CHAPITRE V
Zfe la religion dans ses rappôrts avec l'Économie publique*
I EU importe à l'économiste qu'un peuple adresse s£s vœux à Jupiter ou à Osiris,v pourvu que ce culte ne porte aucun obstacle à la prospérité publique, mais il doit considérer toute croyance qui énerve ou détruit l'homme , tout culte qui absorbe une trop forte portion de sa vie , toute opinion qui lui impose d'autres devoirs que ceux utiles aux intérêts de sa patrie comme essentiellement nuisibles , parce qu'ils portent atteinte à cette même prospérité. Un proverbe grec disait : unir les devoirs du citoyen aux fonctions du Sacerdoce, pour exprimer que deux choses étaient incompatibles; l'époque déjà moderne où Suidas qui le cite a vécu, ne permet pas de dire à quel siècle l'opinion publique, fondée sur l'expérience, en avait introduit l'usage.
D'après le témoignage de Platon, la religion des plus anciens Grecs n'a été qu'une
commémoration 4es phases de la natuTe et le fait a été confirmé par les savantes recherches de Du puis; mais à des époques plus rapprochées , le sens des allégories qui enveloppaient ces vérités astronomiques a été oublié, et le culte n'a plus été qu'une série de pratiques sans croyance bien arrêtées, qui dès lors ne pouvaient prendre que peu ou point d'influence sur la chose publique (2). Chaque nation, chaque ville* chaque famille pour ainsi dire, adoptait l'un des Dieux pour son patron , et tous les ans un jour fixé ramenait sa féte; qu'on célébrait sans déprécier lé patron de son voisin; on le, révérait aussi, mais un peu moins. Aucune intolérance ne se mêlait à ce culte, les prêtres eux-mêmes de ces dieux multipliés vivaient assez d'accord ensemble , chacun de son côté faisait valoir le crédit de son temple sans persécuter ceux des autres. Et comme les allégories qui formaient les légendes de ces nombreux habitans de l'Olimpe et dont le véritable sens était oublié, prêtaient un peu à la plaisanterie, ils tolé-
(1) Eus. praep. evang. L. 3, c. a.
(2) Barth. voj. dÀnacharsis , ch, irl 1 1 " 4 ' 1
raient fort bien qu'on parlât de toutes les aventures graveleuses dont leurs dieux étaient les héros, qu'on en fit des sarcasmes, qu'on les jouât même sur la scène (i); cependant si on voulait démontrer sérieusement l'absurdité de ce culte , et surtout l'inutilité de ces prêtres, on commençait à devenir coupable à leurs yeux. Ce crime fut irrémissible pour Socrate qui, pour avoir trop bien raisonné dut boire la cigûe: Aristote aussi fat contraint de s'empoisonner. Mai* ces exemples de vengeances sacerdotales sont rares, et pour les exercer, les prêtres ont dû les masquer par des inculpations qui touchaient à la sécurité publique , puisque les' lois ne consacraient aucune intolérance. »
Le sacerdoce ne formait pas une corporation dans l'état; dès lors , il n'avait aucun' intérêt commun à son ordre résultant d'une organisation hiérarchique; les prêtres formaient autant de petites corporations distinctes qu'il y avait de temples, et encore les liens d'union qui pouvaient se former entre les individus dans ses petits groupes étaient légers , parce que leur élection ne
(i) An stop h . Plut «t. 5 , Se. i. Ranœ etc.
dépendait d'aucun chef du Sacerdoce, ni d'aucune initiation dirigée par eux, mais appartenait so.it au peuplé (i ) , soit aux * magistrats (2) , et souvent même n'était que pour un temps limité (3) > aussi ne s'opposait-elle pas à ce que les ittiêmes individus pussent remplir concurremment toute autre fonction publique Comme prêtres Us restaient sous; la surveillance du gouvernement (5), et n'a vaientaucu«einfluence (politique, puisque même la- police des mœurs qui dans plus d'un cult e leur a donné une inflbence si dangereuse, a constamment élé chez les Grecs une attribution réservée' à la magistrature (6). L'espèce d'inquisition permise dans Athènes au grand prêtre de Gérés, ne peut pas être considérée comme une excep? tion, > puisqu'elle se bornait à pouvoir faire des dénonciations à l'assemblée générale du peuple, sans intervenir autrement que comme
aux déterminations qu'elle
(1) Demosth. exord. conc.
(2) Heiydi. Ybce Gerar. ' '
- Pans, in Mess.
(4) Herod. L. 9 , c. 85. Deniosth. ia Neœr. Hul. la Arirt, etc.
(5) Demosth. in Neœr.
(6) Arùt. polit. L. 6, c. 8. . . . n; « ,
pouvait- prendre, et dont l'intérêt général devait, toujours être la base (i).
A Sparte où les rois avaient des pouvoirs iimités dans la vie civile, mais très étendus pendant qu'ils étaient à la tête des armées, ils y avaient la suprématie sur tous leô ' prêtres et mêtoe ils s'en réservaient les principales fonctions (a). Puisqu'il n'existait aucun corps sacerdotal , il n'y avait pas de richesses communes , chaque temple avait ses propriétés particulières? dont les prêtres qui la desservaient étaient les administra* teurs (3). Plus le temple était âchâlahdé, plus il y était" porté d'offrandes , et la sécurité dont on y jouissait pendant les prises d'armes fréquentes dont le principal résultat était le pillage dés campagnes, ajoutait à l'aisance des prêtres , parce que leurs propriétés étaient garanties du commun désastre par la superstition!, et à cause de la protection qu'ifs procuraient' à beaucoup d'individus qui y cherchaient un asylé et le payaient largement (4). Ceux des temples qui étaient les
— — — 1 . n i 11 i tJW Thao-.L^t. L. 8 , c. 53, Plut, in Alcib. . y
(2) Xen. de républ. laced. Paus. in Bœot. ., .
(3) Harpocr. voce Apomithi. < ■ >
(4) Arr. Exp. Alex. L. i, • »•« •»•••«
plus accrédités , recevaient aussi après les victoires une part des dépouilles des vaincus (i). Il faut cependant considérer ces derniers dons comme n'augmentant pas la richesse des prêtres t ils étaient destinés au temple ét non à ses ïtas'servaBs, c'étaient des espèces de dépôts qu'ils étaient tenus de représenter $ et des valeurs mortes auxqubijes plus d'une fois dans des momeas de pénurie les gouvernemens ont eu recours, sans considérer cela comme des ispqliations, mais comme des emprunts faifs^à la .divinité pour les lui restituer dans des; mbmens.pl us prospères (2). Aj Athènes un dixième des amendes et confiscations était* prélevé pour temple de Minerve, et un cinquantième était réparti entre ceuxu des; autres1 .divinités) (3). Minerie ou plutôt séà prêtres > recevaient
à chaque naissance et dt?cè& C4> Chez plusieurs peuples de la: Grèce, les prémices des récoltes étaient consacrées A queJqu*
(1) $oph. in Traehia. Dcinosth. iu Timocr.
(») Thuc. hist. L. 2, c. i3. \
(3) Deinosth. iu Macart. iu Timocr, «dr. JUoçr, CEi^ «outre ïWch. Xen. fet, L. i, ç. i*.
(4) Arût.j Econ. L. a.
divinité *(!)-; beaucoup de villes de la Grèce portaient à Athènes celles des blés, observance recommandée par la pythie de Delphes (2). 11 est possible que cet usage ait pris son origine de l'institution des sacrifices précurseurs des labours, que les Athéniens s'étaient cjaargés de faire au nom de la Grèce entière , au renouvellement de chaque cinquième olympiade (3).
Tout ce qui précède prouve que le Sacerdoce n'a pu prendre aucune influence sur le gouvernement, parce que les Grecs, soit par un esprit de prévoyance, soit plutôt comme conséquence de leur morcellement politique, n'ont pas permis qu'il devint un eôrps se recrutant lui-même, et pouvant, par conséquent, se créer un esprit de caste et. un intérêt particulier. Leur proverbe que j'ai déjà cité prouve qu'individuellementles prêtres n'avaient pas plus d'esprit public qu'ailleurs, mais ils ne pouvaient pas acquérir assez d'influence pour se rendre dangereux. Si par conséquent quelques-uns d'eux
ont
"Plut. Qtfïfest. Suid. voce Thargelie gr. § fi. (a) Isocr. paneg. Suidas voce Eiresion*, (3) Suidas voce Prçèrosie,
ont été fanatiques , le mal n'a pas pu devenir général , aussi l'histoire des Grecs n'en fournit-elle que quelques exemples isolés (i).
Ce manque d'esprit de corps du Sacerdoce a sauvé les Grecs de l'énorme influence qu'il aurait pu prendre au moyen des oracles. Car si un pareil levier avait été entre les mains d'un corps dirigé par un intérêt commun et une marche calculée, il n'aurait fpas tardé à le rendre l'arbitre de toutes les affaires publiques , puisqu'il s'en terminait peu sans que les oracles fussent consultés. Heureusement pour les Grecs 9 qu'ils n'ont été que des spéculations isolées des desservans de chaque temple, qui cherchaient cfu mieux qu'ils le pouvaient à acha-
(i) Pans, in Meu. Pendant les guerre* de la Messénie, un oracle attacha le salut de la ville d'ithome au sang d'une vierge de famille distinguée : toutes celles qu'il pouvait concerner éloignèrent leurs enfans , un seul homme offrit sa fille. Un jeune homme qui l'aimait se présente à l'autel, cherche à émouvoir le peuple et à attendrir le prêtre auteur de cet oracle, ne pouvant ri eu obtenir, ayant perdu toute autre res* source, il annonce avoir flétri la vertu de ce qu'il aime, il prétend en avoir obtenu des faveurs qui la rendent indigne d'être offerte aux dieux. Le père éventre sa fille pour prouver sa virginité , et le prêtre féroce demande une autre victime parce qu'elle n'était pas morte de sa main.
lander celui de la divinité * et si quelques réponses d'orade$ ont eu de l\influence sûr les événemens politiques p c'est parce que des chefs de parti ont eu soin de les acheter à prix d'argent. Le fait .i$taft, élément connu qu'on en parlait publiquement eh Grèce, cé qui paraît difficile à concilier avec la croyance aveugle que le peuple y portait et que les gouvernans affectaient d'y avoir. Il est de fait qu'Hérodote dans ses histoires qu'il a lues aux Grecs assemblés pendant la célébration des jeux olympiques , parle en plusieurs endroits d'oracles achetés Wns avoir excité, à ce qu'il parait, aucunè réclamation (i); d'autres auteurs en ont parlé dans le même sens; Xénophon qui, dans ses écrits, a affecté le plus grand respect pour les dieux, n'en raconte pas moins qu'Agnipolis , après avoir consulté l'oraclé de Jupiter olympien , alla demander à celui d'Apollon s'il était du même avis que son père (2). Enfin, il n'y a pas jusqu'à Pausanias, tout dévot qu'il était, qui a cité plusieurs exemples d'oracles achetés (3). Les
(l) Herod. L. 5 , c. 63. L. 6 , c. 6$ , etc. ' (2) Xen. hist. gr, L. 4, c. i».
(3) Pau», in Ltc. etc.
gôuvernânà auront m dans ce? levier ufc inoyen de diriger la iriultUude, et l'auront employé &tttf réfléchi* que dins d'autres cic* constantes dette même déposition des esprits pouvait leur* devenir funeste. Les Grecs étaient tiatdrellenïeiit crédules, parcei que léu£ pYôiftptitude d'imagination y prêtait beauedup* et qu us manquaient d'une ins* triifction ^ësîrive^% lSiéilitrànt«ià leurs premières imprés§îêflsf$! ils ràthn'ett aient volontiers sans preuves faits les moins croyables, mais peu capables d'impressions durables , une autre non triditts absurde effaçait la jkécé* dente, pour faire ensuite placé à d'autre* aussi peu sensées. Pour se faire une idée de leur tourné d'esprit il suffit d'ouvrir le livre de Pausanias. Cet homme d'une devotidn exemplaire a parcouru tous les temples et les chapelles de ta Grèce,, y a examiné , toas les ex; vèto, intmogé lobs les desservant des autels , et raconte dans sa des^cription de la Grèce, les légendes qui se rapportent à chacùii d'eux, ainsi <Juë lëirt* variantes, et il y en a de curieuses j je n'en citerai qu'une seule pour faire juger des autres. Diane que l'on peint assez scrupuleuse mais non pas sans faiblesse, ne sa-
chant un Jour comment échapper à un homme qui voulait la violer , s'avise de se barbouiller de fange ainsi que ses nymphes , et déroute ainsi l'audacieux qui ne la reconnut pas ainsi accoutrée (i). Il faut avouer que le moyen d'échapper était neuf pour une déesse; mais Pausanias le raconte avtc tout le sérieux possible. Tous les ans ks habitans d'une ville de la Phocide allaient chér • cher à Thèbes de la terre du tombeau d'Amphion qu'ils jetaient sur celui d'Antiope, et Bs croyaient assurer ainsi la fertilité de l'année (2). Les Geopaniques , compilation à la Vérité des bas temps, mais puisée dans des sources anciennes, renferme les pratiques les plus curieuses. Ainsi on y recommande de faire promener une fille nubile dans un état d'entière nudité autour d'un champ infesté d'orobanche, comme un moyen infaillible de détruire cette plante parasite (3). Ces préceptes sont devenus surtout remarquables à l'époque où le passage s'est fait d'un ' culte à l'autre. Ainsi un remède assuré con-
0) Pau*, in EL
(2) Paus. in Bœot.
(3) Gc*p. L. 2V c 42.
tre la coulure des fruits était de lie» autour du tronc de l'arbre un papier contenant, v soit un vers d'Homère qu'on indique, soit un verset des Psaumes de' David a son choix (i ). Il est inutile de multiplier le* exemples de ces absurdes pratiques propagées par la crédulité, et contre lesquelles quelques bons esprits seulement ont essayé de s'élever. Théophraste dans ses écrits a expliqué par des moyens naturels plusieurs des prodiges opérés par les prêtres, tels que des statues qu'on disait suer, un laurier qui a pu croître sur un platane , etc. ( a ) ; Mais les écrits de ce philosophe ont eu le même sort que ceux de beaucoup d'autres , le peuple lit peu et moins encore des choses raisonnables, et ses prêtres n'ont garde de lui faire connaître des vérités qui tariraient la source la plus féconde de leur fortune.
