‹ De l'économie publique et rurale des GrecsChapitre 4 sur 13 · L. { . c, io. . y.J · texte numérisé non relu

L. { . c, io. . y.J

présentées , pouvait seulement les accepter ou les refuser, sans avoir la faculté de les soumettre à aucune discussion (i): pendant un temps même , le sénat tf'est attribué le droit d'annuler les décisions prises par l'assemblée générale (a). La tendance naturelle de tous les dépositaires du pouvoir est d'étendre leurs prérogatives: ceux de Sparte, nommés à vie, devaient y tendre plus naturellement que tout autre ; c'est pour lutter contre leur disposition à créer une oligarchie concentrée que l'assemblée générale leur a opposé les éphores. Dans l'origine , ils étaient ujxe magistrature très-subalterne de police in térieure, que plusieurs ont considérée comme ayant fait partie de l'organisation de Lycurgue (3) et que d'autres ont crue d'une création postérieure (4). Pour les opposer au Sénat , l'assemblée générale a augmenté leurs pouvoirs (5) ; mais , soit que les Spartiates n'ayent pas bien précisé l'extension qu'ils y avaient

<*) Plot in Lyc.

(a) Plut, in Lyc.

(3) Herod. L. t, c 6 s. Xen. de rep. Laced. c S.

(4) ArisL polit. L. 5, c il. Plut, iu hjc Crag. de tep.

Uced. L. a , c 4.

(5) An st. polit L. s, c* 7*

ment usurpé des attribution» nôuveHes, on voit que , setoblafcfes au* tribuns de Rome , ils ont graduellement accru leur autorité et évéc elle leur audace ; bientôt leur ambition n'a en de bornes que celle des résistances dont ils redoutaient momentanément l'ex* plosion et qu'ils cherchaient à sapper en* suite (i). Cette magistrature était élective pour une année seulement % mais la faculté de la réellection immédiate en prolongeait la durée aussi long-temps qu'ils savaient se conserver la laveur populaire. Nous avons vu plus haut combien de Spartiates étaiént réduits à l'indigence) comme ils formaient la majorité dans les assemblées, ce sont eux doîît les épbores s'étudiaient à capter les suffrage* et plus d'un , sorti de cette classe, a trafiqué avec impudence de son crédit (a). Lorsqu'ils* se sont arrogés le droit d'envoyer des sénateurs en prison (3) et de suspendre l'un des rois de ses fonctions (4) t ils ont déconsidéré

(i) Xcn. de rcp. Laced.

(a) Àriat. polit. L. 2» c. 7. Meor*. op. T. 3 , p. 54.

(3) Xea. de rep. Laced. •

(4) Plut iu Àgid. in Cleomen. Dana quelqpea tirconsl

les pouvoirs légaux sans y substituer autre chose que des actes arbitraires : la constitution de Sparte fut ébranlée et , pour ainsi dire , détruite , puisqu'aucun frein créé par les institutions ne pouvait leur être opposé (i) et qu'il ne restait plus que la force d'insurrection pour comprimer leur audace; ce qui était une anarchie réelle ; mais la démagogie qui a perdu Athènes n'a jamais pu s'introduire, parce que l'esprit aristocratique était constamment entretenu par le privilège qu'avaient les seuls Spartiates de préndre part aux affaires publiques malgré que leur nombre fut devenu graduellement plus faible. Ils ont bien pu se disputer entr'eux; mais il n'est venu à l'esprit d'aucun d'eux de faire intervenir les Lacédémoniens à leur querelle. .

Le système de Lycurgue n'avait pas , comme la constitution d'Athènes l'inconvénient de distraire le peuple du travail par une part trop active aux affaires publiques. Toutefois jes Spartiates n'en étaient pas moins inoccupés. Leur temps se partageait entre des exer-

*ls Tout fdit utilement pour la patrie : on peut citer l'exemple de Pausauias. (Tlmc. Inst. L. i, c i3i).

(i) Piat. «popLe. laeaii. Arùt. polit. L. 3, c. t.

