III
sévères, dépouillées de toute jouissance? il est difficile de le concevoir (i). Lycurgue,en devenant législateur , se sera moins écarté, qu'on ne le suppose, des anciennes institutions de sa patrie; mais il est difficile de distinguer maintenant ce qui est antérieur à lui de, ce qu'il a introduit. L'art principal qu'il a eu , comme l'observe Xénophon , a été d'in- , téresser tous les citoyens à la conservation du système qu'il -avait organisé et fait adopter (2). ;
Aristote reproche à la constitution des Spartiates d'avoir tout fait pour former un peuple guerrier et conquérant , et rien pour lui apprendre à ne faire la guerre que pour conquérir la paix, et en apprécier les avantages (3).
(1) Quelque* faits viennent à l'appui de cette manière de vair : les repas communs sont au uombre des institutions dont on lui attribue la création : mais nous savons qu'il en a existé aussi à Posidonia, ville qui n'a jamais reçu de colonie des Spartiates ; mais elle en était une de Sybaris » qui avait été fondée par les Doriens de Trézène , ( Herod. L. 8 , c. 43. Arist. Polit. ' L. S, c. 3. ) ; c'était par conséquent un ancien usage des Doriens que Lycurgue avait conservé* (Atli. deipn. L. 14. Arist. Poht. L. 7, c. 10).
(1) Xen. Memor. L. 4.
(3) Arist. polit. L. 7, c. 14.
On tfy voulait que du fep et des soldats , les arts qui pouvaient amollir les caractères, les métaux où on croyait voir des moyens de corruption , tous les ameublemens qui pouvaient ajouter aux agrémens de la vie étaient proscrits. Une existence dure , la sobriété commandée par des repas pris en public, et des exercices continuels , qui entretenaient la force et faisaient diversion à toute autre pensée , conservaient cette austère simplicité de mœurs qui écartait le luxe et les besoins qu'il crée. Tout Ce qui pouvait électriser le courage était mis èn œuvre, la honte atteignait non seulement la lâcheté, mais même la tiédeur, il fallait en éviter jusqu'à l'apparence. Aussi peu de nations ont donné des preuves plus signalées de leur dévouement à la patrie, là mémoire des Thermopyles, où quelques Spartiates ont tenu en échec Tannée des Perses et succombé plutôt que de quitter leur poste , sera éternelle. Les hommes qui ont donné cet exemple mémorable, formaient à la vérité on corps d'élite , attaché, en temps de guerre, à la garde des rois (i); mais les devoirs imposés par leur
position
■ 11 1 1 1 » il»
(i) C'est une conjecture heureuse de Larcher dans sa tra-
position plus particulière , n'altéraient pas leur dévouement héroïque*
L'habitude de ces mœurs commençait dès l'enfance; l'éducation domestique n'était pas tolérée; ailleurs en Grèce elle était permise* un père achetait un esclave et en fàisait le pédagogue de ses en fans. Mais à Sparte l'éducation était dans, les mains du gouvernement, des magistrats étaient chargés de cette surveillance, et leurs fonctions étaient considérées au nombre des plus importantes (i). Les enfans étaient censés appartenir à la patrie intéressée, pour sa propre conservation , non seulement à leur instruction , mais aussi à leur perfection physique. On a prétendu qu'on poussait cette attention jusqu'à détruire lea enfans qui naissaient mal conformés (2); si cette loi a existé, elle n'était pas exécutée avec rigueur , puisqu'un de leurs rois était boiteux de naissance (3;.
Les mêmes soins; donnés à la perfection physique chez les jeunes gens, étaient pro-
ductiou d'Hérodote; r>ot*s sur Her, L. j t c. 2o5, «f £. $,
(I) Xex,. <fc tep. laçed. Plut, in lyc (1) Plat iu Lyc.
(3) Plut, in Iust. hist. L. 6 , c. s.
digués pour les personnes du sexe; on les rendait robustes par des exercices gymnastiques , et leur corps dépouillé de toute gêne, conservait la pureté des formes. Les Spart ia tes pensaient que des femmes bien constituées ne pouvaient que donner le jour à des enfans vigoureux, aussi les Lacédémoniennes avaient-elles la réputation d être belles (i).
