CHAPITRE XIII
Dieu se confond avec le bien lui-même : mais on ne peut pas dire que Dieu soit bon.
Puisque Dieu est le bien lui-même, il ne peut pas être bon ; et alors il n'a rien en lui, puisqu'il n'a pas le bien. Ce qu'il aura en effet sera ou le bien ou ne le sera pas. Mais ce qui n'est pas bon ne peut se trouver dans ce qui est essentiellement et primitivement bon, et le bien alors n'a pas le bien. Si donc il n'a ni le non-bien, ni le bien, c'est qu'il n'a rien-, et s'il n'a rien, il est seul et isolé de tout le reste. Si donc toutes les autres choses sont ou bonnes sans être le bien, ou ne sont pas bonnes; s'il n'a ni les unes ni les autres, il n'a rien; et il est le bien parce qu'il n'a rien. Si on y ajoute quoi que ce soit, substance, intelligence, beauté, cette addition lui ôte du même coup la qualité d'être le bien. Ainsi donc lui ôtant tout attribut, n'affirmant de lui quoi que ce soit , ne se trompant sur rien de ce qui est en lui, on lui laisse simplement sa qualité d'être, sans rien préjuger de ce qui n'est pas en lui. C'est ainsi que ceux qui sans connaissance suffisante entreprennent la louange de quelqu'un, diminuent la gloire de ceux qu'ils prétendent louer, en leur prêtant des qualités qui sont fort au-dessous de leur mérite, parce qu'ils sont incapables de dire