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être iien anciennes , puisque , de leur temps , elles avaient à peu près oublié la langue de leurs ancêtres (i). C'est principalement par le gout que leurs habitans avaient conservé pour l'agriculture qu'on pouvait les distinguer des peuples nomades jlont elles étaient environnées (2). Le commerce a pu seul attirer des Grecs dans ces contrées , et le choix de l'embouchure des fleuves pour y placer leurs colonies confirme cette origine que je leur suppose. Il y a donc eu un temps où très-anciennement les Grecs ont eu un commerce avec ces régions , assez actif pour y déterminer la fondation de ces établissements , et ce sera ensuite une longue interruption des rapports avec leur métropole qui y aura causé l'oubli de la langue grecque où ils sont tombés. On peut rapprocher ceci de tout ce que j'ai dit au commencement de ce livre sur les preuves d'un ancien état de civilisation de la Grèce , dont l'histoire n'a conservé aucun souvenir.
Mais avant d'étendre leurs relations jus-
(0 Herod. L. 4, c. 17 et *ol. Str. gceçr. L. 11. Dion. Jud. L. t ad. ira.
(a) Herod. ftft • •* .• -
qu'aux extrémités de la Mer Noire , les Grecs ont dû naturellement fréquenter les côtes de l'Asie mineure qui se sont aussi couvertes de leurs colonies , et celles-ci ont eu très-anciennement un commerce très-actif, puisque quelques-unes d'entr 'elles ont donné naissancé à de nouvelles colonies : on peut citer notamment Milet qui en a fondé plusieurs sur les côtes de l'Hellespont (i) ; quelques-unes ont étendu leur navigation jusqu'à Cadix, et Phocis a jeté les premiers fondemens de Marseille (2).
On dit communément que c'est à l'époque de la guerre de Troie où l'Asie mineure a pour la première fois attiré l'attention des Grecs, et que la cause de cette guerre a été l'enlèvement d'une femme. On a vu dans nos temps modernes des guerres entreprises sous des prétextes plus futiles encore, mais peu les allèguent; on cherchait à déguiser des motifs plus réels qu'on ne voulait pas avouer. Trop de personnages mythologiques jouent un rôle dans cette guerre, telle du moins qu'Homère Ta peinte, pour qu'il n'en résulte pas
(1) Ath. deipn. L. tsa Str. geogr. L. 14.
(2) Henri. L. 1, c. 1*3. " ~ *
des doutes , si ce n'est sur sa réalité du moins sur les événemens qu'on y lie : un fait cesse d'être dans les limites de la vérité dès qu'on l'attribue à des individus dont l'existence doit être considérée comme une fiction. Mais , en admettant que cette guerre a un fond de vérité défiguré par les fictions qu'Homère a imaginées pour composer son poème, il est^ difficile d'admettre que ce soit l'enlèvement d'Hélène qui en a été la véritable cause. Une croisade de la Grèce entière a dû avoir des motifs plus majeurs, tels que des rivalités de commerce ou d'ambition, sujet trop peu poétique pour avoir séduit Homère ; mais qui aurait occupé l'historien , s'il y en avait eu à ces époques là. Dans cette manière d'envisager la guerre de Troie , elle se trouverait naturellement liée aux époques d'ancienne civilisation dont le souvenir est perdu. Il est même dans les choses possibles que le vaste ébranlement qu'elle a produit et les longs orages qui l'ont suivie aient formé cette lacune dans les traditions qui, ma ma nière de voir, a dû séparer les temps homériques de ceux plus modernes , où commence • l'histoire proprement dite de la Grèce, c'esta-dire celle des temps où le régime des rois
a généralement été remplacé par des organisations politiques plus ou moins républicaines. On sent que ce ne peuvent être que de simples conjectures ; mais elles ne mé pa«* raissent pas dénuées de vraisemblance.
