines inspirent la haine du corps (1), et invitent à le fuir, tandis qu'au contraire les nôtres y rattachent. C'est absolument comme si deux hommes habitant ensemble une belle maison, l'un blâmait la disposition 'de cette maison, et celui qui l'a faite, tout en y restant néanmoins, tandis que l'autre, loin de le blâmer, dirait que celui qui l'a faite, a su la construire avec un art merveilleux, et y resterait jusqu'au temp9 où il devrait partir, parce qu'il n'aurait plus besoin de maison. Le premier se croirait plus sage et plus disposé à partir, parce qu'il aurait appris à dire que les murs de la maison ne sont que des pierres et des poutres sans vie, et qu'elle est loin d'être une véritable habitation, ignorant qu'il importe beaucoup de ne point supporter la nécessité, bien que toutefois on puisse la souffrir sans murmure, et en aimant dans une juste mesure la beauté des pierres qui for-
(\) Ceci conviendrait encore aux Chrétiens.
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ment cette maison. Il faut bien demeurer dans des maisons, puisque nous avons un corps, construites par Tâme qui est sa sœur bienveillante, et qui a tant de puissance pour les construire sans douleur. Ils ont bien le courage d'appeler frères les plus pervers des hommes, et ils ne veulent pas donner ce nom au soleil et aux astres du ciel : et leur bouche insensée le refuse à l'âme du monde. Certes, il ne faut pas admettre dans la famille ceux qui sont méchants : mais il faut les y admettre quand ils sont devenus bons, quand ils ne sont plus des corps, et qu'ils sont des âmes dans des corps, et qu'ils peuvent habiter en eux-mêmes, aussi voisins que l'homme peut l'être de cet état où est l'âme de l'univers, habitant dans le corps tout entier. Pour arriver là, c'est de ne point se laisser aller aux objets du dehors doux à entendre, agréables à voir : c'est de ne point se laisser troubler par les revers. L'âme du monde ne peut être frappée : car il n'est rien qui puisse l'atteindre. Mais nous ici-bas, sachons, forts par la vertu, opposer la grandeur de notre âme aux coups que nous recevons, rendant par notre énergie les uns plus faibles, et les autres complètement impuissants. Voisins alors de ce que les coups ne peuvent atteindre, nous ressemblons à l'âme de l'univers, à l'âme des astres; et poussant la ressemblance aussi loin qu'elle peut être poussée, visons à l'identité même. Nous
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contemplerons alors ce que voient les Dieux euxmêmes, nous y étant préparés de longue main, par nos soins et le bonheur de notre nature, tandis que les Dieux en jouissent dès le commencement. Si quelques-uns prétendent être les seuls à pouvoir contempler, ils ne contemplent pas pour cela davantage. Ils n'ont pas plus raison de dire qu'ils pourront contempler quand ils seront sortis du corps, et que les Dieux ne le peuvent pas, parce qu'ils régissent éternellement le monde. C'est qu'ils ne savent pas ce que c'est que l'extérieur dont ils parlent, ils ne savent pas comment l'âme de l'univers veille tout entière à ce qui est inanimé. Il est donc permis de ne pas aimer le corps : il est donc permis de devenir pur, de mépriser la mort, de connaître des choses meilleures que celles d'ici-bas, de les poursuivre, et de ne point refuser à ceux qui peuvent les poursuivre, et les poursuivent toujours, la faculté de les poursuivre comme nous. Il ne faut point être comme ces gens qui croient que les astres ne marchent pas, parce que le témoignage des sens leur atteste que les astres ne bougent point; car ces gens-là aussi s'imaginent que la nature des astres ne voit pas ce qui est extérieur, parce qu'ils ne voient pas euxmêmes que leur ame leur vient du dehors.
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TROISIÈME EXXÉADE.