Dans ce qui précède, j'ai prouvé que le cuite des Grecs ne pouvait donner au corps sacerdotal aucune influence dangereuse, parce qu'il était plus en pratiques qu'en croyances et que ces dernières étaient tellement variées
(0 Geopon. L. to, c 87.
(a) Theoph. de eau*, plaat L/ S |
( *fe )
|Çf*eilf s ne pouvaient être, J^i. devenir e*elu>sîves. Il ne comportait pas non plus l'existence d'un corps sacerdotal qui s'isolait de la soT ciété pour la dorôine* et qui, se recrutant le , introduisait dans son seiw fe$ inclus qu'il jugeait disposés à prendre son esprit. Il ne me reste plus qu'à le considérer sous le point de vue du temps qu'il dérobait aux occupations utiles à la spciéfé, > ! Le ciijte , ayanjt été primitivement une commémoration des phases principales de l'année, comme ces phases sont peu nomr hreufics f il n'a pu admettre que peu de fête* U retour périodique des faisons se combinait avec l'ouverture des travaux de l'agrçcul t u re correspondais , et des fjete,? signar laient ces . époques principales. Tout, dan^ les cérémonies , rappelait l'agriculture , dès lors rainait les hommes à l'idée du travail qui r.*u,spendu un moment, par ces réjouissances , Rêvait recommencer bientôt après. Coqaftfet sous ce poipt de vue , loin d'être muisibie, il ayait l'avantage de peu distraire les hommes et de ne pas les sortir de la série d'idées qui devait assurer leur bien-être.
Mais ce culte est-il resté dans les limites que je viens 4e tracer ? non certainement , i)l
^iUmp «mple pour convi ât, sacerdoce ; il n'occupait pas assez lés imaginations pour devenir pour eux unie source de richesses. En s'écartant toutefois Je sa simplicité primitive, il a toujours conservé quelques traces de son t>r%VflrAlmFfc 'Tcrfto de Cérès continué de rappeler les moissons : sa prêtresse était couronnée d'épis de bled et de pavots (i) : on montrait aux initiés , lors de ses fêtés à Eleusis , les plaines de Baros où le bled avait été semé la première fois, et Faire où Triptolème avait appris aux hprn^ mes à fouler les grains (2). Aux fêtes de Minerve, on montrait aux dévots l'olivier sacré qu'elle avait fait sortir de terre; une mesure d'huile était la récompense de celui qui était vainqueur dans ses jeux (3). Une mesure d'orge était celle du vainqueur dans les jeux olympiques. Ce sont des traces du but primitif de ces fêtes ; mais de sinaples traces que l'habitude avait conservées , sans leur attribuer aucun but d'utilité. Les fêtes ont fini par dégénérer en un simple speç-
(t) CaUim. hyran. ad Cer.
(s) Phu«. in Att.
(3) Suidas toc* Monai , Mcars« op. T. '2, p. 5$$.
( ' 2*fc ) )
taclê *6l les intéressés cherché(ienty'itr'>ttirer la plus grande influence possible-; par Pattrait des amusemens. Plus le temple avait de réputation , plus les fêtes qu'on y célébrait appelaient la foule; des députations ou théories, envoyées par des villes pour y paraître en leur nom, s'y rendaient de toutes parts, ef une foire qu'on avait soin d'y réunir augmentait encore le concours (i )*Pausanias dépérit un de ces rassemblemens vers l'entrée dû temple d'Isis à Tithorée , près de Delphes (2) : il en existait un pareil pendant la célébration des fêtes olympiques en Elide (3). Les guerres continuelles qui déchiraient la Grèce n'interrompaient pas ces fêtes!; des trêves consacrées par l'usage suspendaient les hostilités sans appaiser les haines; les théories traversaient librement le pays ennemi ; mais
(1) PoL hist. L. 5. Cic. Tuscul. L. 5, c. 3. Ce double objet des réunions se confondait tellement dans l'opinion qua» Sigouius , parlant des théories , dit ces propres paroles : Aut ad sacros ludos aut ad altos solemnes Grœciœ , mercatus aut ad oracnla mittebantur (Sig. de republ. Àthen. L. 4 , c 7 )« Ainsi , que l'envoi fut pour l'oracle , pour la fête ou pour le marché, c'était toujours une théorie.
(2) Pans, in Phoc
(3) Paus. in EL VeU. Paterc. L. 1.
(i >> h* cérémonie terminée -, chacun dt chez soi > reprenait s^^riennes «Lnimosk^s: Ibs Grecs n'ont jamais senti le parti, qu'ils auraient pn tirer dences rapports poun opérer, des «rapprochement et mettre un terme ,à\ le»rs continuelles dis6e»*ions ^ , :
Ils n'ont jamais, non plus , cherché a donner un but d'utilité publique à ces fêtes , tel que 1 amélioration -» des races de cfre^aux^ dans les courses qui, à leur origine , avaient été instituées a,ux jeyx olympiques comme une, commémoration du cours .apparent du soleil^ qui forme l'année (2) ; mais le but ayant été oublié avec le temps , elles se sont transformées en un simple spectacle où chacun qui se présentait, de quelque nation qu'il fut,, était admis» à courii*. A la vérité , on faisait une mention particulière de ceux qui y avaient remporté le prix avec des chevaux de leur propre haras (3) ; mais aucune prime «ne distinguait le Grec vainqueur de l'étranger/preuve qu'aucune vue d'utilité publique n'y était mêlée , puisque partout où ils ont
(1) Iaocr. ptneg. 4
(a) bupui» , Orig. des etlto.
(3) P*w. in EL • < ■ • ' '
vu un intérêt national , ils ont eu soin de le réserver exclusivement pour eux , et d'en exclure les individus des autres nations.
Il en a été de même des exercices gymnastiques qui formaient le principal spectacle de ces fêtes : ils avaient été institués à une époque où les forces du corps avaient une si grande influence dans les armées ; mais ces exercices où d'abord tous les hommes valides ont pris part comme amusement , sont devenus insensiblement un spectacle dont quelques hommes seulement sont devenus les acteurs, parce queux seuls avaient acquis les talens nécessaires pour y figurer. C'étaient ces athlètes dont les luttes , de Taveu des personnes les plus instruites de l'antiquité, tendaient plutôt à dénaturer le corps qu'4 en augmenter la vigueur, et dont la * jeunesse accélérée et la vieillesse hâtive ne permettait que quelques années de succès (i> Ces athlètes sont devenus l'objet de l'engoué^ meqt des Grecs : leurs villes mettaient au premier **ng de leurs titres d« gloire d'avoir
(0 Arist. polit. L. 8 , c. 4 et 8 ; de gênerai. L. 4, e. 3. Plut, de tuenda valetud. Galiw». ad Jhxuyb. c 36 , 37 es 46 ; de lotis morbis temp. c. 4 , etc. -
donné le jour à l'un d'eux qui avait été couronné j elles éternisaient cet événement par une statue (i); un pan des murs de la ville s'ouvrait pour son retour; il aurait été trop vulgaire de le recevoir par Jes portes (2)* Quelques bons esprits ont voulu lutter contre le torrent de l'opinion et faire sentir la futilité de ces triomphes, dont il ne résultait aucun, avantage pour la patrie : de ce nombre, on peut citer Euripide (3) ; mais leurs efforts ont été inutiles.
D'après tout ce qui précède , on voit que rien , dans ces fêtes , ne portait l'empreinte de l'utilité publique ; tout y était pour l'amusement , et les Grecs naturellement oisifs , d'après leurs préjugés contre l'exercice des arts , s'y portaient avec passion ; aussi Athènes, plus oisive encore que le reste de la Grèce, en avait le double des autres (4)* Les
(t) ÏW în El. Ath. deipn, L. ro.' W M : M-' (*) Plut. Symph. L. *, c. 5. L* fille de Scion* , voulant récompenser . Brasidas 9 général Ucédpmonîen , qui lui avait rendu un service signalé , ne conçut pas d'autre moyen que de lui décerner les mêmes honneurs qu'à un athlète (Thuc. bis t. L. 4» c. isi.) : le trait est caractéristique. -
(3) Ath. deipn. L. 10 ad. init.
(4) Xen. de republ. Athea. Uocr. paneg.
fonds affecté* pour les célébrer étant devenus însuffisans , des individus riches qui voulaient capter la faveur populaire se chargeaient de subvenir aux dépenses, et chacun , voulant l'emporter sur son dévancier , ajoutait à la pompe et , par conséquent , aux frais. Le peuple que ces fêtes amusaient voulait ensuite récompenser ceux qui avaient prodigué leurs richesses , et souvent il a élevé aux fonctions publiques des hommes dont Tunique mérite était d'avoir présidé à des jeux qu'ils avaient eu l'art de rendre magnifiques (i). Jusqu'à la commission d'acheter les bœufs pour les sacrifices a plus d'une fois porté aux premières magistratures (2). Ces engouemens du peuple pour ceux qui s'occupaient de ses plaisirs ftirent bientôt remarqués par des ambitieux qui , dénués de talens , n'avaient que cette ressource pour appeler sur eux la faveur populaire , et la chose publique n'a que trop souvent été compromise par ces choix irréfléchis. C'est , par conséquent, sous le double rapport qu'elles secondaient le gout du peuple pour l'oisiveté
(2) Plut, in Nie
(3) Suidât , ybea Booms.
M qu'elles l'induisaient à porter seYchoi x fciifc des individus *<d©nt elles étaient l'unique n&oyen» de succès, que les fêtes ont pu être . nuisibles , car,,>en elles-mêmes , elles n'âvaieôt rien qui-fut contraire au bien de l'ordre social ; mieux entendues, moins déviées de leur 4n*titution primitive, et rendues moins fréquentes! elles- auraient même conservé un eWfcd'utilité* par leurs rapports avec l'agriculture auxquels il aurait, été facile de lier des moyens d'encouragemens pour exciter l'in- - duirtrie. 4e ferai seulement remarquer que,, sous leur point de vue de distractions , elfes : ont été moins nuisibles en Grèce que partout ailleurs , puisque te Grecs, naturellement ^oisifs, ne. s'en géraient pas davantage livrés *m travail , VU ne les avaient pas eues* \ . Je dirai pei* . de chose des initiations , parce qu'elles «font jamais été que des institutions particulières, une, espèce de francmaçonnerie, sans influence politique. Ne tenant pas au culte entier, mais seulement à une branche du culte , elles n'ont pas pu éveiller l'intolérance;, elles pouvaient bien bannir les profanes de leurs assemblées ; mais hors de là , elles n'avaient aucun moyen de les atteindre. Dès lôrTi* elles n'ont pas eu les
înéonvériîens des initiations au moyen desquelles le sacerdoce d'un culte tend à se re^ cruter, à étendre secrètement son influence, et à se préparer des moyens de domination. La plus remarquable des initiations de la Grèce était celle aux mystères de Cérès dont le foyer était à Eleusis; mais, malgré la hiérarchie qu'elle admettait dans son sein , l'idée ne pouvait entrer dans l'esprit des initiés de persécuter ceux qui adressaient leurs vœux à d'autres divinités que la mythologie faisait parentes de Cérès. Dès lors ces initiations , sans influence politique, n'en pouvaient avoir que par la doctrine secrète qu'on y professait, et de l'aveu unanime des anciens, elle tendait à perfectionner l'homme , dès lors elle avait un but moral auquel ne se joignait aucune idée de domination. Ceux qui désireront connaître plus précisément les doctrines qu'on y professait, trouveront dans l'ouvrage de Dupuis , tous les détails qui en sont parvenus jusqu'à nous (i).
(t) Dupuis, Orig. des cultes, Traité des mystères.
CIÎ APIÏRE VI.
Des finances.
La diversité d'organisation des républiques si multipliées dont sel "composait la Grèce nous permet pas tfatten'dre de leur part plus d'uniformité dans la gestion de leurs finances. Chacune d'elles les a traitées d'après ses vues particulières , plus ou moins rétréties , et ne les ayant jamais considéréées comme un ressert principal delà machine politique, aucun de leurs écrivains ne les a jugées assei importantes pour occuper une place dans leurs ouvrages. Ils n'en ont parle qu'incidemment , lorsque par quelque Froissement , elles ont donné lieu à un événement politique; de manière que leur histoire a d'énormes lacunes auxquelles il me sera impossible de suppléer.
Il faut nécessairement passer sahs s'arrêter les temps les plus anciens de la Grèce : quelques faits possibles mêlés à beaucoup de fables mythologiques sont tout ce qui nous en reste et aucun d'eux ne nous instruit des institutions qui ont pu y exister. On a seulement
la certitude qu'alors ce pays était déjà civilisé: les monuroens créés à ces époques obscures ont long- temps été admirés par les Grecs, et quelques-unes de leurs ruines existent encore; ils n'ont pas pu être construits sans un développement de puissance de la nation qui n'a pu exister sans richesses publiques, et, par conséquent, sans une administration des finances. J'ai déjà parlé au commencement de cet ouvrage des grands canaux souterreins et d'autres constructions dont la date remonte à ces époques oubliées mais certaines.
Nous aurons quelques notions de plus sur l'époque moins ancienne des temps homériques. Alors chaque peuplade avait un roi dont le pouvoir dépendait de l'ascendant qu'il avait su prendre plus que de la force des institutions. Les dépenses publiques étaient faibtes , parce que les limites de ces gouvernemens étaient très-resserrées. Ces rois , riches déjà par les produits de leurs domaines particuliers , recevaient aussi des tributs et des dons plus ou moins volontaires de leurs sujets, et la portion la plus forte du butin leur était réservée après la victoire ; mais les rétributions du peuple envers eux paraissent
avoir
«voir été plutôt la conséquence de l'attache* ment qu'ils inspiraient ou de l'ascendant qu'ils avaient pris,-'^be le résultat d'un pacte so-r eial : c'est ainsi , à ce qu'il me parait qu'on doit concevoir l'état des finances! de ces temps-? là. Dans le seulipassage d'Homère oè il est parlé d'impôts d'une manière un peu pré? cise , le mot themistas , qui rend cette idée , est réuni à celui de dôtinesi qui exprime des
—dons. Les peuples, y est-il dit, riches en bestiaux, l'honoreront par des dons,, à l'égal des dieux, *t paieront', sotrs son sceptre d# riches tributs (i).
