‹ De l'Ecole d'AlexandrieChapitre 156 sur 161 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Description de l'extase.

Cette contemplation est ineffable (1).

C'est ce que voulait dire cette recommandation faite dans les mystères, de ne point les communiquer à ceux qui n'avaient pas été initiés. Et comme il est ineffable, le divin a défendu de le révéler à un autre qui n'a pas eu lui-même le bonheur de voir. Mais comme celui qui voyait n'était pas deux, mais était un relativement à l'objet vu, l'objet vu n'était pas vu en quelque sorte, mais il était vivifié lorsque le voyant se mêlait à lui. Et si le voyant avait ensuite un

(1) Voir plus haut le rapport pages 101 et 111.

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souvenir de cette union, il posséderait en lui une image de Lui. Il était un aussi lui-même, n'ayant en soi aucune différence ni relativement à lui, ni relativement au reste des choses. Rien en effet ne remuait en lui ; ni le cœur, ni le désir d'une autre chose n'était en lui quand il s'élevait, pas même la raison, ni la pensée, ni même lui, si l'on peut ainsi dire; mais ravi en quelque sorte, dans un calme enthousiasme, dans une tranquille possession de lui-même, il est immobile dans sa propre substance, sans fléchir en rien, sans se tourner vers lui-même, immobile absolument, et comme l'immobilité même, ne faisant plus partie des choses belles, mais portant sa contemplation fort au-dessus du beau même, dépassant déjà le chœur même des vertus, comme celui qui serait entré dans l'intérieur du sanctuaire, laissant derrière lui les statues qui remplissent le temple, et se représentant ensuite les premières, quand on en sort, après le spectacle du dedans et la communion qu'on y a eue non point avec une image, non point avec une statue, mais avec Lui, Lui même, qui fait de tout le reste des spectacles secondaires. Ce n'était pas même un spectacle; c'était une autre façon de voir, l'extase, l'absolu, l'extension de soi, le désir du contact, l'immobilité et le repos, la pensée de l'union, quand toutefois l'on peut arrivera la contemplation jusque dans le sanctuaire. Si l'on voit d'autre

façon, il n'y a plus rien. Ce ne sont là que de vaines imitations, à laisser aux prophètes peu sages, de la manière dont on voit ce Dieu. Le sage pontife, comprenant le mot de l'énigme, pourrait alors voir le véritable spectacle du sanctuaire en y pénétrant; mais il n'y entre pas, croyant que ce sanctuaire invisible est une chose réelle, il sait que c'est la source et le principe, il le reconnaîtra comme le principe; il voit le principe, il s'unit à lui, le semblable au semblable, n'oubliant aucune des choses divines que l'âme peut posséder. Et avant la contemplation, il repousse de la contemplation tout le reste. Mais à celui qui a tout dépassé, il ne reste plus que ce qui est avant tout. Car ici la nature de l'âme n'est point du tout à ce qui n'est pas, c'est lorsqu'elle descend en bas, qu'elle ira dans le mal, et ainsi dans le nonêtre, qui n'est point d'ailleurs le non-être absolu. Mais si elle court en sens contraire, elle viendra non pas en un autre, mais en elle-même, et non pas alors comme étant dans un autre, en rien, mais en soi, c'est-à-dire en elle seule, et non pas dans l'être, mais en Lui. Le voyant devient alors lui-même une sorte de non-substance, il est au-dessus de la substance, en tant que la substance se mêle à la substance. Si donc l'on se voyait devenir Cela, on se saurait soi-même comme une similitude de Lui. Et quand il ne s'éloigne de Lui que comme l'image relativement à l'exemplaire,

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il est arrivé à la fin de sa route. Tombé de la contemplation, réveillant la vertu en lui-même, et se pensant lui-même parfaitement orné, il sera de nouveau allégé, par la vertu allant à l'intelligence, et par la sagesse à Dieu même. Mais c'est la vie des dieux, des hommes divins et heureux ; c'est la libération de toutes les autres choses qui sont ici-bas, vie qui ne jouit pas de ce qui est ici-bas, fuite du seul vers le seul.

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