. Tandis que beaucoup de colonies dés Grecs se sont dirigées vers les cAtes de la Mer Noire et de l'Asie mineure , d'autres se sont portéés vers l'occident Le midi de l'Italie , là Sicile , la Sardaigne, les côtes de la Gaule et peutêtre aussi celles de l'Espagne en ont reçu. Elles ont été très-anciennement florissantes, preuve de plus que Ce hë son t pas des émanations d'un peuple sauvage qui en ont été les premiers fondateurs. II ne petit paV Entrer dans mon plan de dischter, èri cleiaîl Pbrigine plus ou moins Vraisémbfàbîe de chacune de ces différentes colonies pbur èlaguëir ce qu'il y a de romanesque dans lés traditions (i ). Ce travail ne serait pas sans utilité ; mais il m'écartieràït trop tîe mon principal' but , celui d'étudier les institutions defc beu-
fi) C'est cette critique qui manque essentiellement à l'on' ▼rage de M\ Raonl-Rochette snr les colonies de la Grèce; tontes les fables de la mythologie y sont admises comme éyéV
ple^. Sdus ce-point de vue, je ne dois considérer les colonies de la Grèce que dans les rapports qu'elles ont eu avec leur métropole et de leur influence sur son existence politique. t
, Quoiqu'il me paraisse que les colonies dont l'origine fabuleuse annonce la grande antiquité ont été fondée la plupart pour le commerce, on doit reconnaître que celles des époques moins anciennes l'ont été par des motifs différens. Diverses causes que j'examinerai successivement paraissent leur avoir donné naissance. Le commerce a été le motif des plus anciennes. Aucun autre ne pouvait conduire des Grecs sur les côtes de la Mer Noire et aux embouchures des fleuves qui s'y jettent. Il faut aussi attribuer à ce même motif celle d'habitans de Samos qui s'est établie dans les Oasis , suivant le témoignage d'Hérodote ; quel autre aurait pu les appeler dans un semblable séjour (x)?
Au milieu des orages divers qui ont agité la Grèce , des refoulemens de ses peuplades en ont déplacé quelques-unes. C'est ainsi que les Ioniens , chassés du Péloponèse par l'in-
(0 Herod. L. 3, c. a*.
( si* )
va si ô A des Doriens , se sont d'abord réfugiés dans l'Attique , d'où ils sont partis ensuite pour fonder, dit-on, des colonies sur les côtes de l'Asie. Je croirais plutôt pour aller se réunir aux établissemens antérieurs qui existaient sur ces côtes (i). D'autres émigrations ont été formées par des chefs de factions qui , renversés par leurs rivaux dont ils redoutaient les vengeances, ont entraîné avec eux leurs partisans , pour aller, ou créer de nouvelles colonies , ou se réunir à d'autres plus anciennes (2). L'ambition aussi de quelques personnages mécontens du rôle qu'ils jouaient dans leur patrie a été , pour eux , un motif d'émigration , et ils ont entraîné avec eux des individus à qui ils ont proposé d'aller chercher ailleurs une situation meilleure (3).
Le peu d'union qui existait entre les peuples de la Grèce ne permettait pas toujours que l'équilibre s'établit par les résultats d'un commerce régulier.entre leurs populations respectives et leurs moyens de subsistance. Quel-
. (1) Herod. L. 1 , c i 45. et 14$. Str. geogr. L. 8 et i3. Ml Tar. faist. L. 8 , c 5.
(2) Herod. L. 3 , c. t 4 et wq. Diod. Sic L. 11 etpassimV
(3) Herod. L. 5 , c 42.
< si6 )
ques-uns d*eux , embarrassés par un êxcéàerit momentané de population, causé par une série de mauvaises récoltes, ont, plus d'une fois , envoyé dès essaims se créer une nouvelle patrie (i). Mais cettè cause de fondation des colonies est celle dont oh connaît le moins d'exemples.
Vers les derniers temps de la Grèce , des gouvernemens inquiets d'une populace oisive qu'ils ne savaient pas occuper et qu'ils craignaient de voir devenir un instrument dans les mains des partis , en ont éloigné des portions qu'ils ont employée à former des colonies. Ce sont principalement les Athéniens qui ont fait usage de ce moyen dè sécurité qui n'a pas toujours eu le succès désiré (2). Ainsi , ayant distribué des terres confisquées sur les habitans de My tilène , ceux à qui elles étaient échues les ont affermées aux anciens possesseurs , afin de retourner aux agrémens du séjour d'Athènes, ou plutôt à l'oisiveté qui y
(1) Str. geogr. L. 5. En», cnron. L. x. Plat, de leg. L. 5. Mém. de l'Àcad. de» inscr. T. 3. p. 86 et suiv.
(a) Herod. L. 5, c. 77. Hut. in Pend. Thue. hist. L. 2 • c. 37 et 70 , L. 3 , c, ho. Diod. Sic L. i5 , c. î3. Isocr. de pacc et pauaih.
était entretenue par des subventions gratuites <i).