Lorsqu'ensuite^, à des époques plus rapprochées des temps connus de la Grèce, ces; di£férentes peuplades ont passé à l'état d'oly? gartîh|e*ou de démocratie, un changement
^ à dû s'introduire dans le mode de subvenir aux dépenses publiques ; mais ces dernières ont dû long-temps être très-modiques , parce que les magistrature^ étaient gratuites et que les autres frais d'administration nç pouvaient pas être" nombreux : les guerres n'étaient que des prises d'armes éphémères des citoyens qui
quittaient pciur quelques jours leurs champs,
(i) Ho». U. L,9, y, itt. - . .
et leurs occupations, et y retournaient ensuite» Il devait exister , dès cette époque , un domaine national dont les produits allégeaient la quote-part que chaque chef de famille devait fournir pour la dépense commune.
Cette partie obscure de l'histoire des institutions exige quelques développemens.
Il y avait des terres aflectéesau culte dont la propriété appartenait à chacun des temples en particulier , et dont les produits étaient employés à l'entretien de ses prêtres et aux frais des cérémonies (i) ; mais il n'y en avait aucune qui appartint collectivement au corps sacerdotal , en général , parce qu'il n'en existait pas. Ces domaines de chaque temple en particulier ont été successivement augmentés, soit par les dons des individus, soit par la consécration de quelques terres enlevées à l'ennemi. Il ne faut pas confondre cette consécration qui était une donation réelle avec une autre purement honorifique où le propriétaire conservait les. produits sans être tenu à aucune rétribution envers le temple du dieu. La consécration de l'Elide à Jupiter était de ce genre , puisque les propriétaires y jouissaient du produit de leurs terres. Cette double ac-
(i) XeA Econ.
ception du même mot pourrait quelquefois embarrasser, si on ne la distinguait pas. Ainsi on ne sait pas précisément de quelle nature étaient ces terres consacrées à Apol-» Ion, dont l'invasion lut le prétexte- d<* la guerre sacrée. Etaient -elles la propriété du
temple ou celle de quelques habitans de Delphes qui les avaient simplement consacrées ? cette dernière manière de voir concilierait les deux opinions qui existent sur l'origine de cette guerre , puisque , malgré la consécration de ces terres , deux personnes pouvaient très-bien avoir des différens entr'elles relatifs au droit de les posséder.
Outre ces domaines dont le produit était consacré à l'entretien de certains temples et de leurs desservans , il en existait d'autres dont le produit était affecté aux dépenses de l'État, ou, du moins, à l'utilité commune. Peu de faits historiques constatent leur existence ; mais il serait impossible d'expliquer autrement la facilité avec laquelle les républiques anciennes recevaient des familles et même des peuplades entières à qui elles donnaient des terres (i). S'il avait fallu prélever une por-
(0 Isoct. iu Arçh. Tbuç. Liât. L. i , c. a.
tion sur là propriété ! de chaque citoyen pour leur former on lot,' intérêt particulier aurait opposé des résistances : p»fequ?fi(ii'y<efi a pas eu , il a dû^ exister des tèrt es appartenant au corps de 1a^mitiordonr:tesfiindF-. vidus tiraient peu ou point d'utilité, ^auxquelles , par conséquent , ils pouvaient renoncer sans peine: l'homme de tous les siècles et de tous les climats a été le*' même ; m écorce a pu varier ; mais les mêmes passions Font toujours animé , dès lors, s'il a fait de pareilles cessions, c'est qu'il rie retirait que de faibles avantages de ces terres et qu'il pouvait s'en dessaisir sans regrets. D'où il faut conclure qu'elles étaient un domaine appartenant à la communauté qui les a concédés , en tout ou en partie , aux nouveaux arrivans , parce que l'accroissement de force qui résultait de leur réunion lui paraissait une compensation suffisante de ce léger sacrifice. * A des époques plus modernes , ces frans-
fusions de peuplades sont devenues plus difficiles , parce qu'il s'est formé un orgueil national qui repoussait les étrangers. Alors les domaines nationaux furent davantage réservés pour l'utilité publique. -y1^ A une époque plus récente encore , lorsque
la rivalité d'Athènes et cUr Sparte s'est développée i ces ^républiques , tendant à étendre leur influence sur les villes indépendantes dont elles étaient entourées, ont fini, l'une et Vautre , par transformer la protection qu'elles leur avaient promise en une domination réelle. Alors il eessa de leur être permis de choisir le protecteur quelles préféraient ; la volonté d'en changer fut taxée de révolte ; c'était un crime qu'on devait punir. Le massacre des hommes , l'esclavage des femmes et des en fans , l'envahissement des terres en étaient les résultats. Quelquefois ces terres étaient distribuées à des nouveaux habitans qui , peu d'années après , éprouvaient le même sort de la part de la puissance rivale. Quelquefois aussi , elles ont été réunies au domaine et le produit de leur fermage est entré dans les revenus de l'Etat (i). Tel a été le sort de la Grèce pendant ses guerres intestines dont Thucydide a écrit l'histoire. Les déplacemcns forcés qui ont eu lieu alors ne doivent pas être confondus avec ceux dont il a été parlé précédemment , où de nouveaux habitans étaient admis à venir partager le domaine de l'État.
(i) ML var. hist. L. 6, c. 1.
Au produit des domaines, ii faut ajouter , comme ressource de chacune de ces républiques, la contribution que chaque chef de famille devait acquitter et qui avait remr totacé les dons, plus ou moins volontaires, des temps homériques. A Athènes, elle a éprouvé des variations dont nous allons bientôt nous occuper. A Sparte, elle a été plus fixe et portait sur les terres , unique richesse des habïtans , puisque Aristote fait observer que , de son temps , elle était fort mal payée , parce que les riches, possesseurs de presque toutes les terres , étaient intéressés à ne pas en presser la perception (i); ils la remplaçaient , sans doute , par le produit des contributions que les harmostes exigeaient des peuples qui leur étaient soumis. Mais auparavant, lorsque les fortunes étaient moins inégalement réparties , et que les ressources extérieures dont je viens de parler n'existaient pas , cette contribution , unique ressource de l'État , a dû être perçue avec plus de régularité ; des poursuites devaient même être exercées contre ceux qui étaient en retard; on peut le conclure de l'usage établi
(i) Aiist. polit L. 2, c. 7.
délibérer, A i'avéwmsnt d'#n nouveau roi ttoqfr le* débiteurs envers l'&ta t ( i ) : puisqu'il y avait des prisonniers pour dettes envers l'État , il y avait des sommes à lui payer pour lesquelles ce genre de contrainte ^tait permis. Une des récompenses qu'on accordait aux citoyens pour des services rendus à la patrie , était l'exemption des charges publiques (2).
Cette contribution était nécessairement peu considérable, puisque la redevance que les Hilotes payaient aux propriétaires était modérée et que ces derniers ne pouvaient en céder qu'une faible portion à l'Etat , le surplus leur étant nécessaire pour nourrir eux et leur famille. Etant établie sur les terres, elle devait augmenter dans la progression de leur étendue; de-là la répugnance des grands propriétaires à en presser la perception , lorsque d'autres ressources eurent permis de s'en passer. Alors les Spartiates n'étaient plus ces hommes rigides qui se faisaient un point d'honneur du mépris des richesses ; l'avarice s'était emparée d'eux ; déjà plusieurs.
(*) Herod. L. 6 , c. 5-8.
(i) Plut, in Agis.
] • • r tf t , ....
lé'fëiftit 'le 'masque et^né Tdugissaiqnt . pas ^ëtfe'îéï^fetîpendiVs d'un satrape: l'intérêt public était sacrifié aux Calculs personnelr dés hommes influèns (i).
■s Xénophori qui a écrit un traité sur la république de Lacédémône a omis une quantité dé détails qui auraient été nécessaires. Il ri*a pas dit s'il existait quelque différence sous le rapport de la quotité des contributions entre, les Spartiates et les Lacédémoniens , ou si elles étaient dans une même proportion avec la fortune , pour les uns que pour les autres. Je pencherais à le croire , car s'il y avait eu quelque inégalité dans leur condition , elle aurait été alléguée, comme grief dans les dissentiôns qui se sont .souvent élevées entre ces deux ordres de citoyens; et , sous ce rapport , elles auraient occupé les historiens , soit comme faits historiques , soit comme inculpations, qu'ils auraient introduites dans les harangues dont leurs écrits sont semés. Xénophon ne dit pas non plus s'il existait quelque contribution personnelle que payaient soit ies non propriétaires Spartiates et Lacédémonien6 > soit les Hilotes af-
(i) Time. bisL L. 8, c. ta. Xcn. Ià«ti gr. L. tu
franchisât enfin }e petit nombre des dorni* ciliés qui s'étaient fixés sur le territoire de la république. N'ayant pas le droit de devenir propriétaire , ils n'auraient contribué en. rien aux besoins de l'Etat, s'ils n'avaient pas été atteint par quelque impôt particulier dont cependant rien ne prouve l'existeneeé
• Un des vices principaux qu'Aristote trouvait au système d'administration des Spartiates était de n'avoir point de trésor public,
' de manière qu'ils n'étaient jamais en mesure pour leurs préparatifs d'attaque et de défense (i). D'où il faut conclure qu'on ne percevait des contributions qu'à mesure des beso ins et cftirè , pour chacun d'eux , on faisait une répartition entre les contribuables. JI n'y avait, par conséquent, aucune somme en réserve pour les cas fortuits , ce qui nécessairement devait paralyser la marche des affaires, puisque la perception ne commençait qu'au moment où la dépense aurait déjà dû être faite , et souvent dans des. circonstances où les dangers publics resserraient les bourses (2). Sans doute qu'Aristote a entendu
(0 Ari st. polit L. 1 4 C. 9.
(2) Arist. polit. L. 1 1 c. 7.
( àfe )
parler des temps anciens où les institutions de Lycurgue étaient dans leur force ; car , dans les derniers temps , depuis que Sparte a perçu des contributions sur les peuples tributaires, il y a certainement eu un trésor public, puisque les Éphores s'en sont, attribué la surveillance; les historiens ont parlé plus d'une fois des sommes qui y ont été versées {jitfncomme aussi de la pénurie où il s'est trouvé dans quelques circonstances
L'organisation des finances d'Athènes est nn peu mieux connue. Les historiens, à la vérité nous ont conservé peu de faits, mais les discours des orateurs fournissent plusieurs renseignemens. Il faut encore y ajouter un travail précieux, c'est le projet de finances de Xénophon où il fait connaître les vices qu'il voyait au système existant, et les corrections et améliorations qu'il proposait dy faire; en un mot, c'est un tableau assez exact des connaissances qu'on avait en économie politique au temps où il a vécu. Aussi je me propose d'en donner une analyse détaillée après avoir tracé le précis de
" <t) Xen. Irist. gr. L. *. Dtod. Sic. <2) Thuc. li*t. L. i , e. 80.
Pensemble du système ^natrtirtr dé« ÀtHé>
niens , et des variations qu'il a éprouvées.
LiOrsqu Amenés etair soumiac a uch i^w» ils ont eu le même genre de richesses que rrnv du reste de la Grèce, savoir le nro^ doit de leurs propres domaines et les don* du peuple ou prestations plus ou moins volontaire. PJutarque en fait l'application aux temps de Thésée qui est un personnage mythologique, mai* il faut l'entendre en général de tous les temps de la royauté, quels qu'aient été les rois (i).
Lorsqu ensuite Athènes a changé son gouvernement et qu'il a été confié a des Archontes eieciiis, on ignore le régime inieiifui. qui d'abord à été introduit, on sait seulement, qu* k* citoyens étaient divisés en castes. Toutes furent-elles également taxées pour contribuer aux dépenses de l'état, où les unes eurent-elles des privilèges que les autres ne partageaient pas ; on l'ignore puisqu'aucun monument historique n'en parle : mais l'état de misère où le peuple était réduit lorsque Dracon et Solon ensuite ont été appélés à remédier aux maux de l'état,
(0 Plut in Thes:
•èfr une» preuve que , les castes supérieures abusaient de leur poMyo^^^u^^eifei^^ésumable qu'elles avaient déversé sur lui, le
poids des charges publiques.
Solon classa tous les citoyens en raison de leur fortune : les riches furent seuls admissibles aux emplois, les pauvres en furent exclus. Nous ignorons si les contributions suivirent la même proportion et furent calculées sur la fortune des individus. On devrait le présumer de la sagesse attribuée à ce législateur. Une lettre queDiogène Laerce a publiée inspirerait des doutes , si son authenticité pouvait être admise, c'est celle où Pisistrate après son usurpation invitait Solon à rentrer dans sa patrie ( i ). Il lui rend compte de ce qu'il a fait , l'assure qu'il a respecté et maintenu ses lois, et lui annonce qu'il a établi un impôt d'un dixième pour subvenir aux frais du culte et aux dépenses du gouvernement. Si Solon avait organisé quelque chose pour les finances , Pisistrate lui aurait parlé de l'insuffisance de ses mesures et du besoin qu'il avait eu d'y remédier par l'impôt qu'il venait d'éta-
(i) Diog. LaerL in Sol.
( aé5 )
blirf ^îMfeudraît K$orickirSfde Wt* ^aîle^nfe qu«
Solon ne s'en était pas occupé, rrtâiss*>èt; porte à jfeiî!^Mtîtoe*fle*te lettre est controu* vée , rien n'était plus commun que ce? fraudes littéraires chez les anciens.
L'impôt établi par Pisistrate ne me paraît pas avoir été vu sous son véritable point Ue" vue. L'opinion assez générale" est qufift était du dixième sur les fortunes , mais frappait-il une fois seulement ieS 'capitaux, ou atteignait-il les revenus chaque année/ c'est ce qu'on n'explique pas. Il me parait qu'on pourrait adopter une opinion diffé> rente et le considérer comme portant uniquement sur les successions , puisque le mot Kléros employé pour le désigner ne peut être traduit par fortune, richesse, que dans le sens seulement qu'elles proviennent d'un cas fortuit ou d'une hérédité. En admettant cette explication, Pisistrate aurait ira* posé un dixième sur lès succession»* ^\ contribution que ses fils ont ensuite réduite au vingtième (2) , soit pour faire droit a des
(1) Diog. Laert in Sol.
