CHAPITRE VI
Rapport des trois hypostases entre elles : l'Un engendre l'intelligence, l'intelligence engendre l'âme. — Émanation (1).
L'intelligence est la vue qui voit l'Un comme double.
Comment donc voit-elle? que voit-elle? et comment est-elle sortie de l'Un? comment a-t-elle été produite par lui de manière qu'elle puisse voir? Il faut que ce soit l'âme qui porte en elle cette nécessité qui fait que les choses sont ainsi. Il nous sollicite de
(1) Voir plus haut le rapport, pages 105 et 147.
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savoir ce que signifie cette opinion si souvent soutenue par les anciens sages : Comment de l'Un qui est un, ainsi que nous l'avons dit, chaque chose a eu sa substance, soit pluralité, soit dualité, soit nombre; et comment l'Un n'est pas demeuré en lui-même, et qu'il s'en est écoulé cette multitude que nous voyons dans les êtres, et que nous croyons devoir rapporter à lui ? Répondons à cette question, en invoquant Dieu lui-même, non pas par un discours matériel, mais par l'âme, en nous élevant par la prière jusqu'à lui, ne pouvant le prier que si nous nous mettons seul à seul avec lui. Il faut donc contempler Dieu au dedans de soi, comme en un temple qu'on porte en soi-même, demeurant tranquille au-dessus de toutes choses, se tenant en sa présence comme devant les statues du dehors, ou plutôt contemplant ainsi cette statue, la plus brillante et la première de toutes. Tout objet mu a nécessairement un but vers lequel il se meut. S'il n'a pas en effet un but de ce genre, nous ne pouvons pas dire qu'il se meut. Mais s'il y a quelque chose au delà de lui , se tournant toujours vers ce quelque chose, il se meut nécessairement. Éloignons la génération qui se fait dans le temps pour bien parler des choses éternelles : et si nous leur attribuons dans notre raisonnement la génération qu'elles ne souffrent pas, ce sera pour mieux comprendre les
causes de Tordre qui les régit. Ce qui naît de l'Un,
naît certainement sans que le principe lui-même soit mu : car s'il fallait qu'il fût mu pour que quelque chose naquît de lui, l'être engendré serait après le mouvement, le Troisième et non pas le Second. Il faut donc que le principe soit immobile, si le Second est après lui, sans consentement, sans volonté, sans aucun mouvement pour le faire naître. Que nous faut-il donc penser de cet être immobile? C'est un rayonnement qui sort de lui, lui restant immobile, comme l'éclat qui environne le soleil et qui l'entoure sort perpétuellement de lui, sans que le soleil ait besoin de se mouvoir. Et tous les êtres, tant qu'ils subsistent, donnent de leur propre essence et de leur puissance actuelle, cette nécessaire nature qui les épanche à l'extérieur, et qui est comme l'image des exemplaires primitifs dont ils sont sortis. C'est ainsi que le feu lance de son sein la chaleur, et que la neige ne garde pas le froid en elle-même : et c'est surtout dans les corps odorants qu'on peut s'en convaincre. Tant qu'ils sont, ils émettent quelque chose hors d'eux-mêmes, autour d'eux, et tout ce qui les environne y participe. Toutes les choses parfaites engendrent : ce qui est éternellement parfait engendre aussi l'éternel, et il enfante quelque chose de moindre que lui. Que faut-il donc dire du plus parfait? qu'il ne produit rien : mais les plus grandes choses ne sont qu'après lui. Ce qu'il y a de plus grand après lui,
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c'est l'intelligence (1) : et elle est le Second, L'intelligence le voit : elle n'a besoin que de lui, et lui n'a pas du tout besoin d'elle. Ce qui naît du meilleur que l'intelligence, c'est l'intelligence : et l'intelligence est meilleure que tout le reste, parce que tout le reste ne vient qu'après elle; et l'àme, par exemple, est le verbe de l'intelligence : c'est un acte de l'intelligence, comme l'intelligence est un acte de l'Un. Mais le verbe de l'âme est obscur : c'est comme l'image de l'intelligence, et voilà pourquoi elle doit regarder vers l'intelligence : et de même l'intelligence regarde vers Lui pour qu'il y ait intelligence. Elle le voit sans en être séparée, mais parce qu'elle est après lui. Il n'y a rien d'intermédiaire, pas plus qu'entre l'âme et l'intelligence. Tout ce qui est engendré désire ce qui l'engendre; il t'aime, et surtout quand l'engendrant et l'engendré sont identiques; mais lorsque l'engendrant est le meilleur, l'engendré tient nécessairement à lui de manière à n'en être séparé que parce qu'il est autre.
(1) Voir plus haut le rapport, pages 105, 144 et 147.