XXXVI DE LA MÉTHODE DES ALEXANDRINS
plus haute, pour se réduire enfin à la pure notion de sa propre existence , destinée bientôt à mourir elle-même dans cette obscurité et ce précipice de l'extase , où les mystiques se joignent à Dieu tout au moins, quand ils sont raisonnables encore, et où ils deviennent eux-mêmes Dieu , quand ils osent audacieusement franchir cette borne dernière de la raison. Ces quatre caractères nous suffisent pour comprendre tout le mysticisme, et peut-être aussi pour l'excuser, du moins à quelques égards.
Dès lors vous voyez pourquoi ces austérités, cet ascétisme implacable, cette lutte de tous les instants contre le corps ; vous voyez d'où viennent ces ardeurs, ces flammes, ces fournaises de la dévotion, dont les mystiques nous parlent sans cesse , et qui de fait les embrasent et les consument, ou même les transforment. Vous voyez comment le mysticisme a pu avoir ses victimes, ses martyrs, ses héros. Il est bien peu d'âmes assez énergiques, de corps assez vigoureux pour soutenir ces effroyables assauts qui épouvantent les vulgaires courages , et ne réussissent qu'aux plus téméraires et aux plus persévérants. Plus le corps résiste et souffre , plus la lutte devient acharnée et féconde :