Enfin dans les derniers temps qui ont accompagné la décadence de h liberté des Grecs , quelques fondations de colonies paraissent avoir eu un motif semblable à celui qu'ont ea les Romains pour les leurs , celui de contenir les peuples chez qui elles étaient placées et de s'assurer ainsi leur soumission (2) ; mais elles n'ont eu jamais d'utilité réelle pour les Grecs , il n'y avait pas asssez de suite dans la marche de leurs gouvernemens * surtout de celai des Athéniens , pour qu'un plan pareil aife eu des résultats marqués. Les dissentions intestines y occupaient tous les esprits et c'est comme idée accessoire què les projets de conquêtes et de dominations lointaines ont occupé les esprits , parce que des meneurs ont cru avoir besoin de distraire le peuple par ces entreprises; mais ce dernier les perdait de vue après en avoir décidé l'exécution , et *vec la mobilité des fonctions publiques, le plus souvent ceux qui y remplaçaient l'auteur
du projet partageaient rarement ses opinions
(1) Suidas , voct gé elérouchiké. Thuc. Mst. L. 3, c. 5o. (a) Plut, in Pericl. Thuc. bist. L. 3; f. 9»i<fM6& Sic. L. ii , c. 37. Thuc. hist. h. », c. 2j.
et n'y donnaient aucune suite. Les colonies qu'Alexandre a placées dans les pays où il a' étendu ses conquêtes ont eu , à ce qu'il paraît, le même motif, auquel, peut-être, il faut joindre celui de se débarrasser des mécontens de son armée (1 ) ; mais ces créations, éphémères comme son entreprise, ont la plupart cessé d'exister avec lui (2).
Telles paraissent avoir été les causes différentes pour lesquelles les Grecs ont formé des colonies. Il m'est impossible d'admettre dans leur nombre les motifs religieux qu'un auteur moderne a voulu attribuer à leur fondation , s'appuyant sut* ce que le plus grand nombre des émigrations a consulté, avant' de partir , les oracles de Delphes ou de Dedone (3). Elles ont consulté les oracles , il est vrai, mais c'est parce que les Grecs le faisaient dans la plupart des circonstances
autres actions aucune attache religieuse. Les chefs de ces entreprises se servaient de ce, moyen pour affermir leurs partisans par l'at-
(1) Quint. Curt. L. 7, c. 10 et 11. Just bist. L. îa , c. i.
(2) Quint. Curt. L. 9, c 7. Diod. Sic. L. 18, c. 7.
(3) Rochelle hut. crit des eol. grecques. T. 1 , p 1 et passim.
tente de l'heureux succès qui leur était promis ; c'est le motif unique qu'ils ont pu avoir pour cette démarche.
De toutes ces colonies , les plus anciennes, qui ont été fondées pour le commerce sont les seules qui ont eu un motif réel d'utilité pour leur métropole j toutes les autres ont été plutôt nuisibles qu'utiles au pays d'où elles sont sorties. Aucune d'elles n'a été conçue pour des spéculations qui lui fussent utiles , ou motivée par un excédent réel de population à employer au dehors; car, d'après les guerres fréquentes qui déchiraient la Grèce , un pareil excédent ne peut pas être imaginé. C'étaient , au contraire, une portion des citoyens utiles que des dissensions intestines forçaient à s'expatrier, ou une apparente surabondance de population , née des fausses mesures du gouvernement qui ne savait ni l'utiliser, ni lui procurer des moyens d'existence. Aussi en est-il résulté que ces mêmes républiques qui ne savaient ni retenir, ni employer leurs citoyens*, avaient ensuite besoin de les remplacer par des étrangers qui, écartés de toute communauté aux avantages civils, restaient indifférens aux
destinées du pays , auquel ils n'étaient liés par aucune espérance future.
Les colonies n'étaient pas non plus organisées de manière à indemniser la mère-patrie des pertes qu'elle avait laite en les créant. H faut excepter toujours les plus anciennes qui ont eu le commerce pour motif et qui % sous ce rapport , ont dû être utiles au peuple qui les a fondées- Mais toutes celles qui sont postérieures et formées , ou successivement? peuplées par des mécontens n'ont conservé ni dépendance ni communauté d'intérêts avec leur mère-patrie ; elles s'en sont créés de distincts et souvent même ont adopté das institutions différentes ; on en a plusieurs exemples dans les écrits des anciens (i ). Aucune5 convention n'établissait des rapports déterminés entr'elles et leur métropole j s'il s'en est formé ensuite, ils sont nés de leurs besoins mutuels, et si Tune ou l'autre rappelait alors la communauté d'origine, c'était, pour ainsi dire, une formule diplomatique -*v qui indiquait une convenance de se lier , sans toutefois réveiller aucune idée positive de devoirs obligés. Il en était de même des
0) Arist. polit, L, 2, c. 12. A th. deipu. L. 10.