(2) Thuc. Hbt. L. 6 , «. &4r
réclamations que son exhorbitance avait fait naître , ou parce qu'ils sentaient déjà que le pouvoir s'échappait de leurs mains. On peut opposer à cette opinion que je propose , le mot gignomenon qu'a employé Thu** cidide lorsqu'il parle de cette réduction, mot qui est principalement applicable aux produits des capitaux fonciers et industriels : dans ce sens là cet impôt aurait pesé sur les revenus, mais je préfère l'explication précédente,
La révolution qui a renversé les Pisis^ trates, a détruit avec eux le système de finance qu'ils avaient organisé. Alors un autre lui fut substitué. La fortune des citoyens dut répondre de la contribution qui pesait sur elle seulement (i); si quelque citoyen a été arrêté pour des retards dans son paiement , ce furent des abus d'autorité défendus par les lois (2). Ce privilège des citoyens les distinguait des domiciliés assujettis à un impôt personnel pour lequel ils pouvaient être emprisonnés (3) et même
(r) Demos th. in Polyd. in Timoa.
(2) Demosth. in Aude.
(3) Demosth. in Lept,
impuissance de l'acquitter (i). nis& Plus; tord avec les progrès de la démagogie, des meneurs qui cherchaient à se popu-
système dont lex-
pérign^^tefda pas à prouver les inconvénient mais il flattait la manie qu'avait,
k multitude de tout diriger, et Dar ce motif il fut conservé. L'impôt ne fut plus réparti entre les citoyens dans la proportion de leur fortune, mais on fit une çlassification des citoyens d après cette même base, et chaque fois qu une guerre , une expédij tion , une conception nouvelle créaient des besoins^ Assemblée du peuple votait une somme pour y subvenir et chacun était tenu d'y contribuer dans la proportion de la classe où il était inscrit. Cette organisation avait l'avantage spécieux de limiter les sacrifices des citoyens aux besoins réels de l'état, aussi a-t-elle dû séduire l'imagination > aisée à jfnouvoir des Athéniens qui ladoptè-. rent . sans s'anercevoir au'elle les rendrait les jouets des événemens. Toujours occupés du présent et sans prévoyance pour l'avenir,
(4) Doaoah. i« Arbtog.
Si ne se trouvaient jamais en mesure d'à-' gir au moment où les circonstances l'auraient exigé: le plus souvent ils commençaient à se préparer pour la guerre lorsque déjà elle était commencée. C'est surtout au sujet de cette imprévoyance, que Démosthène faisait d'eux cette comparaison si vraie dont j'ai déjà parlé, à des escrimeurs maladroits qui portent la parade Jà où déjà le coup les a frappés (1). Ce n'était qu'au moment où les fonds auraient dû être disponibles pour en faire une prompte application , que l'assemblée du peuple votait la contribution qui devait les procurer: le temps de la répartition , celui de la perception ensuite , entraînaient des retards inévitables, et cette dernière devait être naturellement tente, puisqu'elle était demandée aux contribuables au moment où aucun d'eux n'y était préparé. Une contribution régulière dont les recouvremens ont lieu à des époques fixes n'est pas onéreuse lorsqu'elle est modérée, parce que le propriétaire qui l'attend s'y prépare et réserve pour elle une portion de ses revenus. Mais les contributions imprévues
(l) Demos Ui. Philip p. i.
prévues le sont toujours quelque ~soit leur quotité, parce que n'étant jamais 'prévîtes d'avance , elles surviennent souvent aux époques où le propriétaire est le plus gêtté et lui enlèvent même 'des- fonds- qu'il destinait à ses dépenses de culïtire. lift!
4 Iftfl&résdlté- de ce mau-Vais système-; que rarement les Athéniens ont été prêts au ïnoment où ils auraient dù agir, It n'y a eu que ïcs cas peu fréquens où ils ont pm l'initiative pour quelque expédition nouvelle , que le peuple avait saisi avec son en gouement ordinaire, alors- ce même enthousiasme *è communiquait àux individus , les contributions se payaient avec célérité, todt se préparait de même, mais ce feu d'un moment s'éteignait ensuite, et lorsque cette expédition commencée sous de brillahs auspices, plongée par des résistances inattendues dVàit besoin de renforts pour se soutenir, la même exaltation n'existait plus, et . les plus faibles efforts paraissaient 'difficile^ Si à ltf "suite de leur expédition mâl cdrhfainée de Sicile j les Athéniens n'avaient pas négligé les convois nécessaires pour fë^soùtennf, margré tous ses vices elle aurait ÇtT avoir des résultats diflTérens, De même pc'n-
( ago )
dant leur résistance contre les empîëtemens gradués de Philippe de Macédoine ; s'ils avaient eu quelque suite, dans leur conduite ils auraient mis sans peine fin à son ambition. Mais à ces époques là , le peuple voulait tout diriger, et tel est le mécanisme des grandes assemblées que des émotions fortes sont nécessaires pour les mettre en mouvement. Tel Ranger qui aurait effrayé isolément chacun des individus , glisse sans faire d'impression sur eux dès qu'ils sont rassemblés. Aussi attendaient-ils pour voter des \ moyens de défense , que le danger fut tellement prochain qu'il n'était plus temps d,y porter remède.
,Avec le développement de son ambition de dominer au dehors, Athènes ne tarda pas à sentir que sa principale influence devait naître de ses forces maritimes; Thémistocles a été le principal promoteur de ce système, c'est lui qui en a fait sentir le plus les avantages (i). Aussi l'entretien d'une flotte a-t-il été considéré comme la première des dépenses. On consacra pour y subvenir les contributions des douze-cent
(i) Thuc. hitf. L, i , c, 88 et seq. 6-
plus riches citoyens de la république , dans le nombre desquels il était permis de se \: faire inscrire volontairement Ci), ce qui ne pouvait avoir lieu que par des vues ul-rr térieures d'ambition. Ils étaient divisés endéux sections qui, chaque année, à tour de
rôle, étaient tenues de faire toutes les dé* penses de la flotte. Chacune d'elles était subdivisée én deux classes, et ceux/de la première ou les trois-cent plus riches, outre
la charge de subvenir pour leup part apx dépenses , avaient de plus l'obligation de faire les avances pour ceux de la seconde^ classe qui se trouvaient dans l'impossibilité momentanée de fournir Jeur contingent. Si quelqu'un s<e plaignait d'avoir été compris injustement dans cette liste des six-cent plus riches, il devait désigner le citoyen qui, aurait dû y être porté £ sa place : l'abus qui aurait^ pu résulter d'une pareille dénpncia-î tion était prévu , puisque le citoyen indiqué avait le droit de demander un échange 4e fortune avec son dénonciateur (2): On
Çi) Demosth. Oleutli. 2 et comment. Ulp. Suid. voce Sum? pioriai.
(2) Demosth. in Phora. Isocr. de perraut. Meur$. op. T. *?
faisait entrer dans l'évaluation de la fortune , non seulement les propriétés foncières , mais encore tout le mobilier, les esclaves et même les bijoux, tous compris sous l'expression vague diaphanes ousie, richesses obscures (i): l'exploitation des mines était seule exceptée, soit comme encouragement à s'y livrer, soit à cause des chances de perte qui rendaient trop incertains les bénéfices (2).
Un pareil système basait les contributions sur les besoins de l'état, au lieu de les établir dans une proportion quelconque avec la quotité des fortunes , d'où il résultait que ces besoins seuls limitaient les demandes aux contribuables. Ceux de la marine , qui de leur nature sont sans cesse renaissans, étaient souvent énormes lorsqu'il fallait réparer des désastres; aussi ce mode de contribuer aux dépenses publiques, devait être infiniment onéreux. Nous voyons en effet que les orateurs se sont plus d'une fois élevé contre son poids 3); mais il est bon
de remarquer que ces mêmes orateurs ont
(1) Su ici. voce aphanes ousie,
(a) Xen. Ecoq.
(3) Dcmosth. de tricrarch.
eu soin de ne jamais déclamer contre les charges non moins pesantes de subvenir aux frais des fêtes publiques, car ils auraient été mal accueillis par le peuple qui ne songeait qu'à ses plaisirs.
La dépensé pour l'armée de terre , lorsque les contributions prélevées sur les alliés assujettis ne suffisaient pas , était couverte par des contributions imposées à tous les citoyens en proportion de leur fortune (1); il est présumable que les personnes sur qui pesaient les dépenses de la marine, étaient exemptes de cette taxe, cependant je n'aî rien vii qui le prouve. Le poids de ces contributions peu sensible lorsqu'Athèhes a fait porter son joug à plusieurs peuples dé I* Grèce et des îles, est devenu graduellement plus lourd à mesure que sa puissance ébranlée a rendu ces tributs tous les jours plus incertains, alors toute la charge des dépenses de la guerre retombant sur les citoyens, ils commencèrent à en souffrir (2). Ce fardeau aurait dû les ramener à une conduite plus sage, si leur gouvernement
(1) Time. lnRt. L. 3 , c. 5. L. 6 , <\ 26. Sigon. de répubL A tli . L. 4 , c. 3.
(a) Theoph. caract. N<\ tf.
-jfdndé sur une démocratie sagement organisée, avait proportionné l'influence politique des citoyens aux charges qu'ils supportaient ; mais Athènes livrée à tous les abus de la démagogie, avait laissé prendre la principale influence aux dernières classes du peuple que le poids des contributions n'atteignait pas, et qui étaient mises en mouvement par des orateurs plus occupés de leur -ambition personnelle , que des intérêts de leur patrie* ;
A ces charges Çui pesaient sur la classe des riches, doit être*ajoutée la présidence des fêtes publiques. Les dix tribus qui composaient la population d'Athènes, cherchaient à s*éclipser mutuellement, et les revenus qui y étaient affectés étant insuffisans, elles engageaient tour à tour les plus riches de leurs concitoyens à subvenir aux dépenses; eux y sacrifiaient une partie de leur fortune dans l'espoir de capter la faveur populaire et de s'ouvrir un accès aux fonctions publiques. D'autres, sans vues ultérieures * n'étaient guidés que par l'ambition de surpasser en magnificence les autres présidens des fêtes, et par la gloire éphémère d'y jouer le principal rôle, et tous les ans celte
même occasion de concurrence se renouvelait. Les Athéniens n'ont que trop souvent choisi leurs magistrats , leurs généraux et leurs diplomates, par le seul motif qu'ils avaient donné la fête la plus brillante (iK te poids de ces dépenses était d'autant plus onéreux, que le peuple d'Athènes blasé sur les plaisirs que ses séducteurs1 multipliaient sur ses pas, était avide de distractions nouvelles , et que le désir de se faire remarquer par des créations en ce genre inusitées jusqu'alors, excitait à en imaginer de plus dispendieuses encore que celles qui avaient précédé (2). C'est un vice dans les institutions d'Atbènes, que les autres peuples de la Grèce avaient sagement évité. Plutarque a fait dans un de ses traités y un contraste assez piquant des préparatifs d'une expédition militaire , avec ceux d'une de ces fêtes. Un capitaine de vaisseau , dit-il , embarque pour ses soldats de la farine, des • oignons et du fromage, voilà où se borne ses soins; mais pour une de ces fêtes il faut nourrir des mois entiers les musicien^
(1) Plat, in Nie. Àlciph. L. 3, cp. io.
(») Xfcn. de r«p. Atb. L. 3. f - . (. J
avec les mets le» -plus recherchés pendant qu'ils se préparent, et il he résulte souvent pas même à celui qui a pris tous ces soins un trépied, gage de sa victoire; le plus souvent des' sarcasmes sonl? lé seul prix qu'il obtient, c'est cependant, ajoute-il, pour un pareil résultat que les uns et les autres ont compromis leur loi lune dans celte lutte insensée (i)- Comme la dépense dos fêtes publiques aurait été à la charge du trésor, si on n'avait pas adopte ce moyen de la faire supporter aux citoyens les plus riches ou îles plus ambitieux; on doit classer cette obligation parmi les contributions publiques. Il aurait été certainement préférable qu'on eu* mis la célébration des fêtes à la charge du; trésor , parce que les frais auraient été limités aux ressources, et qu'on aurait évité le principe de démoralisation qui naissait des sacrifices exigés pour ces dépenses, car celui qui les avait supportés devait être fortement tenté de se récupérer, après avoir obtenu l'ascendant des places ou du crédit qui lui en ouvrait les moyens.
Jusques ici nous n'avons vu que des dé-
f i) Plut, de gloria Athen. ;
penses faite*, à h décharge? ~ trésor , réparties en prppprtien. des, fortunes. Les principaux yices; de <îe système qiae j'ai fait remarquer, 'étaient l'irrégularité dp Ja perceptioa nuisibles aux propri^res , et les ]ente«rs,inéyitabie6 (le ^jrnode d'imposition où les ileinan^s ^'étaie^t faites qu'à mesure des besoin».; I^agr wfage qu'on a cru voir à ce sy&tème et qui l'a fait adopter était de* limiter la contribution à ces besoins ; mai&cet avantage était balancé par des inconvéniens majeurs qui auraient dû le faire abandonner* . . — <X * . ;/>r • <r » i Les seuU impôts réguliers dont l'existence nous soit connue, étaient une capitation qui portait sur les étrangers domiciliés, auxquels étaient assimilés les affranchis, on en, exceptait seulement les femmes veuves qui justifiaient qu'un de leurs fils étaient, d'âge à la payer (i)*, et un autre impôt sur les filles publiques dont on ne $ait que l'existence, sans connaître la forme de sa perception (2), La capitation à laquelle les domiciliés étaient astreints était fixée à douze
(1) Demosth. in Aristog. 1. Harpocr. Hesycl». et Suida» voce Metoikion.
(2) JEsch. in Tim. Suidas voce liicgràmnw.
drâgtnes* pâr homme (i), et à six par chaque femme et enfant, quelque fut le lieu qu'ils habitassent, Athènes ou les campagnes Il parait qu'elle était plus onéreuse par l'espèce d'humiliation attachée à la payer, que par son poids réel. Elle Tétait cependant , puisque plusieurs se trouvaient hors d'état de l'acquitter, ils étaient alors réduits à l'esclavage (3). L'affranchissement de cette taxe était considéré comme une récompense nationale, d'un degré inférieur à l'admission au rang de citoyen (4); mais avec les progrès de la démagogie , le peuple , qui dans ses assemblées, se livrait à des engouemens multipliés, a rendu cette faveur tellement commune, qu'il en a détruit l'effet en même temps qu'il a frustré le trésor public d'une de ses ressources (5). S'il est vrai cependant qu'il y avait tout au plus dix mille domiciliés à Athènes, les sacrifices qu'on faisait en leur accordant cette franchise n'étaient pas considérables, et en
(i) io fr. 80 ceul.
(z) Menrs. op. T. 2,p. 1040.
(3) Meurt." op. T. 2, p.