«îces militaires et de longs loisirs X i) : la pratique des arts leur était interdite (2) : l'agriculture, elle-même , partageait leurs dédains. Homère, disaient-ils, qui chante les combats est le poète des Spartiates ; Hésiode qui a chanté l'agriculture est celui des Hilotes (3). Cette existence , partagée entre des exercices et l'oisiveté de leurs Leschès ou lieux de réunion (4) , pouvait se concilier avec l'absence des besoins dont Lycurgue avait fait la base de son système ; mais lorsque ces besoins ont commencé à naître avec le relâchement de ses institutions, les Spartiates privés de tous les moyens d'y satisfaire par fes produits d'une honorable industrie n'en oit été que plus faciles à ouvrir l'accès aux oFres de la corruption. On a prétendu que ce même législateur, non content d'avoir réduit leurs besoins, avait voulu éteindre, chez eux, jusqu'à l'amour de la propriété et que chacue Spartiate , par une espèce de commu-

(1) iris t. polit. L. 7, c. $

(2) l lut. apoph. lacon.

(3) Put. apoppt. iacon. jEI. yar. hisl. L. i3, c. 19. Diou Chrysostome met la même peosée dans la bouche d'Alexandre (Dicn Chrjrsos. de regno. Or. 2.)-

(4) Paus. in La*.

naute , employait les esclaves , les chevaux"^ les ustensiles de ses concitoyens (i); mais si cette assertion était exacte , il faudrait convenir qu'elle n'a pas tardé à recevoir de nombreuses restrictions ; car il y aurait eu infiniment moins de Spartiates réduits au dénûment, s'ils avaient eu la faculté de foire usage des moyens de fortune des riches*

L'éducation étant dans les mains dû gouvernement, comme je l'ai dit plus haut , elle formait le peuple dès l'enfance , aux institutions: dé la patrie. Dès l'âge le plus tendre , les jeunes gens étaient développés pair des exercices gymnastique*. Pkfrâgés , la chasse était leur principal délassement (2) ; on les habituait à fair# des excursions hors de la ville ; on les formait à la petite guerre, aux embuscadés , à tois les exercices nécessaires au soldat en caïapagne. C'est dans ce sens que le vol leur était ordonné (3) , non point dans le sens moderne de ce mot, ainsi qu'on Ta dit, mais comme un développement de l'industrie militaire. Il leur était permis d'enlever des den-

(1) Ariat. polit. L. 2, c. 5. î>t»t. instit. ïacon. ; (2) Isoer. panalh, Xen. de

( :î) Isocr. pana th. Plut. imt. UcoU. Diod. Sic. L» *. Anlu Gel. Noct. Att. L. ii, c. 18.

rées otx des bestiaux et , lorsqu'ils sé laissaient surprendre T c'était lteur imprévoyance ou leur gaucherie qu'on punissait. C'est encore par des motifs semblables qu'on doit explique* tes crypties ou courses nocturnes qu'on leur faisait exécuter. Oh cherchait à les habituer aux marches de nuit , aux surprises , aux reconnaissances. Peut-être concH^it^on avec ce but d'éducation la surveillance des campagne* et l'exercice d'une espèce de police rurale? mais il est difficile de croire, comme on l'à dit dans maint ouvrage, qu'il leur était ordonné d'égorger fcfs Hifotes qu'île trouvaient sur leur chemin. Sparte , toujours inquiété sur les intentions de cette classe d'hommes dont elle craignait les soulèverons , peut, dans quelques circonstances difficiles , avoir donné l'ordre à ces crypties d'égorger ceux qui, par l'heure indue où on les rencontrait, ou par leurs rassemblemens paraissaient suspects. La chose, présentée de cette manière, devient vraisemblable : mais elle eesse de l'être lorsqu'on dit qu'en tout tenlps cefc crypties ont été une chasse d'hommes. Les Spartiates voulaient bien comprimer les Hilotes; mais ils étaient intéressé» à ne pas les détruire , puisque eux seuls cultivaient la terré

et même exerçaient les arts : ils formaient une caste méprisée , mais nécessaire et même indispensable. Thucidide , lorsqu'il parle du massacre secret de deux-mille Hilotes , qui s'étaient distingués par leur courage, juge nécessaire d expliquer les motifs de cet acte de barbarie (i): si de pareilles mesures s'étaient renouvelées tgus les jours aurait-il eu besoin d'en chercher d'autres que l'usage ? Un fait encore vient à l'appui de cette manière de voir; c'est l'extrême population du pays, attestée par des écrivains qui ont vécu à différentes époques (2): un peuple exposé à de fréquens massacres aurait Hentôt diminué de nombre et le pays se serait dépeuplé (3).