péuples qui croyaient avoir à se plaindre d'\ oubli de ces anciennes'relations ; ils ne manr quaient pas de l'invoquer, non comme une infraction à un pacte convenu, mais seule*ment comme l'oubli d'un devoir moral (i). Le plus souvent, lorsque la -communauté d'origine a déterminé des colonies à épouser les mêmes intérêts que leur métropole, c'est parce qu'elles avaient conservé les mêmes passions et partageaient les mêmes haines qu'elle (2). Mais, je le répète, c'étaient des vues ou des intérêts semblables qui les gui* daient, sans qu'il existât aucune obligation qui leur en fit une loi. Au moment o£ la Grèce , menacée par les Perses , avait besoin de rassembler toutes ses forces pour ne pas succomber, on ne voit pas que les colonies d'Italie et de Sicile aient fait aucune démonstration de lui porter des secours, et lorsqu'elle en a demandé au roi de Syracuse , ce dernier lui fit observer que le danger seul les appelait vers lui , et qu'ils ne lui avaient offert aucun appui , lorsque cette colonie en
(1) Herod. L. 8, c. aa. Thucjrd. Mit. L. x , c. aS «t 34 ; L. 3, c 6 ; L. 7 , c. 57. Diod. Sic. 1a, c. a7.
(a) Thuc. hilt L. 3, c. 86. t. 7 , c, 67 # Oc.
avait couru de la part des Carthaginois (i). Les colonies grecques d'Asie se sont même , en partie, prononcées contre la Grèce; à la vérité, étant en première ligne, le danger prochain dont elles se voyaient menacées a pu les y déterminer (2). Mais il en a été de même plus tard , à l'époque des luttes d'Athènes et de Sparte , où les mêmes motifs n'existaient pas ; les colonies d'Asie ont abandonné , plus d'une fois , le parti de leurs fondateurs, et alors leurs dangers n'étaient pas un prétexte (3). Celles d'Italie ont pris aussi le parti que leur dictait l'intérêt du moment (4). Amphipolis, colonie attique,a presque touours été unie aux Lacédémoniens (5). Hérodote fait observer que Corcyre , colonie de Corinthe a presque toujours été son ennemie (6). Strabon l'attribue à ce qu'elle a été fondée par des bannis (7); mais c'était le cas du plus grand nombre de celles de la Grèce ,
(1) Herod. L. 7 , c. i£t.
(2) Diod. Sic. L. 1 1. Just. hist L. z , c. t i. Plat in Themist.
(3) T hue . hist. L. 2 , a 2.
^4) Thuc. hist. L. 6 9 c 44 , L. 7, c S7.
(5) Thaa hist. L. S. Diod. Sic. U. 1*.
(6) Herod. L. 3, c 49.
(7) Sir. geogr. L. 6.
et Thucydide qui fait aussi mention de cette haine n'en donne pas ce motif (i). Je pencherais à croire, avec cet auteur, qu'elle sera née de quelques jalousies commerciales. Ainsi on ne doit pas considérer les colonies des Grecs sous le même point de vue qu'ont celles de nos organisations modernes. Il n'existait aucune mesure fiscale de la part de leur métropole qui limita leur commerce afin de «'en réserver les avantages. Tous les rapports qui se formaient entr'elles étaient les résultats de conventions librement consenties et non des obligations qui leur étaient imposées, enfin elles n'étaient tenues à aucune redevance envers la nation dont elles étaient sorties (2). Les Gçecs qui n'avaient ni industrie intérieure , ni manufactures n'avaient pas besoin de s'assurer des marchés pour les productions de leurs pays. Leur commerce , au-delà des besoins de la consommation intérieure, se limitait au simple cabotage ; aussi les deux principaux motifs qu'ont eu les
(1) Thuc hist. L. 1 , c. a5.
