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XXX DE LA MÉTHODE DES ALEXANDRINS

réel que l'on a tort de révoquer en doute, qu'on peut blâmer, mais qu'on ne saurait nier, qui ne cofitient pas tout ce qu'imaginent les mystiques, niais qui n'est point du tout chimérique, tomme le croit le bon sens du vulgaire qui ne l'a jamais éprouvé.

Mais ce que Ton conçoit sans peine, c'est qu'un état aussi particulier de notre être, soit en dehors de toutes les habitudes ordinaires de la vie. Il est certain que quelques âmes portées à la méditation y sont arrivées et y arrivent quelquefois sans le chercher, sans le savoir même, et de sont ces premières et naïves extases qui ont rendu possible à l'esprit humain une science qui a, comme toutes les autres, ses procédés réguliers et trèsefficaces, et qui se nomme la Théologie mystique. Mais cette fugitive et incertaine possession de l'extase ne suffit pas ; il n'est point un mystique qui ne se soit efforcé de se l'assurer pleinement, d'en acquérir la jouissance continue; et de fait, le mysticisme une fois admis, cette recherche assidue de l'extase, qui est l'union à Dieu, la déification de l'homme, devient plus qu'un plaisir et une habitude; elle devient le premier et le plus iinpérieu\ des devoirs. Mais la nature de l'homme, sauf quel-

ftf DU MYSTICISME. XXXI

ques exceptions fort rares, est rebelle à cette violence que lui l'ait l'extase. Elle résiste : il la faut dompter ; et le corps est la première et la plus innocente victime, parce que c est lui nécessairement qui d'abord réclame et se révolte. Tant que les sens qui lui appartiennent sont éveillés et actifs, tant que ses besoins de toute espèce ont quelque empire et quelque énergie, 1 ame distraite, et par les émotions innombrables que les sens lui apportent, et par des sollicitations importunes et grossières, ne peut point se recueillir en elle, ni franchir le seuil de ce temple où elle trouve et prie Dieu en soi, et, pour prendre l'expression même de saint Paul, « où Dieu prie en nous» (Rom. vm, 27). Ainsi le premier soin que le mystique ait à remplir est d'éteindre les puissances du corps, avant de songer à éteindre les puissances diverses de lame. Qu'on ne s'étonne donc pas de ces bizarreries si souvent blâmées de Plotin, que Porphyre, son disciple et son ami, nous a rapportées sans les bien comprendre, que Brucker a flétries en les comprenant encore moins, que nous retrouverions sous une forme ou sous une autre dans l'Inde, (In us la Thébaïde chrétienne, dans les couvents de loutcs l<ks religion-, et qui sont des conditions nécessaires du mysticisme.

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