L'inoccupation , privilège des Spartiates , était aussi le partage de leurs femmes. Dans les autres pays de la Grèce , elles présidaient aux travaux des esclaves de leur sexe et aux détails intérieurs du ménage : à Sparte , elles auraient cru déroger à leur dignité (4) : aussi ,

' (1) Thuc. hist. L. 4. c. i*. L. 5, c. 19. •

(2) Herod. L. 1 , c. €6. Vol h i st. L. 2. i

(3) Barthelèini , quoiqu'il ait adopté sur ce* crypties l>piiuion vulgaire, convieut cependant qne les massacres d'Hi" lotès n'ont pas pu être aussi fréquens. qu'on les a supposés (Barth. Voyag. d'Anach. ch. 47 note 9.).

(0 Xeu. de rep. Laccd.

à mesure que le luxe s'est introduit dans 1* république , leurs mœurs se sont ressenties de Çette oisiveté

On ignore l'origine de la démarcation qui établissait l'infériorité des Lacédémoniens. S'ils avaient vécu mélangés avec les Spartiates , on aurait pu soupçonner que c'était une simple division du peuple en patriciens et plébéiens , semblable à celle des Romains où quelques familles nobles s'étaient réservées les fonctions publiques, ne laissant à la majorité de la nation que la faculté d'élire ses magistrats. Mais les Spartiates étaient réunis dans la capitale ; les Lacédémoniens étaient disséminés sur toute l'étendue du territoire: ces derniers .n'étaient admis que par députés dans les assemblées générales , on ne peut par conséquent , établir aucune comparaison entre ces deux conditions différentes. On serait porté à soupçonner que ces deux parties delà nation avaient une origine différente et que les Spartiates, issus des Doriens conquérans, avaient accordé la liberté, avec des droits subordonnés, à la portion des anciens habitans du pays qui avait ou secondé leur entreprise

<i) Ath. deipn. L. li.

éu du moins , reconnu leur domination et aérait les Lacédémoniens , tandis que l'autre , qui avait opposé une plus grande résistance , avaiÇ été réduite à une condition pire et serait les Hilôtes. On ne peut appuyer cette conjecture d'aucun témoignage historique positif; mais elle n'a rien d'invraisemblable, ût Strabon, sans le dire textuellement, paraît conduire à cette manière de vôir. Suivant lui , les Doriens se trouvant peu nombreux, lors de leur invasion du Péloponèse, loin de chasser les anciens habitans , ont cherché à les retenir (i ); seulement il ne dit pas la condition qu'ils leur ont réservée; cependant ils en ont formé plusieurs colonies (2) pour se? débarrasser de ceux dont ils se méfiaient on d'un excédent qui les gênait.

Les Lacédémoniens , ainsi que fe l'ai déjà dit, n'étaient éligibles à aucun emploi; ils ne paraissaient aux assemblées générales que par députés (3); mais on ignore sur quelle base était formée cette représentation; on sait seulement qu'elle ne leur permettait au-

(1) Str. Geogr. L. 8.

(a) Paus. L. 3. Str. Ceogr. L. 10 et 1 3. Plut, qusest- grV <3) Xen. kitC gr. L. 3 et L. 5. «

©une influence et qu'ils y paraissaient pour recevoir les lois qui leur étaient dictées et non pour les discuter (1), Pe cet état d'infériorité, naissait chez eux une jalousie contre les Spartiates <mi , dans plue dune circonstance, a compromis la sûreté de la répu* blique (s). H parait que les Lacédémoniens étaient soumis aux mêmes institutions que ces derniers, mais, n'ayant pas les mêmes mobiles qu'eux , ils nVnt jamais porté les qualités et les défauts qui en étaient le résultat au même degré d'exaltation. Ils avaient leurs mêmes préjugés contre le travail : comme eux , ils n'auraient été que soldats si des récompenses égales les avaient stimulés.

Au-dessous des'Laeédémoniens, était une ©lasse d'hommes qui leur était inférieure 9 quoique Jouissant de la liberté , le$ anciens n'en ont pas dit assez pour qu'on puisse connaître tous les détails de leur condition. On les distinguait par des noms variés , qui tous désignaient une inf ériosi té politique , plus ou moins modifiée ; mais tous paraissent être issus Hilotes affranchis ( 3 ) , les uns , pour

(1) Isocr. pan a th.

