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CHAPITRE XVI

Tout est bien dans le monde : mais les causes échappent souvent à l'ignorance de l'homme.

Les châtiments qui frappent justement les méchants doivent donc être rapportés avec raison à cet ordre qui conduit toutes choses aussi bien que possible. Quant

IVe EHNEABE. LIV. III, CHAP. XVI. 235

aux maux qui, eu dehors de toute justice, frappent les bons, accidents, misère, maladies, doit-on dire qu'ils viennent de fautes antérieurement commises? Ces maux eux-mêmes sont tellement tissus au cours des choses, et y ont si bien leur sens, qu'il semble qu'eux aussi sont conformes à la raison (1). Ou plutôt, ne doiton pas dire que ces maux sont produits par des causes toutes physiques, et que loin d'être dans les principes eux-mêmes, ils ne sont que la conséquence de ces causes? Ainsi, qu'une maison vienne à tomber : elle écrase celui qui est dessous, quel qu'il soit d'ailleurs. Et de deux personnes qui marchent à la suite l'une de l'autre, il n'y en a qu'une qui soit blessée ou renversée par la chute de la maison. Cette catastrophe qui semble injuste n'est point un mal même pour celui qui la souffre, si l'on voit comment elle tient à l'ordonnance utile de l'univers entier. Ce n'est peutêtre même pas une injustice à cause des actes antérieurs qui exigeaient une punition. C'est qu'il ne faut pas croire que certains événements sont soumis à l'ordre universel, et que certains autres sont livrés au pur hasard. Si les choses arrivent d'après des causes physiques et les conséquences nécessaires de ces causes, si elles arrivent suivant un ordre et une raison unique, il faut croire que les choses plus petites

(i) Voir plus haut le rapport, pages 33 et 50.

rentrent aussi dans cet ordre général, et font partie du tissu universel. L'injustice commise par autrui est une injustice pour celui qui la commet, et l'agent ne peut être exempt de blâme; mais par la place qu'elle tient dans l'ordre universel, ce n'est pas une injustice ni dans celui qui la fait, ni dans celui qui la souffre : il fallait qu'il en fût ainsi. Si la victime est innocente, cette injustice ne peut avoir pour elle qu'une fin heureuse. Il ne faut pas croire que cet ordre du monde se maintienne sans l'intervention de Dieu, ou qu'il soit sans justice : il faut penser au contraire qu'il ne tend qu'à produire ce qui est bon , mais qu'il y a des causes qui nous restent cachées et qui ne prêtent au blâme que parce que nous ne les comprenons pas.

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