CHAPITRE XII
C'est de l'Un que sort la multiplicité des êtres. — Émanation (1).
Et qui empêche, peut-on dire, que le principe premier ne soit pluralité, pourvu qu'il reste une essence unique? La pluralité n'est pas alors des combinaisons, elle est des actes, de ce principe : mais si les actes de ce principe ne sont pas des substances, et s'il passe seulement de la puissance à l'acte, il n'est pas pluralité, il est seulement imparfait avant d'agir par sa substance. Mais si sa substance est acte, et son acte la pluralité, sa substance se mesurera sur la pluralité même. Nous accordons bien cette faculté à l'intelligence, à laquelle nous donnons aussi de pouvoir se penser elle-même, mais nous ne l'accordons pas au principe de toutes choses. Avant le multiple, il faut qu'il existe l'unité d'où vient le multiple luimême : car un est antérieur à tout nombre. Mais pour le nombre, on dit que les nombres suivants sont les combinaisons de l'unité. Mais pour les êtres, quelle nécessité y a-t-il, qu'il y ait un principe unique,
(1) Voii plus liaul le rapport, pages 10b, 1U et 147.
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d'où vienne la multiplicité? C'est que les êtres multiples seront séparés les uns des autres, allant au hasard dans leur combinaison, les uns et les autres de côtés différents. Mais l'on dira que c'est de l'Un qui est simple, que proviennent tous les actes multiples : l'on reconnaît donc comme simple ce qui précède les actes : et l'on sentira plus tard qu'il faut que les actes soient éternels, et soient des hypostases; et les hypostases seront différentes de ce dont elles sont les hypostases. Ce principe en effet restant simple, la multitude sort de lui, et y reste comme suspendue. Et si les actes subsistent, parce que le principe a une fois agi, il y a encore là une multitude; et si ce sont les premiers actes qui ont produit le Second, ce sont eux aussi qui ont fait que le principe antérieur aux actes demeure en lui-même au Second, composé d'actes, suivant les actes secondaires mêmes que ces premiers actes ont produits. Car ce principe est autre; et autres sont aussi les actes qui viennent de lui, ne fît-il d'ailleurs qu'agir. Autrement l'intelligence ne sera pas le premier acte : car l'intelligence n'a pas désiré être seule. L'intelligence n'est née qu'à la suite; et le désir s'est produit entre Lui et l'intelligence qui a été créée : car l'Un n'a pu désirer; il eût été imparfait; et le désir n'aurait eu à quoi s'attacher : et il ne pouvait pas avoir telle partie de la chose, et n'avoir pas telle autre ; car il n'y avait rien
vers quoi il pût se diriger. Mais il est clair que si quelque chose subsiste, il subsiste après Lui, luimême demeurant toujours au même état. Il faut donc, pour qu'une autre chose subsiste, qu'il demeure toujours parfaitement tranquille en lui-même. Sinon, il y aura mouvement avant qu'il ne se meuve, pensée avant qu'il ne pense 5 son premier acte sera imparfait, et ne sera qu'une tendance. Mais vers quoi s'élancera-t-il, visant à un but, cet acte que nous admettrons s'écoulant de lui, comme la lumière s'écoule du soleil? C'est comme une lumière qui comprend toute la nature intelligible, et lui au-dessus de l'i n telligence régnera sur l'univers, ne séparant pas de lui le rayon qui brille. Ou bien, admettrons-nous une autre lumière avant la lumière? admettrons-nous qu'il resplendit sur l'intelligible, en restant toujours sur lui ? Ce qui vient de lui n'en est pas isolé : il ne se confond pas non plus avec lui : il n'est pas non plus de nature à n'être pas substance, ou à être comme aveugle. Il se voit, et il se connaît lui-même, il est le premier connaissant. Ce qui est au-dessus de 1 intelligence, est aussi au-dessus de la connaissance ; n'ayant besoin de rien, et n'ayant pas plus besoin de connaître. Connaître est bien un aussi : mais il est un, sans être quelque chose; car s'il était une unité particulière, il ne serait plus l'Un lui-même ; car TUn lui-même est avant fout être particulier.
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