(2) X«n. hist. gr. L. 3.

(9) Thuc. hiat, L. 5, c. 3*. L. 7. c h 3a

avoir servi dans les armées (x ), d'autres $ pour avoir été choisis dans leur enfance* pour compagnons de jeunes Spartiates (2). Ils pouvaient être admis dans les armées * puisque Lysandre, après s'être distingué par sa valeur , a obtenu comme récompense , de sortir de cette classe, et d'être inscrit au nombre des citoyens (3).

J'ignore ce que peuvent être ces Trophfc mes ou étrangers , dont parle Xénophon , étaient-ils des domiciliés , ou des fils plutôt de domiciliés (4)? aucun autre auteur n'en a fait mention.

La caste , essentiellement laborieuse , était celle des Hîlotes. Les anciens ont dit qu'ils étaient les descendans des habitans de la ville d'Helos, qui, lors de la conquête, ont étéré-^ duits à cet état, en punition de leur résistance (5) ; mais il est difficile de croire , que les habitans d'une seule ville, aient pu produire ■ "

c. S.Jlesych.vofxNcodam. Meurs, misceil. lacou. L. 2, c. 7# (1) Plut, in Lyc. Thuc hist. L. 4, c 80. L. 5t c 3*.

Diod. Sic. L. 12»

(a) Àth. deipn. L. $. Hesycli. jocc Mothanes.

(3) A th. deipn. L. 6.

(4) Xcn. hist gr. L. 5, c. 10.

(5) Six. geogr. L. 8. Plut, in Lyc. Paus inLac. Harpocr.voot EUotai.

une caste aussi nombreuse ; je pencherais plutôt à croire , que toute la portion des anciens habitons du pays , qui s'était prononcée contre les Doriens , a partagé le même sort , et que cette ville, ayant été le foyer principal de la résistance , leur a communiqué son nom à tous* Plus tard, les Lacédémoniens ayant fait la conquête de la Messénie, en ont réduit les habitons à une condition semblable ( i ) ; mais tandis que les vainqueurs s'efforçaient de les confondre avec les Hilotes , sous une dénomination commune , eux s'en sont tenus constammeut séparés (2).

Tous , soit Hîlotes , soit Messéniens , étaient dans un état de servage réel , mais bien distinct de l'esclavage (3): ils étaient attachés à la glèbe, et cultivaient la terre pour le compte de leurs maîtres. Leur nombre les rendait inquiétons, aussi s'attachait-on à les dégrader par tous les moyens qu'on pouvait

(1) Pol. hist. L. 4. Paus. in Lac in Mets. Herod. L. 5. Thucid. hist L. i, c 101. Quelques-uns seule me ut ; en se retirant en Italie et en Sicile, ont échappé au sort commun, ( Paus. in Mess. Str. geogr. L. 6 ). Zaude et Rhegium ont été leurs aziles. .

(a) Paus. in Lac. Isocr. Arch.

(*) Poa onom. L. 3, c S.

imaginer , mépris, servitudes avilissante» , terreurs ménagées à de certaines époques , tout était employé pour y parvenir (»}• Des révoltes assez fréquentes, ont prouvé l'insuflisance de ces mesures (2); elles l'ont été bien, plus encore pour les Messéniens, dont l'asservissement plus moderne, laissait des souvenirs de liberté dans leur ame, qui rendaient leur position plus pénible; ils étaient enchaînés et non pas façonnés à l'esclavage (3)* Les institutions deJUjrcurgue avaient, pour but d'habituer les serfs à leur condition ; mais ce législateur avait en même temps cherché , par diverses mesures , à leur alléger le poids du fardeau qu'ils devaient supporter. Ainsi, aucun Lacédémonien n'osait f sans encourir le mépris pnblic, augmenter la redevance que lui payaient les Bilotes , cultivateurs de ses terres (4). Nous n'avons aucune donnée sur la proportion dans laquelle elle était avec

les

(1) Aib. dcipu. L. t*

(a) Ar.st. Polit. L. &9c 9. Thucul. Jiist. L. I, cflOft. DiocL Sic. L. a.