On reproche à Lycurgue de les avoir trop ménagées dans ses institutions, et de leur en avoir allégé le poids , sous plusieurs rapports (2) ; c'est aussi par elles , ajoute Aristote, que la corruption a pénétré dans la république (3); d'autres l'ont dit aussi (4). Ces égards, si le reproche est fondé, seraient un rapport de plus des Spartiates avec les peuples du nord , chez qui les femmes ont eu, dans tous les temps, beaucoup plus d'influence que dans les pays méridionaux,
(1) Hom. Od. L. i3, c. 12. Aristoph. in Lysistr. c. 80. $uid. voce Umdès. On prétend même que ce désir de conserver des belles formes dans la nation , avait fait autoriser les maris à confier leurs femmes à ceux qui pouvaient leur donner l'espoir qu'il en naîtrait de beaux enfans. ( Xen. de republ^ laced. Plut, in Lyc )
(a) Arist. Polit, L. a, * 7, PUt d t republ. L. 6 et
(3) Arist. ibid.
(4) Plat, de lcg. 4.
ét chez qui pareillement il n'est pas sans exemple qu'elles en aient abusé. Si on admet que c'était un usage national antérieur à Lycurgue, ce dernier y aura cédé sans en prévoir les conséquences.
Jusques ici , de toutes les institutions qu'on lui attribue , aucune ne présente des obscurités ; il n'en est pas de même de ce qu'on a dit du partage des fortunes. Suivant Plutarque, toutes les terres étaient divisées en trente-neuf mille lots égaux, dont les neuf-mille les plus voisins de la capitale , étaient réservés pour les Spartiates, et les trente mille autres appartenaient aux Lacédémoniens , disséminés sur tout le reste du territoire. Chacune de ces portions , dit Plutarque , avait été calculée sur le produit moyen de soixante et dix medimnes d'orge pour l'homme , douze pour la femme , du vin et de l'huile dans la même proportion (i). Lesenfans, continue le même Plutarque, étant censés appartenir à la patrie, recevaient par rang d'âge leur portion , à mesure qu'il y en avait de
(i) Plut, in Lyc. D'autres auteurs ont dit la m^me chose avec moius de détails. (Porphyr. de ai>stiu. auim L. 4, c. 3*
vacantes par la mort d'un citoyen ( i ). Si l'assertion de cet auteur était exacte, ces lots n auraient été que des fîdéicommis inaliénables , et aussi longtemps que les institutions de Lycurgue ont été en vigueur, le nombre des propriétaires aurait dû se conserver I» même , ainsi que la fortune de chacun d'eux ; la seule différence possible n'aurait pu être que du plus au moins, dans une limite asse? étroite. Examinons si les autres témoignages de l'histoire confirment ces résultats. Thucidide, qui a vécu en des temps , où les institutions de Lycurgue existaient encore, dit que. ceux qui avaient été faits prisonniers à Sphacterie, ayant livré leurs armes, furent dégradés et perdirent leur droit aux fonctions publiques, ainsi que celui d'acheter et de vendre (2) ; Aristote dit que de son temps , les lois empêchaient les ventes , mais ne s'opposaient pas aux donations , et qu'il en résultait que les femmes possédaient les deux cinquièmes des terres (3) ; il ajoute même que la trop grande inégalité des fortunes qui en avait été la suite, était une des causes
<i) Plut, in Lyc
(2) Thuc. bist. L. 5 , c. 34*
(3) Arist. Polit. L. 2, a 7.
de l'affaiblissement de la république ( i ). Voilà deux témoignages qui ne s'accordent pas entr'eux, puisque l'un accorde aux citoyens le droit de vendre , et l'autre le leur re-
Ml
mi
contraires à celui de Plutarque , puisqu'ils prouvent l'aliénabilité des propriétés foncières , imcompatible avec l'institution que ce dernier a décrite , où les lots n'auraient été qu'un simple droit de jouissance. Continuons l'examen des faits. J)ès les temps anciens on^voit qu'il a existé des fortunes inégalés chez les Spartiates : Hérodote a parlé d'eu* comme étant riches (2), tandis que d'après d'autres témoignages , plusieurs d'entr'eux étaient réduits à un tel dénuement, qu'ils se trouvaient exclus des repas communs , parce qu'ils étaient trop indigens pour payer leur contingent de frais, et cette exclusion était d'autant plus dure pour eux, qu'elle les privait de tous les droits de citoyen (3), et les plaçait sur la même ligne que ceux qui en
avaient été privés comme châtiment (4). Les
(1) A rist. ibid.