C4) Demostli. adv. Lept. (5) Demos th, adv. Lept.
conservant l'impôt , ou du moins, en y attachant une espèce d'opprobre, on excitait leur mécontentement pour un bien faible produit (i). , . Les impôts indirects et les produits des domaines publics, faisaient rentrer de plus fortes sommes au trésor.
Les impôts indirects portaient principalement sur l'importa lion des marchandises et des denrées (2). Il paraît qu'il en existait aussi sur la sortie de quelques produits du sol: on aurait été disposé à révoquer la chose en doute, si divers faits n'en fournissaient pas la preuve , car les Athéniens qui n'avaient aucune manufacture et dont la plupart des produits de leur territoire étaient insuffisans pour leur consommation , devaient être intéressés à favoriser l'exportation du petit nombre de ceux dont la récolte excédaient leurs besoins, tels que l'huile, comme un moyen de faciliter l'achat de ceux qui leur manquaient. Mais un passage de Théophraste (3) et l'explication
(1) Ath. dofpn. L. 6.
(a) Demosili. in. Lacrifc.
(3) Theoph. car. N°. 28.
( 3oo )
du twï SycvphanU appliqué à ceux qpi déy noncaient les fraudes sur les droits imposés aux figues sèches pour la sortie (\)$ prouvent qu'il en a existé. Il faut encore ajpu-» ter que l'accusation d'avoir fraudé les droits sur l'exportation de l'huile, a fait partie des imputations des sophistes qui ont calomnié Aristote (2) : ils ne l'auraient pas imaginé , J si des droits a payer n'avaient pas existé-. Le nombre des denrées dont la sortie était permise moyennant un droit n'était pas considérable (3) , celle du plus grand nombre était prohibée (4)* , . ; *
Les droits étaient perçus non seulement dans les ports, sur les marchandises importées par mer, mais aussi sur les frontières de terre où on en faisoit la perception avec une certaine rigueur (5): on ignore si lé tarif y était le même que pour les entrées maritimes. Pour ces dernières xm payait le cinquantième de la valeur des marchandises
(1) Athen. deipn. L. 3. , (a) En*, prœp. Evang. L. 14, c. a. J
(3) Plut, in Sol.
(4) Suid. voce upozanata,
(5) Dicearch. Sut grjec. in Geogr. min. T. a, p. 12.
< 3oi )
quelle que fut leur nature (r). Sigonius a pensé que ce droit s'élevait pour quelquesunes au dixième de leur valeur (2) , il appuie son opinion de passagés dè Démosthène, qui si on tes lit avec attention / paraissent concerner p] a tùt des droits perçus dans la Ch*ersonèzer ou sur FHellèsponr , que dans les bureaux de douanes d'Athènes (3) ? en effet / 'Athènes pendant 'fe tetnps assez coutt où ses 'flottes ont dominé les' mers i a essayé d'établir à Chrysopolis des droits sur la navigation du Pont Eùxîny mais cette entreprise éphémère n'a pas eu de durée (4)« Bouchauâ qui a partagé l'opinion d<* Sigonius^l'a appuyée du témoignage d'Harpo* cration , de Suidas et cPlHpien , mais les passages de ces écrivains ne me paraissent pas décisifs (5). Ni Bizance qui avait besoin de ménager les commerçans (6), ni Athènes qui devait tirer la majeure partie de ses
(1) Deiposth. in Near. in Lacrit. Harpocr. roce Pentecostt Suid. voce Pentecosle Lyc. or. in Lcocr, (l) Sig. de republ. Alh. L. 4i C» 3»
(3) Demos th. adv. Lept. adr. Arist.
(4) Diod. Sic. L. i3. ^
(5) Bouch. traité de l'impôt Sur les mardi, tu à. p» £07. <6) Xen. hist. gr. L. 4. - * ~" * ^ '
approvisionnerons du dehors par le commerce, n'auraient pu élever à ce point les droits d'entrée sans en recevoir un détriment manifeste, A une époque plus moderne, des tentatives de ce genre ont été la cause d'une guerre entre les Rhodiens et Byzance (i). Athènes pendant les époques où elle a étendu sa domination sur d'autres peuples de la Grèce qui avaient recherché sa protection , ou ployé sous l'ascendant de ses forces, a exigé d'eux l'établissement de divers droits , et dans leur nombre étaient ceux qu'ils avaient imposés su): les marchandises transportées par mer ; Thucydide les évalue «au vingtième de la valeur des marchandises (») , mais nous n'en avons aucun autre renseignement, ils furent imaginés pendant la guerre du Péloponèse, en remplacement des contributions de guerre, consenties dans les temps antérieurs.
Si on connaissait d'une manière positive la somme à laquelle s'élevaient les produits des douanes d'Athènes, elle donnerait un aperçu de l'étendue de son commerce, An«*
(1) Pol, hist. L. 4.
(2) Tbuc. hist. L. 7, c. 58,
docidcs dit que de son temps, pendant la guerre du Péloponèse, ils ont été affermés trente talens , qui d'après l'évaluation de cinq mille quatre-cent francs proposée par Barthélémy, formeraient la somme de centsoixante-deux mille francs (i). En ajoutant le dix pour cent pour le bénéfice des fermiers, et le six pour cent pour les frais de perception, la totalité formerait une somme de deux-cent-sept-mille-trois-cent-soixante francs, et par conséquent le mouvement du commerce aurait été d'environ quarante* millions, dont les grains nécessaires axu approvisionnemens d'Athènes auraient forinç une portion considérable. Les exportations ne devaient pas à beaucoup près s'élever aussi haut, vu le peu d'objets dont la récolte excédait la consommation, et le défaut total de manufacture. Aucune taxe ne pouvait frapper la sortie des marchandises étrangères qui avaient déjà payé pour l'entrée , car ce double droit, en augmentant leur prix de vente, aurait détruit en peu de temps le commerce d'Athènes , puisque d'autres peuples, en se contentant de moindres bénéfices,
(l) Aadoc de mysL et de pace.
étiraient fourni les mêmes objets à des prix infiniment plus modérés: ' ' ; *>
' * ■ D'autres droits étaient imposés^* k vente des denrées à l'intérieur (i); Plutarque parle dans un de ses ouvrages du bruit que faisaient les préposés à leur perception , obligés de poursuivre ceux qui apportaient les approvisionnemens de la ville, et qui cherchaient à esquiver leurs demandes (2): le vin parait avoir été un des principaux objets frappés par ces droits (3). On ignore entièrement les bases sur lesquels ils reposaient , s'ils étaient uniformément basé sur la valeur pour toutes les denrées , du si leur quotité variait pour chacune d'elles. '
Les domaines étaient une des sources des revenus publics d'Athènes. Ils comprenaient des mines, dont partie était exploitée pour le Compte du public, et dont le produit entrait àù trésor lorsqu'il n'était pas distribué aux citoyens comme cela s'est fait plusieurs fois (4) ; et partie était concédée à des entrepreneurs
(1) Demos t)>. in Eu bul.
(2) Plut. symp. L. 3, C. 6,
(3) Alh. deipa. L. 4*
(4) Herod. L. 7 , C. 144. Polyasi. sUa ta g. L. 1 , e. 3o , §5. Xcn. Ecuu,
trepreneurs sous la réserve d'un vingt-quatrième du produit au profit du trésor (ij* et enfin les terres , forêts et maisons qui appartenaient à la république, et dont elle percevait un fermage (2). On n*a aucune donnée sur la quotité où s'élevait le produit de ces différens domaines , il a dû nécessairement varier tant à cause de 1* inégal produit des mines, que des acquisitions successives de terres, et des aliénations aussi que la république a pu faire. 11 a dû varier enfin en raison des conquêtes et des pertes de territoire que les Athéniens ont faites dans leurs différentes guerres: ainsi l'envahissement db Delos les a mis en posses-r sion , pendant sa durée , des mines d'or de cette île (3).
On doit joindre à cette branche de revenus , le produit des amendes et confiscations que prononçaient les tribunaux , et que dans les temps démagogiques d'Athènes , rassemblée générale s'est souvent permise en
(1) Meurs. Op. T. a, p. 137. S«id. voce agraphu. " — ~* (a) An doc. de myster. Demos th. in Eubul. Xen. Eco tu (3) Herod. L. 3, c. 74. Diod. Sic. L. 16 , c. 3.
usurpant le pouvoir judiciaire (i)* Pendant les orages multipliés de ces temps malheureux , ce peuple mobile, agité en tout sens par des factieux qui se disputaient le pouvoir, na que trop multiplié ces condamnations arbitraires, dont la confiscation des, biens était le résultat. Les immeubles étaient incorporés au domaine, et le produit det la vente du mobilier entrait au trésor. Oa cherchait à les légitimer en apparence en prélevant un dixième pour le temple de Minerve, protectrice de la république, et tin trentième à répartir entre les temples des autres dieux (2). On sent que de pareilles rentrées ne peuvent pas devenir abondantes, sans indiquer un vice inhérent au corps social , dont les suites ne peuvent quç lui devenir funestes: l'instabilité dans les fortunes particulières porte toujours atteinte à la stabilité des états. ■ . , .
J'ai développé jusqu'à présent les ressources financières qu'Athènes a eues pen^ dant qu'elle s'est renfermée dans ses limites,
(1) Dcmoith. adr. Timocr. in Macarfc adr. TLeocr. adr. O) Demoatb. in Macart m Timocr. adr. Thcocr.
et auxquelles elle' a jSté réduite lorsqu'elle suite elle a éprouvé des revers. Mais lorsque son ambition, éveillée par la. rivalité de Sparte et par ses luttes heureuses contre les Perses, la entraînée à des -conquêtes nouvelles, ces ressources lui sont devenues insuffisantes Auparavant les fonctions publiques avaient été gratuites , Je service militaire coûtait peu > la marine seule exigeait , des dépenses (i>, Mais du moment où il fallut préparer des expéditions lointaines, le service dut être salarié (3); la dépense s'aecruU: aussi en proportion que l'armée se peupla de mercenaires, les flottes deuinrent plus considérables, dits lors plua onéreuses par les frais qu'elle
occasionnèrent* Enfin , les dépenses de l'état
(1) Il y avait aussi quelques secours distribués aux familles, indigentes (Arist. in Panath. Lys. ady. delat. Hesych. et Suidas voec a^/ç ) , et de* pensions à de^ familles de citoyens morts dans les combats (SJgon. de republ. Athen. U a, c. 3); mais comme il en est peu fait mention, il est à présumer que ces dépenses ne s'élevaient pas à de forte* somme*. • i *•
(a) On -a.peu.de notions sur ce qu'était la solde- Tlmci dide nous apprend qu'au siège de Potidée chaque homme a ,eçu deux drachmes par jour, dont une serrait a l'entretien «/«a domestique, mais U u, 4a pas si c'était la so|de ortliaairç ou une h*jte paie. ; ,
s'accrurent aussi lorsque le peuple eut été habitué à recevoir des rétributions pour as* sister aux assemblées de la nation , aux séances des tribunaux, et même aux fêtes publiques. Cette dernière dépense a fini par être regardée comme tellement importante par ce peuple futile, qu'il défendit, sous peine de mort , de toucher aux sommes qui y étaient destinées* On voit combien de ménagemens a du mettre Démosthènes pour proposer l'emploi de cette ressource, dans un moment où toutes les autres manquaient a la fois (i). Lorsque tous ces accroissemens de dépense eurent lieu progressivement, les ressources ordinaires d'Athènes ne suffirent plus pour y subvenir , c'est alors qu'elle a commencé à épuiser les peuples devenus ses tributaires sous le vain titre d'alliés. Les sommes qu'ils s'étaient engagés volontairement à fournir dans l'origine pour les guerres contre les Perses, l'ennemi commun de la Grèce entière, furent détournées de cette destination par cette république, et consacrées à ses dépenses particulières (2).
(1) Demotth. Oliath. 3. .
(è) Thuc. hist. L. 3» c. t3. DioiL Sie. L. it.
( 3og )
Après s'être approprié les sommes déjà placées en dépôt à Delos (i) , elle continua d'en exiger de nouvelles pour son propre usage, et étendit successivement cette mesure à tous les peuples quelle soumettait à son pouvoir (2) , de manière que la contribution de quatre-cent-soixante talens consentie dans l'origine, a été élevée successivement jusqu'à treize-cent (3), et a formé dans les momens de sa prospérité la principale partie de ses revenus (4).
Du moment où ces contributions eurent été détournées de la destination pour laquelle elles avaient été consenties , leur perception a cessé d'être volontaire , et Athènes a dû employer la force pour les exiger. Elle en chargeait des commissaires sous le titre d'episcopoi, qui, appuyés par des troupes, étaient chargés d'en activer la rentrée, en même temps qu'ils veillaient à ce que rien ne se passât de contraire à ses intérêts (5).
(1) Just. hist. L. 3,c 6. Dtod. Sic. L. n.
(2) Thuc. hist. L. 4 , c. 57 etc.
(3) Suid. voce Ellenotamiai. Plut, in Àrist. Meurs. Op.
(4) Thuc. hist. L. 1 , e. 995 L. s, c i3j L. 3, c. 3.
(5) Àristoph.Àv. Harpocr. voce Episcopçi.
( 3io )
Ces mesure» -violentes ont beaucoup contri* bué à la décadence de cette république, parce qu'elles lui ont aliéné ses 'alliés qui ont vu les mesures les plus despotiques remplacer la protection qu'ils avaient désirée, (i). Incapables de se soutenir par eux-mêmes , ils se tournèrent du côté des Spartiates , puis les exactions de leurs hermostes , plus intolérables encore , parce qu'elles étaient accrues de toute la dûreté du caractère national, les ramenèrent aux Athéniens (2) qui, nullement corrigés par le souvenir les événemens antérieurs, recommencèrent à les vexer (3).
Le plus grand nombre de ces tributaires étaient habitans des îles de l'archipel, dès [ors la perception de ces tributs , dépendait des forces navales des Athéniens suffisantes pour leur imposer; aussi ont-ils diminué avec le déclin de ces forces 5 ils n'étaient que d'environ six-cents talens au commencement dé la guerre du Péloponèse (4) et ont éprouvé une diminution progressive ensuite.
{0 I»ocr. de pace et panath. Thucjd. Iiist. L. i , c. 9S.
(2) Thut. bist. L. i, c 9$ , L. 3 , c j3. Plut, m ÀrisU Diod. Sic. L. ii.
C3) ÏW h'ut. L. r , c. 98 et 99 , L. i, c. 8. Diod, Sic. L. 11.
(0 Thoc hût L. 2 , c. i3.