(3) Paus. in Mets. Thuc hisL L. i , c. toi. DtedL Sic. L. ti. Jus t. hist. L. 3 , c. S.

( , ) Plut iu Ljc. instit. lacon.

les produits de la récolte; mai* les écrivains s'accordent à dire, que sous ce rapport, leur condition était supportable ( i ). Pausanias nous a conservé le tableau de ce que payaient les Messéniens , et son témoignage est confirmé par celui de Myron , qui a écrit leur histoire (2): suivant ces auteurs, ils étaient tenus de porter à Sparte , la moitié de toutes leurs récoltes (3): exigeait-on autant des Hilotes, c'est ce qu'ils ne disent pas.

Leur sort parait avoir été préférable, sous le rapport des vexations pécuniaires , à celui des serfs, soumis à d'autres gouvernemens, à cause des institutions qui les protégeaient, contre l'avarice des propriétaires. Sous ce rapport aussi, dès qu'ils auront pu s'habituer à la flétrissure civile qui les frappait, il leur a été possible de développer une certaine industrie dans leurs cultures, puisqu'ils avaient la certitude d'en être récompensés par l'accroissement des produits. Et en effet, on peut observer , que plusieurs variétés perfectionnées de plantes, sont nées de leurs

(1) Plut in Ljc.

(2) Alb. deipo. L. 14. ,

(3) Paus ia Mes*.

soins ( i ), or aucun perfectionnement n'a lieu, là où le cultivateur ne jouit pas d'une certaine aisance, et n'a pas la certitude de recueillir le fruit de ses travaux. Les Hilotes , ayant celle, qu'aucune surcharge ne pouvait être ajoutée à la prestation antique, pouvait se livrer à leur industrie ; c'était en quelque panière > une compensation de l'indépendance qu'ils n'avaient pas. Mais leur sort n'étant garanti que par l'opinion publique, et non par des lois positives, n'a-t-il pas été aggravé, lorsque les institutions relâchées, n'ont plus été un frein suffisant pour les protéger? il est permis de le croire, et peutêtre que leurs révoltes, plus fréquentes dans les derniers temps dont les historiens ont parlé, n'ont pas eu d'autres motifs. Outre les travaux de la campagne, les Hilotes ont aussi exercé les arts, et même ils en ont porté quelques-uns à un certain degré de perfection qui a fait rechercher leurs ouvrages, notamment ceux de menuiserie (2); mais ce développement de l'industrie, ne peut

(1) Thcoph. hist plant. L. 7, c. 4. Pl. bist.nat. L. iS, c 26. L. 19, c. 8*

(2) PluL ia Lyc.

avoir eu lieu qu'aux temps , où déjà les communications avec la Perse, avaient introduit le luxe à Sparte.

Je sens combien il manque de traits essentiels au tableau que je viens de tracer. Pour bien développer la condition des Hilotes, il aurait fallu établir positivement les rapports d'intérêt qu'ils avaient comme serfs , avec leurs propriétaires, vérifier s'ils étaient les mêmes, pour ceux qui dépendaient des Lacédémoniens, que pour ceux soumis aux Spartiates, et s'il y en avait qui dépendaient du gouvernement, sans rapports avec aucurç propriétaire en particulier. Il aurait aussi fallu spécifier la nature d,e% liens qui les attachaient au sol ; savoir , par conséquent , s'ils transmettaient héréditairement à leurs enfans leurs droits à la culture, d'un terrain détermine, ce qui aurait formé un genre de propriété subordonné, analogue à celle des fellahs de l'Egypte; enfin, il aurait fa!lulTavQjr des notions plus positives sur la quotké précise de la redevance qu'ils étaient tenus de payer. Malheureusement je n'ai pu recueillir aucun renseignement sur ces faits. Tous les anciens qui ont écrit sur cette république, ont parlé de quelques-unes des institutions

de Lycurgue, et ont imité des Spartiates, leur mépris pour les sciences économiques. Plutarque a fait un livre des institutions, et un autre des Apophtegmes, ou bons mots de cette nation , ni l'un ni l'autre ne la font connaître.

