XXVI DE LA MÉTHODE DES ALEXANDRINS
clave qu'il faut conduire et dominer: et il était en cela d'accord avec le bon sens du genre humain, avec toutes les religions, qui sont venues consacrer cette lutte nécessaire de l'âme, contre le principe matériel et inférieur auquel elle esl jointe. Mais le mysticisme alexandrin exige davantage ; et quand il est pratiqué dans toute sa sévérité, il va jusqu'à l'ascétisme le plus austère. Plotin rougissait d'avoir un corps: il ne voulut jamais permettre qu'on fit son portrait, vaine image d'une ombre non moins vaine. Ses disciples les plus intimes et les plus chers ne purent jamais savoir de lui ni le lieu de sa naissance, ni l'origine de sa famille. Il ne consentit jamais à se soigner dans les maladies qui accablèrent sa vie presque entière, pas même dans la maladie suprême qui l'enleva à l'âge de soixante-six ans : il se soutenait à peine par les aliments les moins abondants et les plus simples. Il n'accordait au sommeil que de courts instants. En un mot, autant qu'on en peut juger par les traits incomplets, quoique très-fidèles, que nous a transmis un élève qui a vécu sept années auprès de lui, Plotin traitait son corps avec ce mépris qu'il avait pour le monde auquel ce corps était assujetti, et qu'il a éprouvé comme