( au )
D'après cet aperçu des sources diverses où Athènes a puisé ses revenus publics , on voit que ses finances étaient conduites avec la même incohérence qui a constamment accompagné sa marche politique. Aucun système régulier n'a été établi ; les demandes pour les besoins , et ces besoins eux-mêmes , jouet des circonstances, n'ont été ni prévus d'avance , ni calculés de manière è fournir les mêmes ressources an trésor avec le moins de charge pour les contribuables. Les données que fournissent quelques faits sur la totalité des revenus d?Athènes sont trop incomplètes pour être certaines; mais je ne pense pas qu'ils se soient élevés à plus de douze-mille talens (i) dans les temps les plus prospères de la république ; un passage d'Aristophane parait conduire à cette évaluation (2). Plutarque fournit une preuve qu'ils étaient bien au-dessous, vers la fin du règne de Philippe, puisque Lycurgue, qui alors a dirigé les finances pendant quinze années, n'a eu en maniement pendant ce temps-là qu'une somme de quatorze-mille talens (3) ; ce qui
(1) Environ dix-million* de francs, (a) Aristoph. resp. €58.
(S) Phit in Ljc. «rat.
ferait un peu moins de mille talens par année. Il est possible, à la vérité, qu'il se soit glissé quelque erreur dans le texte de Plutarque ; car elles sont d'autant plus faciles pour l'énoncé des sommes que la substitution d'un chiffre à l'autre par les copistes était facile, et que rarement le sens de la phrase fournissait les moyens d'apercevoir l'erreur.
Le mode de perception parait avoir varié chez les Athéniens suivant les époques, et, plus encore , d'après l'espèce de l'impôt. On ignore ce qu'il a pu être aux plus anciens temps, dont on n'a que des notions trop imparfaites. Aux époques mieux connues où les Athéniens étaient divisés en dix tribus qui prenaient une part active au maniement des affaires publiques , chacune d'elles a eu sa recette particulière. Elle n'a pu être régularisée que pour les rentrées fixes, telles que la contribution imposée aux domiciliés, les revenus des domaines, etc.: la perception en était mise en ferme , et les fermiers étaient tenus de faire leurs paiemens en deux termes (i). Tout retard les exposait à une amende égale au montant de la somme arriérée, et
(i) Suidas voce prokatabole.
même à des punitions; aussi la loi leur accordait l'emploi des moyens coercitifs contre les contribuables (i). Comme toutes les autres dettes envers l'état, celle-ci doublait à la fin de l'année de retard (2).
Des mesures différentes étaient prises pour les contributions qui frappaient les citoyens. Comme elles n'étaient point régulières, mais décrétées en proportion des besoins de l'État, à chaque somme votée par l'assemblée générale, on nommait une commission de dix membres, un par tribu , chargée d'en exiger la rentrée et d'en diriger l'emploi, ce qui formait autant de comptabilités distinctes qu'il y avait de sommes décrétées en perception (3).
Des mesures avaient été prises avec la plus grande sévérité pour empêcher les fraudes; de* lois, du moins, avaient été faites pour cela. Les comptes de perception devaient être tenus à double ; un examen rigoureux devait en être fait ; les lois prononçaient la peine de mort contre les infidélités (4)« Dix admi-
(1) Audoc. de myat.
(i) Demustii. in Neœr.
(3) Œscli. iu Clesiph. Poil. onom. L. 8 , c. 6.
(4) Xto. liât. gr. L. I , C. l3.
nïstrateurs, chaque année, étalent charges du trésor et veillaient aux sommes qui y étaient déposées (i); la clef en était remise entre les mains de PEpistate du jour ou chef du prytanée (2). Voilà bien des précautions; mais des lois sont un vain épouvantail dès que , par leurs applications , elles n'atteignent f>as les coupables. Périclès , pour éviter (3e rendre compte du maniement des deniers publics, a distrait les Athéniens par des projets de conquêtes et d'autres genres de séductions, et cet exemple a été imité par d'autres meneurs qui avaient eu l'art de capter la multitude. Ce peuple léger riait des sarcasmes qu'Aristophane lançait contre les malversateurs des deniers publics (3) et ne le* poursuivait pas. Il ne donnait pas une attention plus sérieuse lorsque Démosthènes, cherchant à ranimer l'amour éteint de la patrie, citait l'exemple de Miltiade, mort pauvre, après avoir administré les deniers de la république, le comparant aux financiers de son siècle qui s'enrichissaient de tout l'argent
(1) Harpocr. toc» Tum. Poil. onom. L. 8 , c. 9.
(2) Suid. voce Epistate.
(3) Àmfe. Se.
dont le trésor restait vide (i). Xénophon et ÎPolybe ont parlé de cette immoralité toujours croissante (2) : mais le contraste que ce dernier a voulu établir à l'avantage des Romains est une preuve de la nécessité où il s'était mis de flatter ses protecteurs ; car rien n'était plus corrompu que. leur administration. A la vérité, leur cupidité se portait moins sur les sommes arrivées au trésor que sur les produits des provinces ; mais cette différence ne leur méritait pas les éloges de Polybe, car épuiser les provinces et les mettre hors d'état de payer les contributions , ou détourner le produit de ces dernières avaient un même résultat* Chez lés Athéniens, il y a eu , en effet, des exemples de malversations; mais ils n'ont pas été nombreux et n'ont eu lieu , surtout , que dans les derniers temps; on cite Thémistocle et Cléon, arrivés pauvres à la gestion des finances , qui s'y sont enrichis (3) , et Périclèsqui y a puisé ses moyens de corruption , tandis qu'à Rome , il est difficile de citer une époque marquée par des hommes restés incorruptibles dans les fonctions pu-
(1) D«inc>*l!i. in Àrist adv. Timocr.
(a> Xen. Exp. Cyri , L. 4 , c. 4. Pol. hist. L. 6 , c. 3{.
(3) Ml. var. hist. L. 10, c, 17. Plut, in polit, prœcept.
bliques. J'ai déjà fait observer qu'à Athènes $ ceux qui voulaient aspirer aux places,devaient faire de forts sacrifices pour la célébration des fêtes qui captaient la multitude : c'était un motif bien puissant pour ceux qui les avaient obtenues d'en profiter pour se récupérer de leurs sacrifices. Sous quelque forme qu'on rende vénales les fonctions publiques, on porte ceux qui les ont obtenues à chercher les moyens de recouvrer le prix qu'elles ont coûté. . . ,
La perception des contributions imposées aux alliés tributaires était confiée à des espèces de commissaires qui se transportaient d'un lieu dans un autre , ou , plus rarement , étaient sédentaires (i): d'autrefois le commandant , lui-même , de l'armée navale était chargé de les recouvrer et d'en faire immédiatement l'application aux besoins de ses troupes (2). La répartition entre les individus était abandonnée aux magistrats Io«caux contre qui seulement s'exerçait la con-
(1) Diod. Sic. L. 14. ïhuc. hist. L. 1 , c. 96. J'ai déjà dit que les Alhcuiens les nommaient episkopoi ou philakoi (Harpocr. voce episkopoi) , et les Spartiates harmostai (Xen. hist. greec. L. 3 , c. 5. Plut, in Lys. Paus. in Bœot. Isocr. pan a th. Crag. de rep. Lacedem. L. 2. c i 3.
(2) Plut, in Aicib. in Lysand.
trainte pour l'entière somme à laquelle le peuple était imposé. Comme deux factions étaient presque toujours en présence , celle du peuple qui penchait pour Athènes et celle des oligarques, prononcée pour Sparte, Tune et l'autre profitait de son ascendant momentané pour rejeter tout le poids de ces charges sur la faction opprimée , jusqu'au moment où une réaction l'exposait à un traitement semblable. On peut se convaincre de tout l'arbitraire qui en résultait dans la répartition des tributs par une multitude de passages des auteurs contemporains (i). '
Telle était la situation des finances d'A-p thènes, lorsque Xénophon a écrit son traité sur les moyens de les améliorer (2); cet homme ayant été un des personnages distingués delà Grèce, l'examen attentif de son ouvrage pourra fournir quelques idées positives sur les connaissances qu'on avait de l'économie publique à l'époque où il a vécu.
Après avoir fait l'éloge d'Athènes, de sa situation et de ses ressources , car aucun peuple n a autant aimé la flatterie , il entre en — — — — —
(3) Thuc. List. L. 1.; L. 3, c. 3. Xeu. hist. gr. passitu. Piut. in Phocioue. Dio4. Sic. L. 11.
(4) Xen. rat. redit.
matière, et , malgré tous ces brillans préliminaires , il est forcé de convenir que les ressources existantes ne suffisaient pas pour les besoins , et ce sont les moyens dy suppléer qu'il traite dans son livre.
Il propose d'abord d'attirer les étrangers dont l'industrie pouvait être utile à la république, et qui, par la taxe qui leur était imposée , augmenteraient les revenus de l'état. Il conseille, en même temps, d'abelir les distinctions humiliantes et les espèces de servitudes qui leur rendent pénible le séjour d'Athènes, de leur permettre de bâtir dans lés places encore vides de la ville , et enfin de créer une magistrature chargée spécialement de les protéger.
Le second moyen qu'il propose est d'abréger les formes judiciaires pour les affaires contentieuses des commerçai! s, dont les lon<gueurs leur font souvent perdre un temps irréparable pour la navigation. Il fait observer que ce serait un moyen d'en attirer un plus grand nombre dans le port d'Athènes, Le troisième est de faire des emprunts ♦ dont le produit serait employé à la construction de halles , magasins et autres bâtimens utiles aux commerçans qui fréquentent le
port. Il faudrait en conclure qu'il n'en existait pas encore , ou que ceux qui existaient étaient insuffisans.
Le quatrième est de faire construire des vaisseaux marchands que le gouvernement louerait à ceux qui voudraient faire des expéditions maritimes.
Le cinquième est d'exploiter ., pour le compte de la république, les miues d'argent situées sur son territoire. A ce sujet , il établit en principe que la multiplication de ce métal dans un pays n'en change pas la valeur. Il était bien éloigné des lumières acquises depuis par l'expérience, et cependant il avoue que si l'or cessait de conserver la même proportion avec l'argent, il en résulterait des variations dans leur valeur relative. Cette première conséquence aurait dû le conduire aux* rapports de l'argent avec le prix des denrées et , par conséquent, à reconnaître que ses variations de valeur dépendent de l'abondance des objets qu'il doit représenter, principe diamétralement opposé à celui qu'il avait admis.
Le sixième est de faire > pour le compte de l'État la même spéculation qui a réussi , à quelques individus, celle d'acheter un grand
nombre d'esclaves, pour louer ensuite leur travail. D'après son calcul, chacun d'eux pouvait produire , terme moyen , une obole par jour (O, et il proposait d'en accroître progressivement le nombre jusqu'à dix-mille, dont le produit pourrait s'élever à cent talents.
Les conseils d'améliorer le sort des domiciliés et de simplifier les formes de procédure pour les contestations du commerce maritime étaient excellens , et auraient pu avoir de grands avantages, s'ils avaient été suivis, mais on ne peut qu'être surpris de la maigreur des vues de Xénophon sur tout ce qui concerne les mesures purement financières: les objections auxquelles il s'attendait et qu'il réfute d'avance dans son traité ne sont pas moins curieuses.
La première est que les entreprises sont fréquemment ruineuses. Il y répond qu'en les faisant faire séparément par chacune des dix tribus , il est impossible que toutes échouent, et que les bénéfices des unes compenseront et au-delà les pertes que les autres auront éprouvées.
• 1 La
(i) o,i 5 centimes.
1 La seconde est qu'il serait impossible de se procurer tous les fonds nécessaires pour ces entreprises; îl y répond qu'il faudrait les faire successivement et que les bénéfices des première aideraient à faire les suivantes. : » - La troisième est qu'il serait impossible de se procurer ces fonds par une création d'impôts, -fi- répond qu'on pourra profiter des temps de paix pour y consacrer les contribua tions perdues pour la 'guerre, et que I'aug3 mentation du produit des droits indirects résultant d'une plus grande protection accordée au commerce, indemnisera de ce premier sacrifice.** :î :'i /l , »i. i
La quatrième est que le renouvellement* des guerres peut interrompré l'exécution -de ces projets. Il y répond que la portion déjà exécutée fournira déjà des moyens de plu<* pour subvenir aux fe-ais -qu/elles nécessiteraient et que , relativement aux mines , x>m pourra, protéger leur exploitation .au moryeni de forterèsses ; dès lors leur interruption 'ne doit pas être à craindre. , i .inr;
La cinquième est que la paix nécessaire pour l'exécution d'entreprises pareilles àuïi rait à la gloire de la république. II répond qu'elle a reçu autant d'illustration en defe-
nant lia eeirtre de commerce , *?tf , «| des lumières , qu'elle poii^t en espérer p*r des succès guerriers. Quand à l>mpi*e de la mer, a joute- fil, dont la conservation aurait,
été à désirer , il a été perdu pend^f ^ guerre, a cause des viojençes exercées en vér$ les alliés , et pourra être recouvré par la manifestation seule du désir, d'une pacifiç^^o^ générale, basée sur la liberté des mers ; enfin que l'ascendant des Athéniens naîtra moin^ du déploiement de leurs forces que de ^uç modération, ::, ,
La dernière objection est qqe la paix pourrai t nuire aux finances d'Athènes. Il y répond par des faits. Ses revenus , dit-il, ont toujours été ,plus qqnsidérables en temps de paix ; chaque guerre a été commencée avec des ressources et sa fin a été commandée par l'épuisement» Il manifeste le désir qu'une ma-
ies guerres , et signale presque , dans cet endroit de son livre, le vice principal de l'organisation de la Grèce, celui de n'avoir aucun point central d'unipn où vinssent s'amortir lés rivalités • sans cesse renaissantes , des peuples dont elle était composée.