Lorsque l'amour des richesses a percé dans Sparte, le principal pivot, sur lequel posait la constitution de Lycurgue, la pauvreté, ayant cessé de lui prêter son appui , les Spartiates n'ont pas su légitimer, par des institutions nouvelles, les besoins auxquels ils commençaient à s'accoutumer. L'industrie intérieure étant proscrite, tout homme qui voulut s'enrichir dût, ou se vendre aux étrangers, ou porter ses concitoyens à des guerres qui lui ouvraient l'espérance de profiter des pillages. Alors les Spartiates ont commencé à être soudoyés , et à devenir soldats mercenaires: l'ascendant aussi que la république avait pris sur une partie de la Grèce, a cessé d'être désintéressé. Bientôt les peuples qui avaient cru assurer leur existence politique , en choisissant cette protection , ont trouvé dans les harmostes , commissaires que Sparte envoyait pour diriger les affaires , des hommes qui cher-

chaient à augmenter leur fortune (i). Avec ces changeraens, Sparte a vu diminuer son influence (2); elle a cessé presque entièrement après la bataille de Leuctres (3). Les harmostes dont je viens de parler , paraissent avoir réuni les pouvoirs militaires et civils: c'est du moins l'idée que Justinien en donne , lorsqu'il les assimile à ses modérateurs de l'Hellespont, dont l'étendue des attributions, nous est parfaitement connue (4) ; Appien , lorsqu'il les compare aux triumvirs de Rome, en donne une idée semblable (5); ce qu'en a dit Diodore y est aussi conforme (6).

Les nouvelles mœurs introduites à Sparte , contrastaient avec les anciennes institutions, qui n'étaient plus qu'un masque incommode à porter. Sans doute , on en allégeait le poids , mais on ne le supprimait pas, et c'est peutêtre à la conservation de ces apparences,

(1) Thuc hist. L. a, c. 7. Xen. hist. gr. L. 3, c. 5. Paua. m Arc. et in Bœot. Suidas voce harmosUd HesycU. voce Aaiv mostcs. \

(2) Plut in s h lacoa.

(3) Meurs. Miscell. lacoa. L. 3, c. xo.J

(4) Nove Justin. L. 4 , Tit. 7,0 a.

(5) App. bell. civ. L. 4, c. 7.

(€) Diod. Sic. L. 10 , c. 10.

qu'il faut attribuer l'espèce de réputation militaire, qu'ils ont conservée longtemps, sans qu'aucun fait d'à i mes marquant Tait justifiée. Malgré l'ascendant qu'Alexandre et ses successeurs, avaient pris sur la Grèce; Sparte avait conservé un genre d'indépen-, dance , mais elle n'existait que dans ses rapports aveé Ks autres peunles, carà l'intérieur, maîtrisée tour à tour par les Ephores, ou soumise à un despote, il n'y existait plus même un fantôme de liberté. Un de ces derniers; manant sa fille avec le roi Pyrrhus, lui donna pour ^ot l'île de Corcyre (i): c'était être bien f-loiçnédes mœurs de l'ancienne Sparte, où le roi recevait, il est vrai, une portion plus forte du butin , mais où il n'avait que sa double part dans les repas publics. Peut-être qu'un homme de génie, en adaptant aux mœurs nouvelles, la portion des institutions anciennes , qui pouvaient s'y concilier, aurait en créant cette organisation, réveillé les fermens de sa gloire antique, et pu ranimer cette nation et lui rendre quelque splendeur. Mais Agis et Cléomène , qui ont voulu le tenter, étaient dénués d'expé-

0) Plut in Pjirh.

rience, ils ont échoué, parce que, emporté» par la chaleur de l'âge, ils ont heurté de front les nouvelles habitudes qu'on s'était formées (i). Leur tentative a eu lieu , à-peuprès vers le même temps , où les Achéens ont commencé leurs efforts pour repousser les fers qui menaçaient la Grèce ; s'ils avaient concerté leurs démarches, ces deux peuples auraient peut-être empêché la domination romaine de s'établir. JJais le parti qui avait détruit les inovations d'Agis et de Cléomène , mu par sa jalousie, contre la ligue achéenne* en a contrarié les succès, et TAchéen Philopœmen, croyant servir sa patrie, a profité de ces avantages pour abolir à Sparte, tout ce qu'U y restait encore des institutions de Lycurgue (2). Cette fausse mesure a été nuisible pour la Grèce entière (3); et lorsquensuite, il a voulu introduire dans sa patrie, les institutions qu'il venait d'éteindre à Sparte, il s'aperçut qu'on détruit bien plus facilement qu'on n'édifie (4). Dans tous les temps, ce sont ces jalousies de peuple à peuple, qui , —

(1) Plut, iu Ag. et in Cleom.

