XCVI DE LA MÉTHODE DES ALEXANDRINS
celui du mysticisme ? Mais grâce à Dieu, cette alternative n'est pas nécessaire ; entre ces dangers presque également redoutables, il est une voie moyenne que le sage doit chercher, et qu'il a rencontrée quelquefois.
Mais poussons plus loin. Dieu, voilà la préoccupation dominante, l'idée fixe du mysticisme. Au fond il n'en a point d'autre : à celle-là toutes les autres sont sacrifiées sans pitié. C'est pour trouver Dieu qu'il abandonne le monde; c'est pour vivre avec Dieu qu'il cesse de vivre avec les hommes; c'est pour aimer Dieu seul qu'il cesse d'aimer tout ce que Dieu a fait, qu'il cesse de s'aimer lui-même; enfin, c'est pour le posséder qu'il se détache de tout le reste, même de sa propre existence. C'est bien là du fanatisme, je l'accorde ; mais de quel nom appeler cette indifférence où restent la plupart des autres hommes? Je ne parle point de ceux qui nient Dieu : ceux-là du moins sont conséquents, s'ils sont aveugles : mais ceux qui le reconnaissent, et pour qui cette grande croyance est certainement chère, que font -ils pour l'entretenir, la fortifier, la compléter en eux ? On ne prétend point ici se faire le censeur du monde , ni donner à qui que ce soit des leçons dont aurait à profiter