Telles sont, en analyse, les jçonceptions
d'un Grec qui a marqué , autant 'par le rôle qu'il à joldé que par les écrits dont ii est l'au» tfeur ; elles ne donnent pas une idée fort avantageuse des vues .financières de ses cbntemforàfâfc*, en Admettant même que d'au-* firtss' Athénien s étaient plus forts que lui suc cetfe Lrtuibnè d'administration , il ne poîii' Vau'pro exister enlr'ëux et uii homme à tà^ lénstelquelXeriophon, une bien grande cnT* mmè^mÉcààéiAÎqiies, autre ouvrage ikëtD&*3LuiSut né concernant que l'agricul^ ture eti davantage encore , ses rapports aveé lés1 soihs^ Uotn^stlqueS du ménage , Rajoutent àûHm iB&de ptei ce qu'a a dit dans son tàiVail sur les finance* :
'té développement du système financier d& Sj^aftiàtes M&Tjàm court; long-temps ifc* n*bnt |k»ïtitr eu ide trésor public* (i) > et Ior#qtfUéurVenatit des dépenses publiques à faire , cltëqùë billèjjren cort tiibua it pour Sa portion (2). Mais ils* ont fini par sentir les entravés qàë ce sortie âpportaîtà la marche des affaire^ lôts^i/ils Ont Commencé à s'occuper dèguërres eitêriéutës, et ils ont créé un trésor centrai
C0( TK«c. hist. L. î , ç, 80I Plut* ApopUt, lacon. V ^5 Ans*. Poht. U a , c. 3.
alimenté principalement par les contributions prélevées sur les peuples soumis à leur domination (i). On n'a aucune notion sur la manière dont il a été géré.
Les autres nations de la Grèce sont moins connues qu'Athènes et Sparte , sous le point de vue de leur organisation intérieure : on p'a que des notions très-imparfaites de leur administration et encore moins de celle de leurs finances, La manière de les gérer a dû naturellement être modifiée par les circonstances particulières de chacun de ces peuples et surtout parla diversité de leurs institutions, tendant , plus* ou moins * vers la démocratie ou vers l'oligarchie; car le mode de contribuer aux dépenses communes ne pouvait pas être le mêmè là où les lois avaient besoin d'être consenties par l'assemblée des cifoyens et là où quelques familles avaient le privilège d'imposer des obligations au reste de la nation. L'existence servage, chez les Thessaliens a dû égaleifrientintluer, chez eux , sur la forme de l'impôt. Une circonstance seulement a été commune à. toutes les nations de la Grèce^jc'est le défaut d'uniformité dans
(i) Plut, in Lytvid.
Jèurs confédérations , d'où il est résulté que chacune des villes ou petites républiques dont elles se composaient , s'administrant séparément , avait, pour ses finances , les règlements qu'il lui convenait de créer; dès lors, on ne pourrait pas même parler d'institutions communes aux Bœotiens,aux Achéens, aux Thessaliens , puisque chacune de leurs villes pouvait avoir les siennes propres. Cetle bigarure était inévitable dans des fédéra lions où chacun des cantons conservant son ad mi-» nistration intérieure , avait le droit d<j lui donner la forme qui lui convenait, et par conséquent, avait celui de, choisir le mode de s'imposer qui lui paraissait le moins onéreux , oui du moins , qui paraissait tel à ceux qui étaient nantis du pou voir. Ensuite, comm| membres de la confédération, ces cantons fournissaient leur contingent pour les dépenses communes. Mais comme il n'y avait aucune administration centrale , ces contingens n'étaient fournis qu'au moment des besoins; dès lors, il n'existait aucune prévoyance pour l'avenir , aucune mesure de défensç préparée avant le danger; en un mot , les peuples de la Grèce étaient livrés à, tous les inconvéniens d'un gouvernement qui, sans
là force dès éVénemeAs. Chez les Athéniens1 , ôà* nous avons observé Je» inênies* dèfatuts# tîs naissaient d'un Vice intérieur deHtoga* irisa tiôn dè la répilbli^ue; chez les autai* Crife&',-ih résultaient dé ftihsenfce d'uinroMge cèrttral 'qu^put donner une impulsion uniforme aux mouvemerts partiels «des dinçrses partiel* Certainement jie - -système* deançAdetuander de# sacrifices aux membres** ds^Jà wciété que lorsque les événement les rwdeot •nécessaires, serait le plus a van lageux pwr \me peuplade isolée et certaine de vivre en paix avec ses voisins, parce qué cette orgar ïiîsaridn n'exigerait que des* emàmienotts îèmporaires, dès lors gratuites, et que jfMB- #fonne ne verrait dans l'administrât ion -de ià fortune publique, un moyen d'aceroâti* ir$a richesse personnelle. Mais cette position^ purement spéculative et d'une exécution impossible 3 était loin de convenir aux peuples de la Grèce , souvent en guerre en tr aux et toujours agités par des factions. Aussi résulta rti! de ces vices de leur admûii&ratipnqqtte, presque toujours, leur territoire était ravagé avant qu'ils fussent en mesure pou r opposer de la résistance. C'est, ei* ^rajad^ partie | à
âetter imprévoyance de l'avenir et, A la , nécessité xle tout créer à l'instant du danger que la Grèee a dû le développeiwat,de^gra^4« caractères qui exeitent iiotee t ^dœi^iqj^ Mais, pour son bonheur, elle iauïait dû d$r srrer moins 4* crises et, par conséquent moins de ces tours de forée pour l'ar vacher au i péril 4 qui pof illustré ses grand* l*om ujs& - . Après l'ascendant qu'4>nt pris* AtihàrAes efc Lacédémone et, plus tard ensuite, 4or<squf
nation 1 plus 1 ou moins directe sur. la Grèce , «es «peuples qui dàrent contribuer pour les guerres de leurs protecteurs , n!euj?ent rie? xlepUis fixe rx>ur la formation de ces tributs ; aussi »fafi force ,, plus que le sentiment d'un bc soin de défense commune , déterminait la quotité de ces sacrifices. C'est ainsi que les Thessaliens ont été obligés de faire à Alexandre l'abandon de tous leurs revenus publics ( i); auparavant Us en avaient déjà fait un semblable à Jason , roi ou tyran de Phèrps (2). Ainsi les dépenses ont augmenté pour tous les peuples de la Grèce, à mesure que leur.
(1) Suppl. ad. Quint Curt. L. ». Just hist L. IT, fcfc 5 ^) Xeo. hist. feT. L. 6.' f'*»." ' f *S
état politique s'est détérioré; puisque aua temps- où ils avaient été in dépend an s , ils n'avaient eu de charges à supporter que pour subvenir aux dépenses de leur république et à celles de la confédération à laquelle ils s'étaient volontairement liés; mais ensuite lorsque leur indépendance a cessé , ils ont d£ contribuer aussi pour les besoins; du proteor teur qu'ils ont été forcés de reconnaître. Les luttes des factions ont aussi ajouté au poids des contributions par la partialité avec laquelle leur répartition s'opérait ; le parti dominateur faisait peser toutes les charges sur les partisans du parti renversé dont les chefs avaient déjà été spoliés de leurs biens et eonr traints de s'exiler. Ces crises, qui se succédaient fréquemment , ruinaient successivement toutes les familles, parce que les su r- "cllarges qui pesaient sur elles détruisaient leurs ressources et les empêchaient de donner â leurs propriétés les soins nécessaires de conservation. Les historiens de la Grèce fournissent "de nombreux exemples de ces répartitions irrégulières des contributions qu'on faisait peser entièrement sur la faction la plus faible* - . ... .
Tous les peuples de la Grèce ont eu ,
oomme les Athéniens, des domaine* publics* plus ou moins étendus , dont les produits auraient pû diminuer la quotité des contribur tions, s'ils avaient été bien administrés. Peutêtre l'ont-ils été quelquefois; mais le déve* loppenient des factions a nécessairement relâché tous les ressorts de la force publique. L'usage de confisquer les biens du parti pour les incorporer au domaine public a été commun à tous ces peuples et aurait dû tenr cire è l'accroître constamment. Mais est-il à présumer que des factieux qui renversaient par la violence leurs rivaux aient fait enn trer avec intégrité dans le domaine de l'état tout ce qu'ils venaient d'arracher aux vaincus ? la chose n'est nullement probable et l'histoire fournit diverses preuves de dilapidations de ce genre. Ainsi , lors de la formation de la ligue achéenne , quinze-cents exilés de Scyone profitèrent de la circonstance pour rentrer dans cette ville et réclamèrent leurs biens. Si la confiscation ,les avait fait entrer aux domaines ils y auraient existé et leur restitution aurait été facile ; mais , comme ils avaient disparu, Aratus dût emprunter du roi Ptolémée Philadelphie la somme de cent-cinquante talens pour satisfaire à leurs
fustes iHfcfemattons <t> Il ad nous ******* èune notion sur la manière* "dont ces bitms «talent administrés,^ sans- doute, «elle variait autant que le mode de subvenir aux be* «oins de l'état; de toutes les branches de l'économie intérieure des anciens , cest peutêtre celle dont il reste le moins de rensei- Jp^néns positifs. / 7 ^ v,/* * r : , ,Hj Lestnoyens ordinaires que fournissaient les contributions et les produits des domaine» ne suffisaient pas , lorsque des guerres trop prolongées ou d'autres désastres exigeaient line continuité de sacrifices. A l'exception d'Athènes, on connaît si peu la Grèce qu'il n'existe pas de notions sur les moyens que les autres Grecs ont employé pour subvenir à ces besoins extraordinaires. Dans une circonstance pareille , les habitans, dô Clazoïnénés ont imaginé de créer une espèce d'assignats. Ils frappèrent des médailles de cuivra auxquelles ils donnèrent la valeur fictive de fleur poids en argent et les échangèrent 4 -ee -taux contre de l'argent effectif que fournirent quelques-uns de leurs riches concitoyen*; puis , ^-mesure que lesjmoyens de l'État le
Xi) Poi. hist L. 2. v
perwirttii , ik ka rêtirèrent mmfci* 1* ci* culatkm (i). Mais Aristote qui rapporte cf fait ne rapporte aucun exemple de la même mesure priée par d'autres peuples. * *v> H aurait été intéressant de connaître , pour les époques principales de la Grèce* la quantité du numéraire en circulation et le saj* port qu'il avait avec le prix des denréesrrMaip il manque trop de renseignemens ,po*itifs pour pouvoir tenter d'en faireune évaluation^ «même approximative» Tous les écrivains « a<*trovdent^à dire qu'aux «temps de la Grècé qui ont précédé ses relations avec la Perse, les itntfftièmdor et d'argent y étaient fort rare». «Un auteur que cite Athénée prétend que Itor était- tellement a ^époque ou vivait Phin -K^pe; père <F Alexandre, que ce roi en possér -tfeit seulement une petite phiole qu'il plar -£àît tous letf soirs sons son chevet de peur de.k ^e*dre '(2). Mak, viiigt lignes plus bas v le Tttêtne compilateur dit que Hiéron, rçi de «yrabttsfevayant besoin d'or,envoy* unragertt ert chertîli«r à Corinthe où il en trouvaohez un marchand qui en fournit la quantité de-
(i) Arts t. de cora rei tamil. — (i) Ath. deipn. L. «.
mandée et donna en sus. au* messager tout ce qu'il en put saisir avec la main (i). Que ce Hiéron soit l'ancien ou le second , ils sqnt , l'un antérieur de peu, l'autre postérieur de quelques années à Philippe, et comment ce roi , qui avait un si grand ascendant sur la Grèce, aurait-il eu si peu d'or, tandis qu'un
ÎU
mencé à devenir abondartt en Grèce que depuis le moment où Philippe a remis en activité des mines , auparavant abandonnées f dans ses États (o). Mais it parait plus que douteux que leur exploitation ait suffi pour opérer un pareil changement, Athènes, Corinthe* d'autres villes encore , avaient un commerce maritime dès les époques les plus reculées ; aussi l'or n'a pas pu y exister dans un état de rareté différent de celui des autres régions avec lesquelles elles avaient des relations; car , dès qu'il aurait été plus rare sur un de ces points quelconques , des spéculateurs auraient bientôt rétabli l'équilibre par leurs opérations commerciales. Dès lors, il me pa^-
(i) A th. deipn. L. 6.
(a) Bart Voy. d'Auach. ch. *3 et 55. Diad. Sic. L. i6 ,c. 8.
rait plus que douteux que cette rareté des métaux ait réellement existé â une époqûè quelconque; on peut seulement croire qu'elle a eu* des phases i en plus ou en moins, suivant la prospérité du commerce et les ohûiices» plus ou» moins heureuses* de la position in të»^ rieure de chacun des Etats de la Grèce. Aux: temps les plus anciens , les métaux ont dû y abonder ; car on n'aurait pas pu exécuter , sans desriehesses positives , hk grands monumena qui datent de ces époques. Les crises intérieur res , ayant détruit la sécurité, auront ensuitefait disparaître ces richesses, puis elles seront riéeS'de nouveau d*urf nieïltëdr ordre de chose ; ainsi la rareté aura pu succéder à r^bpndancé et cette dernière renaître ensuite. Barthélémy, à qui les connaissances de la Grèce ancienne doivent beaucoup, pensait , d'après plusieurs, données, qu'au temps^Hérodote , l'or était en rapport avec l'argent comme un à treize, et qu'il est ensuite descendu progressivement au rapport de un à dix (i). Un autre savant,
(i) Barth. Anacli. ch. 55. D'autres savaus, en se servant du témoignage de quelques auteurs anciens, comparé au poids effectif des monnaies aucienues existantes dans les muséums , ©ut vérifié ce rapport d'un à dix , et out observé que le degré d'impureté de l'or de bas aloi de quelques-unes était com-
Mr* ttfvesque* a cherché auasi Jiçs moyens d'évaluer numériquement la richesse d'Athènes ; s'il y avait réussi * il aurait fourni des données sur l'abondance du numéraire ; mais il a avoué que les difficultés lui ont paru rendre impossible cette fixation (i). J ai tenté aussi , en profitant de leurs lumières* de faire quelques rapprochement; mais j'ai rencontré de telles difficultés que l'établisses ment même de simples bases approximatives 9 me parait une chose inexécutable; uo xi-tiL «* ■'■ " ' • "-J. - -"M i «1»
penié par leur plu* gros volume (Journal dçs MIMÉ* tMtfr Avril, p. a*); ce <T" «*âit lien notamment poir^ ^or «aies grecques de l'Asie mineure* .
(.) Mé». * Murt. t. <. v ,.,«^«-^.