{2) TU. Liv. L. 38, c. 34.

(3) Paus. in Ach. et iu Are.

U) Plut, in Philop.

ont privé la Grèce de la force d'union , qui aurait assuré son existence; Sparte, depuis ce coup , que lui a porté Philopaemen , est tombée dans l'obscurité et ne s'en est plus relevée. Les Romains qui avaient ménagé Athènes, parce que l'amour des lettres qui y régnait, ne leur paraissait nullement redoutable, n'ont pas vu du même œil un peuple , dont le nom célèbre dans les fastes de l'énergie républicaine, pouvait devenir un jour, le foyer d'une résistance nouvelle. Un despote, peuple ou prince * tolère volontiers la littérature et les beaux arts, qui prennent facilement la direction que le gouvernement veut leur imprimer: mais les institutions saines des peuples, leur font toujours ombrage.

Des autres républiques de la Grèce.

Userait du plus grand intérêt, de connaître pour chacune de ces petites républiques , les rapports qu'ont eu leur système d'économie intérieure et d'administration, avec l'état de prospérité où elles sont parvenues; mais il n'existe aucunes sources où puiser ces renseignernens ; les anciens ont trop négligé cette manière de considérer l'histoire. Chaque ville

avait pour ainsi dire, une existence indépen-e dante, et une constitution particulière, dont à peine il reste quelques traces vagues dans les écrits des Grecs. Le seul, où nous aurions pu apprendre à les connaître, aurait -été le travail d'Aristote, sur l'organisation d'un grand nombre de républiques , dont le titre seul a été conservé, mais dont aucun fragment n'est parvenu jusqu'à nous. Mais quoique indépendantes, ces petites républiques formaient entr'elles , des confédérations » où elles se considéraient comme composant un même peuple; ce seront ces masses plus considérables, dont il me sera possible de m'occuper, pour faire connaître le peu qui nous est connu de leurs institutions. Quelques-unes d'entr'elles seulement , ont marqué par la part qu'elles ont prise dans les guerres, nées des rivalités d'Athènes et de Sparte; et comme lesf historiens, dont les ouvrages ont été conservés, se sont particulièrement occupés de cette époque, ils en ont plus ou moins parlé , en raison du rôle qu'elles y ont joué, comme auxiliaires ou comme victimes.

Le centre du Péloponèse était occupé par celle des Arcadiens , qui en habitaient la région la plus montagneuse. Ils se considéraient

comme les plus anciens habitans de la terre, et prétendaient, dit-on, avoir existé avant que la lune eut pris naissance (i ). Secondés par le physique du pays, ils ont, plus que les autres Grecs, conservé leur isolement des autres peuples; de-là, leur prétention d'être aborigènes (2). Cependant on voit chez eux des traces nombreuses du séjour qu'y ont fait les Pélasges ; des traditions en font même partir les colonies de ce peuple, qui sont allées s'établir en Italie (3). Les Arcadiens y auront été concentrés dans de moindres espaces, lors de l'invasion du Péloponèse, par les Doriens ; l'histoire obscure de ces temps le fait présumer, sans qu'aucun monument le prouve (4)» il ne paraît pas cependant probable, qu'ils aient occupé auparavant toute cette péninsule, car alors les Hilotes auraient eu une origine commune avec eux, opinion qui n'a été proposée par personne, du moins qui me soit connue.

Les montagnes qu'habitaient les Arcadiens,

(1) Ov. Fest. L 1 , v. 469. Heyuc. opuRc. acad. T. a, p. a3{, et seq. Luciam de astrol.

(a) Herod. L. 8 , c 73. Str. geogr. L. 8. Paus. in Arc. (3) Paus. iu Arc. Dion. hul. L. I. Aur. Yict. «rig. (0 Herod. L. 2, e. 171.

