XXVIII DE LA MÉTHODE DES ALEXANDRINS
le premier et le plus invincible sentiment dont elle est frappée, c'est l'impuissance presque absolue de le comprendre tout entier (1). Dieu lui semble dépasser l'homme de toute la distance de l'infini au fini, de l'éternel au périssable. Voilà ce que sent tout d'abord le mysticisme, et en ceci du moins il ne se trompe pas. Mais loin d'en conclure, comme l'ont fait la plupart des philosophies et toutes les religions, l'incommensurable infériorité de l'homme, il en tire, lui, par des déductions qui lui sont propres, la parfaite égalité, disons mieux, tout incroyable que cela puisse paraître, l'identité de l'homme et de Dieu. Renonçant aux
puissances naturelles delà raison qu'il méconnaît, il s'adresse dans la complexité de notre nature à ces facultés secondaires et obscures, qui tiennent de plus près en nous à la vie de la matière qu'à celle de l'intelligence : et il s'abandonne sans règle et sans frein à ce mouvement aveugle que l'homme sent en lui, qui le fait vivre comme vivent toutes choses, mais qui n'est pas nôtre. Dans celte spontanéité surhumaine , qui mène l'homme à son
(I) C'est ce que Itossuet appelle avec l'énergie habituelle de son langage : cet abîme do L'incompréhensibililé divine (Instruction sur les États d'oraison, liv. 2, p. 50, éd. de 1856).