CHAPITRE XVII
Contemplation de l'Un ineffable. — Extase (1).
Qu'y a-t-il donc de meilleur que cette vie sage, exempte de fautes, exempte d'erreur, que l'intelligence qui conduit tout, que la vie entière, que l'entière intelligence? Si nous disons que le meilleur est ce qui a fait ces choses, si nous disons comment il l'a fait et qu'il n'y a rien de meilleur que lui, notre raisonnement ne s'égarera point sur un autre objet : car il restera sur le même. Mais il nous faut monter plus haut et par bien des motifs, et par celui-ci, qu'indépendant comme il l'est, il est au-dessus de toutes choses. Chaque chose en effet est évidemment imparfaite : chaque chose participe de l'Un, et elles participent de l'Un parce qu'elles ne sont pas l'Un. Qu'est-ce donc que ce principe dont elles participent, et qui fait qu'il est lui-même ainsi que tout le reste? Mais s'il donne l'être aux choses, la multitude reçoit aussi tout de la présence de l'Un : et lui-même, auteur de la substance et de l'indépendance, n'est pas lui-même substance : il est au-dessus d'elle : il est au-dessus de l'indépendance. C'est maintenant en avoir assez dit : nous pouvons cesser ici. Ou bien notre âme ne sent-elle pas encore davantage les douleurs
(1) Voir plus haut le rapport. pa?es 102,*112,|151, etc.
de l'enfantement? Peut-être faut-il qu'elle enfante, s'élançant vers Lui, pleine des douleurs qui la tourmentent. Mais voyons : il faut la calmer par nos chants si nous pouvons trouver un enchantement contre des douleurs pareilles. Mais peut-être cet enchantement est-îl déjà dans ce que nous avons dit, si on le répète plusieurs fois. Mais quel est ici ce nouveau chant? Effleurant toutes les vérités, les vérités auxquelles nous participons, il nous échappe dès que l'on veut le dire, ou seulement y penser, puisqu'il faut que la pensée, pour exprimer quelque chose, passe d'une idée à une autre et les parcoure successivement. Mais quelle succession peut-il y avoir dans ce qui est absolument simple? Nous n'y pouvons toucher que par l'intelligence. Mais il faut, quand on le touche et quand on l'atteint, ne pouvoir en aucune façon en rien dire, n'avoir point le loisir d'en rien exprimer (1):on ne peut qu'en raisonner plus tard après l'avoir senti. On doit croire qu'on Ta vu, quand on reçoit tout à coup la lumière qui doit l'éclairer. Car cette lumière, oui, cette lumière vient de lui, et est luimême. Oui, il faut croire qu'il est présent, lorsque, comme un autre Dieu, il illumine la maison de celui qui l'appelle, obscure lorsqu'il ne vient pas l'illuminer. L'âme est sans lumière, lorsqu'elle est sans
(1) Voir plus haut lo rapport, pages 104 ot 139.
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ce Dieu : illuminée par lui, elle a ce qu'elle poursuit. La fin véritable de l'âme, c'est d'atteindre cette lumière : c'est de le voir lui-même par lui, et non par la lumière d'un autre : c'est de voir ce par quoi Ton voit. Ce qui illumine, c'est ce qu'il faut contempler; car on ne voit pas le soleil par une autre lumière que la sienne. Mais comment atteindre à ce but? Retranche toutes choses (Ici, il y a une lacune.)