étaient plus abondantes en pâturage, qu'en, terres cultivables, aussi leurs localités les ont naturellement portés à s'occuper de préférence, de l'éducation des bestiaux: de-là , ces bergers d'Arcadie, sujet rebattu des poè-* tes d'une certaine époque, où ils n'ont fait que se traîner sur les pas de Virgile; ce dernier, qui voulait lier les antiquités ro-» maines , à celles de ce pays-là , leur donnait de l'intérêt, en faisant Evandre, parent d'Enée (i); mais ses imitateurs l'ont copié sans motif, dans un temps où toute l'instruction se bornait à une servile imitation des anciens. Le climat , suivant Polybe , aurait donné aux Arcadiens des mœurs rudes et sauvages, si les institutions n'avaient pas contribué à les adoucir (2): et dans le nombre, il cite notamment la musique. Cet art faisait partie de l'éducation , et se liait à presque tous les mornens de leur existence (3). Les deux sexes assistaient ensemble à toutes les fêtes, mais les habitudes plus douces qu'ils y puisaient, n'allaient pas jusqu'à les

(0 Virg. Encid. L. 8, v. 116.

(2) Pol. hisL L. 4.

(3) PoL hbt ibîd.

amollir, parce que tout, dans les hymnes qu'on y chantait, respirait l'amour de la patrie, et celui des vertus, aussi se sont-ils rendus longtemps recoramandables , autant par la pureté de leurs mœurs , que par leur aménité (î).

. Ils peuvent avoir eu des rois dans l'origine, comme tous les autres peuples de la Grèce ; cependant l'histoire mythologique des premiers temps , n'en nomme aucun. Dès les époques les plus reculées, ils sont représentés comme une réunion de petites républiques , formant entr'elles une confédération pour ce qui concernait les affaires principales et d'un commun intérêt : mais leur agglomération , manquait d'une force centrale suffisante (2); ce défaut a été commun à la plupart des confédérations de l'antiquité ; chacune des républiques dont elles étaient composées , craignait tellement de porter atteinte à sa propre indépendance , en cédant une partie de son pouvoir, à un gouvernement central, qu'il en résultait que leurs rassemblées générales n'étaient qu'un moyen de discuter leurs com-

(1) Pol. List, ibid.

(2) Xen. hisL gr. L. é. Diod. Sic. L. i5.

niuns intérêts , et non une centralisation deleurs forces partielles , afin d'augmenter celles de l'ensemble. Insensiblement, deux des républiques arcadiennes ont usurpé le principal ascendant , et sont ensuite devenues rivales c'étaient Mantinée et Tégée; les dissentions qui en ont été le résultat, ont privé les Arcadiens de la force de résistance ex té-

rieure qu'ils auraient dû avoir (i), et le* ont livrés aux ennemis dont ils étaient entourés.

Ce sera, sans doute, pendant ces dissentions que les Arcadiens , trouvant peu de sécurité dans les campagnes, se sont insensiblement concentrés dans des villes^ Ce changement a dû influer sur leurs habitudes ; ils ont dû moins s'occuper de leurs propriétés rurales , puisqu'ils s'en trouvaient plus éloignés; ils les auront davantage abandonnées aux serfs nombreux qu'ils avaient et le sort de ces derniers, plus écartés des yeux de leurs maîtres, n'a pu qu'en devenir plus mauvais. Tandis que les Arcadiens s'affaiblissaient tous les jours plus par leurs guerres intestines , les ennemis dont ils étaient entou-

(i) Diod. Sic L. i5-

rés en ont profité pour les affaiblir davantage. Les Spartiates ont, surtout, été de ce nombre: après les avoir vaincus, ils ont détruit leurs villes et les ont contraint à se disséminer dans des bourgades. Ils Font fait , dit Xénophon, dans l'intention de leur nuire et leur ont été utiles, parce que se trouvant plus rapprochés de leurs propriétés, ils les ont mieux soignées (i); sans doute aussi parce que les dangers communs les avaient éclairés sur les funestes conséquences de leurs dissentions antérieures et les avaient assoupies. Plus tard , lorsqu'Epaminondas tendait de tous ses efforts à sapper la puissance de Sparte, il a conseillé aux Arcadiens de fonder une ville considérable et susceptible de défense: ils bâtirent Mégalopolis (2) qui devint un boulevard contre Sparte. Le conseil était d'un chef d'armée plus que d'un administrateur; car on ne peut pas se dissimuler que cette mesure, commandée par les circonstances , était contraire aux véritables intérêts des Arcadiens , considérés comme peuple agriculteur : aussi leur prospérité a déchu rapidément depuis (3).

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