‹ De l'Ecole d'AlexandrieChapitre 126 sur 161 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Le premier principe ne pense pas. — On ne peut le déterminer d'aucune manière.

Comment la multiplicité peut-elle sortir de l'Un? C'est qu'il est partout : il n'y a pas de lieu où il ne soit. Il remplit tout, il est multiple : bien plus, il est tout. S'il était seul partout, il serait aussi toutes choses : mais comme aussi il n'est nulle part, toutes choses sont par lui, et il est partout. Toutes choses lui appartiennent parce qu'il n'est dans aucune. Pourquoi donc n'est-il pas seul partout, et n'est-il pas non plus nulle part? C'est que l'Un doit être avant tout le reste. Il doit tout remplir, il doit produire tout, et n'être pas toutes les choses qu'il produit. Il faut que l'âme elle-même soit comme la vue; pour elle l'intelligence doit être visible, tout infinie qu'elle est avant qu'elle ne la voie, parce que l'âme est faite pour connaître et penser. Quand nous pensons la matière à côté de l'intelligence, nous nous voyons nous-mêmes nature pensante, ou autrement la pensée ne serait en nous qu'une erreur. Si nous

pensons, nous nous pensons nous-mêmes, et nous nous pensons comme nature intelligente. Avant cette pensée, la pensée est tout autre et comme en repos; et la pensée de l'essence est aussi la pensée de la vie; et avant cette vie et cette essence, il y a une autre essence, une autre vie. Tout ce qui est acte connaît donc; et si les intelligences sont ainsi des actes en se pensant elles-mêmes, nous sommes nous-mêmes au dedans l'intelligible. La pensée porte l'image de nous-mêmes. Le Premier est la puissance de mouvement et de repos, et voilà pourquoi il est au-dessus d'eux. Le Second est en repos et se meut aussi vers le Premier, et l'intelligence se rapporte au Second. Étant autre, il a la pensée relativement à un autre 5 mais il n'a pas la pensée véritablement. Ce qui pense est double, et il pense lui-même. Il lui manque quelque chose, parce qu'il n'a son bien que dans la pensée et non dans sa substance. Ce qui est en acte se confond avec ce qui passe de la puissance à l'acte : il est éternellement identique tant qu'il est, de sorte qu'il est parfait et qu'il appartient aux corps comme la chaleur appartient au feu. Mais le feu ne peut être toujours-, car il est mêlé à la matière. Mais ce qui, sans avoir de parties dont il se compose, est en acte, est éternel aussi. Mais le même qui est en acte peut être aussi en puissance relativement à un autre. Les Dieux qui sont au-dessus de nous ne sont pas le Premier.

IIIe EX5EADE. LIV. IX, CHAP. III. 231

L'intelligence ne se confond pas avec les êtres : et c'est en eux que sont le mouvement et le repos. Le Premier en effet ne se rapporte à rien, et tout le reste se rapporte à lui et se repose en lui, est mu par lui : car le mouvement c'est le désir ; mais lui n'a rien à désirer. Que peut désirer en effet ce qui est le plus élevé? Ne se pense-t-il donc pas lui-même? Être comme il est, pour lui c'est penser. Mais l'on appelle penser non pas se posséder soi-même, mais regarder le Premier. Le premier acte, c'est la pensée même, et si elle est la première, il n'est plus besoin d'antérieur. Ce qui la produit est donc au-dessus d'elle : la pensée n'est que la seconde après lui (4). La pensée n'est pas la majesté première, non pas toute pensée, mais la pensée du bien. Le bien est donc au-dessus de l'intelligence. Mais il ne se connaît pas lui-même; comment donc se connaîtra-t-il? Comme étant bon, ou comme ne l'étant pas? S'il se connaît comme bon, le bien est donc avant la connaissance; et si c'est la connaissance qui le fait bon, le bien n'était donc pas avant cette connaissance. Et la connaissance elle-même n'existe pas, puisqu'elle n'est pas la connaissance du bien. Qu'est-ce donc? Le Premier ne vit donc pas non plus? On ne peut pas dire qu'il vive, puisque c'est lui qui donne la vie. Ce qui se connaît

(1) Voir plus haut le rapport, pages 104 et 105.

soi-même, ce qui se pense, n'est que le Second. Il connaît, afin que par cet acte il soit avec lui-même. Il faut donc, s'il se comprend, qu'il ait été sans se comprendre lui-même, et que, incomplet par sa nature, il se complète par la pensée. Il faut donc ôter l'intelligence au Premier principe : car toute addition produit nécessairement défaut et lacune.

IVe EÏNNÉADE. LIV. III, CHAP. XV. 233

QUATRIÈME ENNÉADE.

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