(2) Her. L. 6 , c. 62. L. 7 , c. 1 34-
(3) Arist Polit. L. 2 , c 7. '
(4) Xen. de rep. laced. Bitaubé Mém. de l'Inst. Iîtt. aae. T. 3.
poésies de Tirtée, dont quelques fragmens ont été conservés, peignent les pauvres demandant un nouveau partage des terres (i), preuve que la perte de leurs propriétés les avait réduit à l'état de ne rien posséder. Enfin , les Spartiates qui ,: ,au moyen des neufmille lots, apanages d'autant de familles, aur raient dû fournir au moins un combattant par chacune d'elles, étaient réduits, dès les temps d'Aristote, à pouvoir à peine en rassembler mille ( 2 ). Lorsque, plus tard, Agis a entrepris, avec plus de zèle que de prudence, de faire cesser l'extrême inégalité des fortunes ; il n'existait plus que sept-cent Spartiates, dont cent seulement étaient propriétaires (3). Cette discordance qu'on remarque dans les ditférens témoignages des anciens n'a pas échappé à Barthélémy , qui a cherché les moyens de concilier ces opinions différentes. 11 a cru y réussir en admettant que le lot du père était transmis à l'ai né de la famille, et que les autres" fils épousaient des filles uniques , et par conséquent héritières (4)»
(i) Arist. Polit. L. 5, c. 7.
(a) Arist. Polit. L. 2, c. 7. *
(3) Plut, in Agid.
(4) Barth. \oy. d'Anarch. ch. 46. et la note 8.
Il s'appuie d'un fait raconté par Plutarque * savoir , que l'Ephore Epitadeg , voulant frustrer son fils de son héritage, fit passer la loi qui autorisait les donations ( i ) ; mais en admettant , qu'auparavant le lot du père passait au fils aîné , sans qu'aucune donation put intervertir cet ordre naturel, il n'en serait pas moins difficile de concevoir Pexistence d'un nombre suffisant d'uniques héritières, pour assurer un lot à tous les cadets de famille. Ainsi la difficulté ne me paraît pas résolue par son système , contraire d'ailleurs, au témoignage positif d'Aristote , qui considère la loi rendue à Sparte , en faveur des pères de plusieurs enfansmâles,comme une des causes de la multiplication des pauvres, parce que la propriété foncière, trop subdivisée, est devenue insuffisante (2) ; il y avait donc partage entre tous les fils, et non pas cession de tout à l'aîné.
Polybe parle de deux espèces de propriétés foncières , qui existaient de son temps à Sparte , Tune qu'il désigne .comme personnelle, l'autre comme provenant des terres
(1) Plut in Agid. -
(2) Arirt. polit, h. 2, c. 7.
publiques. Malheureusement il ne dit pas en quoi consistait leur différence, et si ce double mode de possession remontait aux anciennes institutions de Lycurgue , ou si le second provenait de quelque répartition postérieure de terres ; un mot de plus de lui aurait éclairé la question ( i). Un passage d'Aristote jette quelques lueurs déplus, mais il est insuffisant pour résoudre toutes les difficultés; sans nommer positivement Sparte, licite, comme mesure utile pour empêcher la trop grande inégalité des fortunes, une institution usitée par quelques républiques 9 où l'aliénation des héritages de première distribution était défendue (2). Cette défense peut avoir fait partie de l'organisation primitive de Lycurgue, et limitée seulement à certaines propriétés, sans s'étendre à toutes, et à plus forte raison, à celles acquises dans des temps postérieurs , qui seront restées con> merciables ; mais cette institution sera tombée en désuétude par la suite des temps , puisque l'histoire fournit des preuves que beaucoup de Spartiates étaient réduits à un
(i) PuL hîst. L. 6.
(*) Aris*. Polit. L« 6, c. 4.
état de dénuement absolu. Cette même défense d'aliéner la portion des propriétés , qui constituait proprement l'héritage, a existé chez les plus anciens Romains , où de même elle est tombée ensuite en désuétude (i).
Il est â observer, que par un contraste bîen singulier avec cette rudesse de mœurs, entretenue par les institutions chez les Spartiates, il y avait chez eux un plus grand nombre d'esclaves employés au service domestique, que nulle part ailleurs en Grèce (2): ce nombre ne pourrait pas se concilier avec Tunique possession d'une propriété limitée, comme l'auraient feté les lots dont a parlé Plùtarque; comment aurait-on pu nourrir tous ces esclaves? Plùtarque , il est vrai , dit que Lycurgue n'a pas pu obtenir des Spartiates un partage égal des fortunes immobiliaires , comme il l'a fait pour les terres (3); mais l'inégalité qui pouvait en résulter , chez un peuple sans industrie , sans
(1) Varr. Econ. L. i , c. 10.
