ET DU MYSTICISME. XCV
toutes les passions, au lieu de les régler, lemonde en général qui s'y abandonne sans retour les règlet— il mieux que lui? Cette lutte contre le corps, où le mysticisme sait être vainqueur, au prix même de la cruauté, est déraisonnable sans doute; mais seulement parce quelle va trop loin. Si, descendant aux faits que nous livre l'expérience de chaque jour, on se demande ce qui perd la plupart des âmes, ou ce qui, sans les perdre, les abaisse du moins et les flétrit, ne sont-ce point,je le demande, les faiblesses du corps qui ont commencé presque toujours la chute, et qui même la perpétuent, malgré la résistance désespérée que parfois l'âme engage? Si le mysticisme détruit le corps sous prétexte de le dompter, nous, de notre côté, ne le ménageons-nous pas un peu trop? Quand le corps n'est pas notre idole, n'est-il pas du moins notre maître? et la juste domination que nous devrions exercer sur lui, combien de fois n'a-t-elle pas été compromise parce que notre indulgence a dépassé toutes les bornes? Le mysticisme aussi les méconnaît en suivant un chemin tout opposé. Entre ces deux écueils, s'il faut toucher à l'un ou à l'autre, s'il est impossible de les éviter à la fois, ne vaudrait-il pas encore mieux peut-être se briser sur