(2) n y a quelques exemples du contraire ; mais ce sont des abus du pouvoir des forts contre les faibles , qui ont eu lieu lorsque Athènes et Sparte avaient transformés leurs alliés en tributaires, ,
modernes pour maintenir leurs colonies dan* la dépendance , celui d'assurer un débouché à leurs manufactures et de se réserver les matières premières pour leur servir d'aliment , n'existait pas chez les Grecs. La question de l'indépendance des colonies grecques dont tous ces développemens fournissent des preuves , a été traitée avec plus de détails par Ste. Croix ; aussi j'ai cru inutile de l'approfondir davantage ; s'il reste encore quelques doutes , la lecture de son ouvrage les fera cesser (i).
Les colonies des Grecs , n'ayant conservé aucun point de dépendance de leur métropole , ayant formé, par conséquent , des corps sociaux essentiellement distincts, l'histoire de leurs institutions aurait de l'intérêt pour les comparer avec les phases d'élévation et de décadence qu'elles ont eues, et en juger les causes. Il aurait aussi été intéressant d'étudier les modifications aux habitudes de leur mère-patrie que leurs points de contact avec d'autres peuples leur ont fait adopter. Malheureusement tous les matériaux nous manquent pour des recherches d'un si grand intérêt.
(i) Sainte Croix, état des anciennes colonies, page no et suivais.
térêt. Il ne reste qu'un vague souvenir de* nombreuses colonies de la Mer Noire. Celles de Tltalie et de la Sicile , peu ou point connues pour leurs époques les plus prospères , n'ont commencé à l'être un peu qu'à l'époque voisine de leur chute. Je nie réserve d'en parler dans le volume qui sera consacré aux peuples de l'Italie. Celles de l'Asie mineure ont eu aussi leurs plus beaux momens à une époque trop ancienne pour que l'histoire en parle: elle ne commence pour elles qu'au temps où , froissées par l'ambition des Perses et des Grecs d'Europe, elles n'avaient pas même le choix du nVitre auquel il fallait obéir. Malheureusement les écrits des hommes distingués que ces républiques ont produits n'existent plus : la liste en est nombreuse et il y en a eu du plus grand mérite dont les noms , plus durables que leurs écrits, sont parvenus jusqu'à nous. Si ces derniers avaient échappé aux ravages des siècles , nous aurions pu y puiser des notions certaines sur les temps de prospérité de ces républiques , au lieu qu'on ne trouve dans les écrits des auteurs plus récens que quelques notions vagues et incomplètes des factions qui ont déchiré les derniers temps de leur indépen-
dance , et des excès où elles ont porté leurs réactions, Milet , si riche anciennement par son commerce , qui , dans un temps , avait couvert les côtes de plusieurs contrées de ses colonies , offre un triste exemple de l'état où elle était tombée. Dans une des crises ensanglantées qui l'ont réduite à cet état, les pauvres s'étant emparés des riches qui avaient échappé au massacre , les ont forcés à travailler la terre (i): de semblables représailles font présumer les vexations qu'ils en avaient éprouvées. Au milieu de pareils désordres, le commerce a dû s'éteindre , et les descendans de cette population auparavant si florissante ont fini par n'avoir plus que quelques troupeaux pour unique ressource (2). Ce que j'ai dit de Milet peut s'appliquer , plus ou moins , aux autres colonies de l'Asie mineure; des unes il n'est resté que des ruines , tandis que d'autres en perdant leur liberté ont conservé quelque commerce , parce que les circonstances les ont favorisées.
Il est essentiel de remarquer le peu d'union qui existait entre les colonies des Grecs. On voit chez elles le même morcellement qui a
(1) Ath. deipo. L. 12.
(2) Sir. geogr. L. 14.
si fort nui aux forces de leur mère-patrie. Ni celles de l'Italie et de la Sicile , ni celles des côtes de l'Asie, malgré le rapprochement où elles se trouvaient entr'elles, n'ont formé aucune confédération pour augmenter leurs forces par leur union. Thalès a fait en vain des efforts pour y déterminer celles d'Asie ; ses tentatives ont été inutiles (i). II en à été de même pour celles de l'Italie que les Achéens ont voulu engager à prendre une mesure pareille (2). Elles ont eu , les unes et les autres , quelques assemblées générales pour discuter, par députés, leurs intérêts communs ; mais , comme elles n'avaient établi aucun gouvernement central chargé de l'exécution des choses convenues , il n'existait aucune force qui put contraindre la minorité à se soumettre aux vœux de la majorité. Aussi toutes ces colonies ont -elles successivement succombé aux attaques étrangères.
(1) Herod. L. i , c. 170.
ta) Pol. hïst. L. 2.