(1) Thuc. bist. L. 8 » c. 40. Athénée fait aussi mention de ces pombreuz esclaves., d apres I 1ht pompe , mais ii entendait parler des Hîlotes, puisqu'il les compare aux. Psenestes des Thessaliens, elles distingue des esclaves achetés. (Atb. dêipn.L. 6).
(3) Plut, in Lyt.
luxe et sans arts , n'aurait pas fourni les moyens d'alimenter tous ces êtres inutiles. Au moyen de l'existence des deux espèces de propriétés , dont j'ai parlé d'après Polybe, toutes ces difficultés disparaissent. L'inaliéT Habilité , voulue par les institutions de Lycurgue, ne concernait que l'une d'elles, *t l'autre ouvrait tous les moyens à l'inégalité des fortunes de s'introduire. Il aura voulu seulement mettre un frein à l'insouciance de ceux qui auraient aliéné leurs dernières ressources, en même temps qu'une espèce de honte , attachée aux achats et ventes de terre ? tendait à mettre un frein à l'esprit d'en-r vahissement des riches (i) ; mesure pareille à celle que Solon avait vouli^ introduire à Athènes. Aristote paraît avoir eu une pensée à-peu-près semblable , lorsqu'il a dit que les législateurs de Crète et de Lacédémone, se sont contentés de modifier le principe de la propriété, par l'établissement des repas com~ muns (2).
Sparte , dans une île solitaire , isolée de toutes les nations, aurait peut-être conservé
M PluL îaLJc- ,<») Arist. Polit. L.a,c3.
plus longtemps ses institutions. Mais elle faisait partie de la Grèce, et malgré les entraves quelle mettait à ses relations avec les autres Grecs , elle pouvait les gêner et non pas les anéantir ( i ). Sparte a eu des rapports avec eux , et son ambition d'étendre son territoire à leurs dépends, n'a pas tardé à se développer. Le sien était peu fertile (2); celui de ses voisins Tétait davantage , c'était un appas pour elle de s'en emparer: une portion del'Arcadie fut envahie (3) ; la Messenie le fut ensuite , après les plus vives résistances (4): les Spartiates indigens , qui demandaient ce nouveau partage des terres, dont Tyrtée a parlé, furent contentés aux dépends des vaincus f 5). Ces premiers développemens de l'ambition de Sparte, en augmentant ses forces, ont fini par attirer l'attention des autres peuples de la Grèce. Ceux qui, moins belliqueux, ou moins puissans , sentaient le besoin d'être protégés, re-
(1) Thuc. hist. L. j | c. 144. Plut, in Lvc. in Agide et instit. lacon. Arisfeoph. in Av. v. 1014
(2) Str. geogr. L. 8.
(3) Herod. L. 1 , c. 66.
(4) Str. geogr. L. 6 et 8. Pau*, in Mess.
(5) Arist. Polit. L. 5, c. 7.
cherchèrent son appui , ou entraînés par d'autres intérêts, demandèrent celui d'Athènes: ces deux républiques ne tardèrent pas à devenir rivales , et luttèrent pour usurper la principale influence sur la Grèce (i). Les guerres qui en ont résulté, ayant pris un plus grand développement, les Spartiates, qui d'abord avaient exercé leur influence avec désintéressement, se contentant d'introduire, autour d'eux , des institutions favorables à l'oligarchie (2), sentirent ensuite combien leur pauvreté constitutionnelle, gênait leur ambition de dominer ; alors ils se relâchèrent de leur primitive austérité (3). D'abord ils permirent l'entrée de l'or , comme un moyen de défense extérieure, bientôt ils en conclurent son utilité pour leurs besoins personnels (4)> et plusieurs, voulant en acquérir, n'ont pas été toujours délicats sur les moyens : Hérodote en cite des exemples antérieurs déjà aux relations de Sparte avec la Perse, qui
(1) Just. hist. L. 3, c. 6. TIiuc. hist. L. i , c. 18.
(2) Thuc. hist. L. 1 , c. i$.
(3) Plut, in Lysand.
(4) Pol. hist. L. 6. Arist. Polit. L. 2, c. 9. Plut. inst. lacon. et iu Lys. JEi. var. hist. L. 14, c. 29. Xen. de r«p.
aced.
•nt achevé la démoralisation de cette république ( i ). Sa jalousie contre Athènes Ta aveuglée au point de lui faire former des liaisons avec cet empire (2), dont elle avait tout à redouter, et les rapports qu'elle a eu avec lui ont beaucoup contribué à l'introduction des habitudes nouvelles, que les lois anciennes proscrivaient , mais que [les circonstances faisaient tolérer. Vainement quelques-uns ont voulu rappeler leurs compatriotes aux mœurs anciennes : il n'était plus temps , le changement s'était opéré (3). Les Spartiates , ne pouvant y retourner , auraient dû faire, dans leurs institutions, les changemens devenus nécessaires ; car du moment où les institutions cessant d'être en harmonie avec la position nouvelle d'une nation, c'est une faute grave , qu'elle commet, de vouloir les maintenir; dès que les habitudes sont en contradiction avec les lois , le relâchement de la force publique devient une conséquence nécessaire de l'inexécution des dernières. Pour rendre de la force à son gou-
(1) Herod. L. 6, c. 71.
(1) Jus t. hist. L. a , c. i5. Thuc. List. L. », c. 67. (3) Plut. Apopht. lacou. A$. deipa. L. 4«.
vernement , Sparte aurait dû modifier ses institutions , pour les mettre en harmonie avec sa position nouvelle ; ne l'ayant pas fait , la décadence de cette république en a été le résultat.
Ainsi les causes qui y ont contribué ont été:
Une trop grande inégalité des fortunes , incompatible avec les institutions, et en tout temps funeste aux peuples qui ne vivent que de l'agriculture ;
La rivalité d'Athènes , parce qu'elle a entraîné les Spartiates dans une suite de fausses démarches, où ils ont sacrifié leurs véritables intérêts à de vaines espérances.
L'influence de la Perse, qui s'est servie de ces fermens divers pour semer la corruption , et affaiblir, par ses dissentions , la Grèce qu'elle redoutait et n'avait pu asservir.
A ces causes, que j'ai déjà développées, doit en être jointe une autre non moins active, qui avait sa source dans l'organisation même de Ta république. Loin d'être une démocratie, comme plusieurs personnes le croient, eHe était une aristocratie concentrée , puisque le droit aux fonctions publiques était réservé aux seuls Spartiates , tandis que les Lacé-
démoniens, infiniment plus nombrenx , formaient une caste distincte , qui n'avait qué le droit à-peu-près illusoire, d'être représentée dans les assemblées générales de la nation, sans y prendre aucune part active; leurs députés n'y paraissaient que pour apprendre à quelles lois ils devaient obéir. D'après la peinture qui a été faite de leur sort, ils étaient retenus dans un état de dépendance qui n'était compénsé par aucun avantage (i). Au-dessous d'eux se trouvait la classe plus nombreuse encore des Hilotes , réduits 4 un servage réel. Ainsi la très-grande majorité de la nation se composait d'individus mécontens de leur position , tandis qu'un très-petit nombre de familles, qui se considéraient comme la formant à elles seules abusaient de leur puissance , pour comprimer des concitoyens , qu'elles dédaignaient de considérer comme tels. En vain , un gouvernement compte sur la force , pour remplacer l'attachement de ses administrés, il reste sans vigueur, parce qu'il consume ses moyens d'action au centre , pour exercer cette compression , et perd en même temps l'appui
(i) Isocr. penalli.
qu'il aurait trouvé dans l'accord unanime des volontés , si tous avaient trouvé leur bonheur dans Tordre de choses établi. Sparte était sans force réelle, parce que les dominateurs en petit nombre , ne pouvaient compter sur une majorité , dont ils étaient détestés Ce qui a prolongé leur lutte contre les Athéniens , c'est moins leur force réelle que la mobilité d'esprit de leurs rivaux, qui n'ont jamais suivi avec persévérance un plan régulier d'opérations.
Je viens de dire que les seuls Spartiates étaient admissibles aux fonctions publiques ; eux seuls avaient le droit de composer les assemblées générales de la nation , puisque les Lacédémoniens né pouvaient y paraître que par députés, et ces derniers encore ne prenaient aucune part active aux affaires. Les Spartiates formaient cinq obas , classification qui paraît a voir eu quelque analogie avec les tribus d'Athènes; mais leur organisation est peu connue: on ignore si elles avaient des intérêts particuliers et une administration distincte comme dans Athènes; je ne le crois
pas
(i) Thuc. hist L. 5, c. 14.
pas , parce que cette division n'y a pris naissance qu'avec la démagogie dont Sparte n'a rien imité. Certaines magistratures, telles que i'éphorat, étant au même nombre de cinq, quelques personnes en ent conclu que chaque obas en nommait un; mais c'est une simple présomption qu'aucune donnée historique ne confirme et que l'exemple d'Athènes a pu suggérer.
La royauté avait été conservée à Sparte; deux rois se partageaient les fonctions qui leur étaient réservées ; les deux familles , dont ils devaient descendre , se prétendaient du sang d'Hercule , personnage mythologique qui ne peut pas leur avoir donné naissance : il est probable qu'elles tiraient leur origine de deux chefs qu'avaient les Spartiates , lors de leup invasion dans le Péloponèse. Ces rois vivaient sans luxe, logeant ensemble dans le même palais (i). En temps çle guerre, ils commandaient les armées avec une grands étendue de pouvoir (2). Le dixième du butin kur était
(1) Plut, instit. lacon. Xen. List. gr. L. 5 . c. 12.
(2) Ils le portaient même jusqu'à consentir des trêves de plosieurs mois sans se munir du consentement du sénat (Thucid. hist. L. 5 , c. 60.) : les incouvéniens , qui en ont résulté quelques fois, ont ensuite, fait décider qu'Us auraient on con-
réservé (i) ; lé cinquième i suivant d'autres (2> ces deux opinions sont la même ; Tune a voulu parler de ce qui était alloué à chacun d'eux, tandis que l'autre aura cumulé leurs deux portions. La guerre finie > ils retournaient au pouvoir limité qui leur était réservé dans la vi* civile; alors ils dirigeaient les cérémonies religieuses (3) et présidaient les séances du sénat où leur voix à chacun comptait pour deux (4) : toutefois ce dernier fait est contesté par Thucidide (5). Ils présidaient aussi les tribunaux mais sans prendre aucune part aux délibérations (6). On voit que leur influence sur l'administration intérieure était à peu près nulle (7), Cependant ils étaient
seil de dix Spartiates qu'ils étaient tenus de consulter pour les opérations les plus essentielles (Thuc hist. L. 5, c. 63.).
(i) Pol. hist.L. 2. t.
(s) Herod. L. g,c. 80.
(3) Xen. de rep. laced. Herod. L. 6, c. Si, ArisL polit. L. 3, c. 10. Jus t. hist. L. 3, c. 3.
<4)| Herod. L. 6, c. $7. Dion. Halic. L. 2, c. 14. Lucian iu Harmon.
(5) Thuç. hist. L. 1 , c. 20.
(6) Herod. lu 6 , c. 63. Paus. in La cou..
, (7) Àrist. polit. L. (3, c. 10. Herod. L. «,c 57. Hérodote, en fournit une preuve bien forte : le roi Cléomènes voulait faire partir un étranger qui, au moyen de l'or qu'il avait apporté* cherchait à, se faire des partisans pour entraîner
ternis de renouveler tous les mois le serment
de gouverner d'après la constitution et, en même temps, les éphores, magistrats dont je. vais bientôt parler, leur promettaient au nom du peuple de respecter leurs privilèges (i). Sans avoir aucune influence directe sur les affaires de l'Etat, ils en exerçaient cependant une très-forte par le droit qu'ils avaient seuls de consulter les oracles pour toutes les affaires qui concernaient la chose publique, puisqu'ils pouvaient , par leur moyen , faire changer ou modifier des déterminations prises par rassemblée générale. La vénalité des* oracles était une chose connue en Grèce (2).
Un sénat de vingt-huit membres, élus à vie par l'assemblée générale, et auxquels leur âge avait fait donner le titre de gerontoi, les vieillards (3), était chargé de l'administration ; il avait aussi l'initiative des lois et l'assemblée générale, lorsqu'elles lui étaient
les Spartiates dans une guerre lointaine ; ne se trouvant pas le pouvoir de prendre cette mesure , U s'est adressé aux éphores qui en ont donné Tordre (Herod. L. 3 , c. 148) . , (1) Xen. de republ. la cou.
<a) Herod. L. 6 , c. 57. « ; (3) Plut in L\c. Plat, de leg. L. 3, Arist. polit, * 1 c«9«