-i, j*. .,„■»..,* ^«^.t— » s 4tf»Hli"fh «*lt*
peinait "fi <- -v , ..•-VX» M ►#< i^U,. »4 éil**. âj|»i
«*fi ifli vol Q H APÏ T RE TI I. v ■■ • * hq Atf commerce et de F industrie. » > i j
n traitant des colonies des Grecs, fai déjà manifesté l'opinion que les plus anciennes ont dû leur origine au commerce. Tous cea fondateurs que l'histoire leur donne, fils de dieux ou héros , sont des inventions posté* Meures "de l'orgueil national qui, au défaut de notions positives, ont cherché une illus-* tration fattfcer dans une obscure mythologie; Comment concevoir, en effet, qu^de^ princes, guidés par un oracle, aient été conduire sur de lointains climats des individus aussi oisifs qu'eux, dont, après peu de générations, auraient résulté des vilîès commerçantes. Tous ces fondateurs de colonies sont représentés comment ayant quitté leur patrie,; à la suite d'invasion qui les avaient spoliés, ou de dissentions intérieures , ou victimes de concurrens plus puissans qu'eux, ils se sont décidés à s'expatrier. Un tel état de choses ne comporte pas l'existence du commerce; celui-ci n'existe qu'avec une organisation sociale
assez consolidée pour garantir aux citoyens la jouissance de leur fortune et leur inspirer le désir de .l'accroître par des spéculations. C'est donc dans un ordre de choses différent de celui ou on place eommunérnént rétablissement de ces colonies qu'il faut cherches les causes de leur formation , c'est-»à-dîre , à ce période peu connu où la Grèce paraît avoir eu un grand degré de civilisation dont des crises intestines l'ont fait sortir. C'est alors qu'auront pris naissance ces colonies des bords de la mer noire , dont on a fait ensuite honneur au voyage mythologique de Jason, telle que Dioscurias qu'on a dit fondée par les Dioscures , ses; compagnons de voyage, qui, comme lui, n'ont jamais été que des personnages mythologiques. Postérieurement à l'époque où la Grèce a été agitée par des déchiremens intestins qui ont précédé l'époque homérique ; deé individus , spoliés de leur fortune et de leur pouvoir, au-» ront pu chercher un asile dans ces colonies , antérieurement peuplées de leurs concitoyens^ c'est une chose naturelle. Plusieurs de ces chefs auront pu , dans les traditions obscures de ces temps reculés , avoir été confondus avec h fondation première, parce que les
temps
temps ■> antérieurs étant oubliés , et de cette manière , se sera formée cette réputation de fondateurs qu'on leur a faite. Si, du reste» on péut donner quelque importance à ces traditions que je croirais plutôt des conceptions grammairiens des bas temps, qui, pour avoir l'air de tout savoir, auront inventé une-foule de ces origines obscures. Ces villes déjà puissantes par le commerce , auront p*n conserver la même industrie, si les inclinations belliqueuses des nouveaux venus ne l'ônt pas contrariée. On pourrait expliquer de cette manière comment certaines colonres» après avoir été florissantes, ont cessé de l'être. Mais tout ce qui concerne ces temps est si obscur que des conjectures, seule ressource qu'on; aurait pour en traiter, ne pourraient être appuyées sur aucun fait positif ; il est inutile , dès^ lors , de s'en occuper davantage.
Pour trouver , dans les écrivains de l'antiquité-, quelques traces un peu certaines du commerce des Grecs, il faut descendre jusqu'aux époques historiques , et encore les renseignemens qu'on y trouve sont peu abondans et peu circonstanciés.
Deux villes de la Grèce où le commerce a existé très-anciennement, Corinthe etrAthè-'
nés, ont peut-être continué à s'en occuper pendant les époques obscures qui séparent le temps primitif de la Grèce de ses temps historiques. 11 est certain que l'histoire de la fondation de Corinthe, telle qu'on la. raconte , n'a pas plus de vraisemblance, que toutes les autres de ces époques. On lui donne, pour premier fondateur , une colonie d'Eoliens conduite par Sisyphe, fils du roi Éolus. Plus tard, une colonie de Doriens, conduite par Aletes , y vint , chassa la population éolienne, conserva seulement le roi éolien, et , dans la même génération , cette ville était déjà assez puissante pour envoyer elle-même d'autres colonies. On sentira, sans peine, qu'une ville dont on a chassé les anciens habitans ne peut pas avoir si promptement une surabondance de population à envoyer au dehors. Corinthe doit s'être formée d'une autre manière. Dès les premiers temps historiques, les écrivains de l'antiquité la présentent comme ayant un commerce actif; elle l'était antérieurement dans les temps homériques (i); quelques circonstances particulières peuvent avoir favorisé sa concentra-
tîcm sur' ce point, pendant les crises qui ont long-temps déchiré la Grèce. Ce qui expliquerait comment, dès les époques historiques les plus anciennes, elle a été commerçante. Plusieurs dissentions ont troublé sa tranquillité intérieure; elle a été, tour à tour, livrée à une olygarchie dont les factions se disputaient le pouvoir, ou à la tyrannie de quelqu'un de ses membres qui avaient eu l'art de comprimer ou d'écarter ses rivaux. Ces dissentions ont dû rejaillir sur l'activité de son commerce, mnis elles ne l'ont jamais suspendu complètement , du moins l'histoire n'en parle pas, et comme événement elle aurait du en faire mention.
Le commerce de cette ville était complètement d'entrepôt, son territoire était de peu d'étendue et généralemunt stérile, ainsi les productions de son sol y entraient pour peu de choses , quoique l'exereice des arts y fut un peu moins méprisé que dans les autres villes de la Grèce (i): je ne vois aucune preuve que les produits de ces manufactures soient entrés pour beaucoup dans la balance de son commerce avec les au ta. 9
(1) Herod. L. 2,-c. 167; « ,
peuples. Il n'est parlé que déi ta£h qu'où y fabriquait cemme ayant formé une branche d'exportation (i). C'est donc le commerce d'entrepôt qu'elle devait à sa position géographique, qui a été la source de se» ri-» chesseSrf Tous les écrivains de l'antiquité se sont accordés à peindre Corinthe comme une ville riche où régnait le luxe; chacun a répété le mot si connu* il n'est pas per* mis à tout le monde d'aller à Corinthe (2)* pâtce qu'il est facile de répéter un dit-on populaire, mais personne n'a, songé à faire connaître les causes qui y avaient développé ces richesses. " *
Ce sont les avantages de sa position qui me paraissent j avoir fixé le commerce* A une époque où la navigation était dans son enfance, les marins craignaient de s'éloigner des côtes, et le plus souvent descendaient à terre pour prendre leurs repas; sous ce point de vue la marine des Grecs ne s'est point améliorée dans ses époques les plus brillantes, puisque Xénophon cite comme une des preuves des talens d'Iphi*
(i) Athen. deipn. L. i.
(%) SU. gtojr. L. 8. Suid. T«* 9re fantoê mndros etc.
crate, les mesures qu'il avait l'art de prendra pour n'être jamais compromis lorsqu'il abor-
. fiait pour les repas sur des cotes suspectes et même ennemies (r). Des marins de ce genre trouvaient de très-grandes difficultés a faire le tour du Péloponèse , ils en redoutaient les mers orageuses; aussi Corinthe , placée sur l'Isthme, ayant ses ports sur les deux golphes qui le forment, leur parut un lieu d abordage assuré; on y transportait les marchandises au travers ^du petit inter^ valle de terre qui les séparait, et les vais-
. seaux, tant ceux de l'Adriatique que ceux de l'Archipel, y chargeaient leurs cargaisons réciproques. De cette manière s'est formé le commerce d'entrepôt , source des richesses de Corinthe, qui devint un* centre où , d'un côté, les navigateurs «de F Adriatique et de la Sicile, de l'autre, eeux de l'Archipel, de l'Asie mineure et des côtes de l'Europe orientale vinrent terminer leurs courses -(*)• Voila où se bornent les renseignemens que
m nous ont donnés les anciens, aucun dVux n'a daigné nous apprendre les institutions
<0 Xen. hitL gr. L. 6 , c. 3. , **
(*) Str. geogr. t. S. Thuo hî*.L. a, c «9; h. 3, ciS »
que cette ville avait adoptées pour favoriser le commerce eL le faire fleurir , toutes les* questions qui tiennent: à l'économie publique leur ont paru ne mériter aucune atten^ tion. Pendant les crises qui ont agité la Grèce depuis la guerre du Péloponèse , et le développement de la puissance macédo-» nienne, Corinthe a vu diminuer son commerce, eflàrouché par les guerres où elle a été mêlée, les Romains ayant commencé à s'immiscer aux aflaires de la Grèce; mais ses richesses n'avaient pas été anéanties-, et bientôt elles ,£Xci$r«Dt la cupidité de ce peuple destructeur ^ son entière dé vas-* tatipn ,atl^ de , ses ri-
ches^j^^^^t^^ker^n^.^n.xlonne une raison ^^m^mj^m^ détruite,
■?^^tfnér^W^^ ïour la .puissance
téffk ^s un de ses traités réput<& m^m* qu'il a énoncé une pareille excuse (1)!
CéTTrlaWons parlent également d'Athènes comme ville commerçante depuis les plus
anciens temps, comme son origine est en-
(i) Cic. de offic L. i , c. ii.
totirée de fables, on ne peut se former aucune opinion certaine sur son commerce des époques primitives* En se rapprochant des temps historiques, on y trouve aussi le commerce exercé par les citoyens les plus .distingués; ainsi, dit*on, Solon , avant de devenir le législateur de sa patrie, s'était occupé du commerce (i). Daprès cela on devait s'attendre à ne trouver aucun préjugé contraire à l'exercice de cette industrie chez les Athéniens, et cependant s'ils pardonnaient au commerce en grand, celui en détail était entouré des mêmes préventions que l'exercice des art* (2). '>")
Aristote qui plus d'une fois a été influencé par les préjugés de ses contemporains, a développé dans ses Politiques sa manière de penser sur le commerce, ou peut-être il n'a été que l'interprète des opinions de son siècle. Jl distingue deux emplois que l'homme peut faire des objets , l'un naturel, et l'autre artificiel; l'emploi naturel d'une chaussure, ditil r est de s'en servir pour son usage, l'em-
il 11
(0 Plut, in Sol.
{2) Herod. L. 3,C. 167. „
êe-qûi constitue le commerce 11 ne considère comme licite que celu>-là seulement qui consiste dans l'échange des- objets qui manquent à un pays , contre l'excédent de ses productions. Il considère bien le numéraire comme devant servir de moyen à ces échanges, mais dès qu'il sert à se procurer des bénéfices par un intérêt quïon en 'retire, et lorsque le commerce devient une circulation d'objets,^ achetés pour les revendre ; iL n'est plus à ses yeux qu'une occupation dégradante (2), D'ap>ès cela le cabotage qui aurait vivifié la mauine d'Athènes r> et les ventes à l'étranger qui en auraient ^té -le résultat, se trouvaient condamnés par ses principes. Il revient encore sur cette idée dans un autre passage de son livre. 11 y pose en, principe qu'une nation ne doit voir dans le commerce que l'importation de ce qui lui manque, et l'exportation de son superflu, et ses spéculations ne peuvent embrasser que des objets de première nécessité. D'où il conclut que ceux qui ouvrent chez eux un majché général a toutes les nations,
(0 Arist. Polit. L. ,t, c. 6.
(2) AriaLPolitL. i, c 7* *
ce sont que des spéculateurs avides, rôle intolérable pour une cité (i). Ainsi Aristote dans tout ce qui précède limite le commerce 4 ses plus simples élémens.
J'ignore jusqu'à quel point les Athéniens a'ëcartaiènt dans la pratique dè ces principes rigoureux, mais beaucoup de considérations me portent à les regarder comme l'exprèssioff de l'opinion commune. Xénophon dans ses conseils sur les finances donne surtout celui de construire de Vastes magazins, où les ttégocians pussent déposer leurs marchandises (2); il faut en conclure que jusqu'à -lui , ces moyens d'encourager un commerce étendu avaient été extraordinairement négligés. On connaît peu en général la législation d'Athènes , aucun traité rfur ce sujet n'a été publié par des écrivains contemporains , le peu de lois qu'on connaît se trouve dans les plaidoyers des orateurs où elles sont citéés dans l'intérêt rie leiircâitfe: plusieurs d'entr'eux concernent dés affaires commerciales, on n'y voit rieti qui indique l'existence d'un code spécial de commerce,
(1) Arkft. polit L. 7» e. S.
{%) Xeo. rat. redil.
pareil à 'roi ni que nous verrons bientôt cbe*z les Rhodteos, tout s'y rapporte à des contestations sur des emprunts faits pour des expéditions dans le but de rapporter des
dans ses projets de finances , donne
de son côté le conseil de simplifier les formes judiciaires, afin d'attirer les navigateurs dans le port d'Athènes, d'où il faut conclure que de son temps le commerce y rencontrait peu d encouragement. On peut considérer le commerce d'Athènes comme ayant principalement eu pour motif les approvisionnement dp ce qui manquait pour ses consommations , s'élan^pe» écarté* par conséquent, de ridée que s'en faisait Aristote. Les Grecs s'habiliant d'étoffes tissées à la maison (i), peu d'objets manufacturés y étaient importés , aussi la majeure partie concernait les denrées que le sol de l'Attique ne produisait pas en quantités suffisantes, notamment les blés nécessaires pour ses consommations. Ainsi le pays ne produisant
qu'un peu d'huile et de fruits secs au-delà
(i) Aristoph. ntibes act. i, se. i. Alciphr. Epist. L. 3, ep. 4 ' : etc.
.... s Vvç ' }. ( 347 )
de ses besoins, qu'il pouvait livrer au com»merce d'exportation, était loin de pouvoir balancer ce qu'il recevait de l'étranger, et l'excédent devait être soldé en numéraire. Peu de pays auraient eu autant besoin de former un vaste entrepôt chez lui et de favoriser le cabotage comme Athènes , puisque tous les bénéfices de ce commerce auraient diminué et peut-être même couvert en entier la somme que son commerce-, comme eHe le faisait, lui coûtait chaque année v * » ■
Le commerce le plus actif d'Athènes était celui de la mer noire à cause des blés qu'elle en tirait, outre cet objet principal elle en recevait aussi des cuirs, du miel, des esclaves, du lin et quelques bois de construction (1); mais l'objet principal était les blés. A mesure que la démagogie a pris de la force dans Athènes, toutes les vues du gouvernement se sont portées sur les moyens d'en assurer les arrivages et d'en maintenir le prix à un taux modéré qui variait autour
(1) Str. geogr. L. 11. PoK hîst. L. 4- Theoph. hist. pùnt 43. 5,c. 3. Hetod. L. 2 » c xo5.
de cinq drachmes le madîmne (i). Les mesures les plus destructives du commerce furent prises pour assurer les arrivage*. Il était défendu aux citoyens d'en faire des approvisionnemens au-delà d'une quantité déterminée (2), Ceux qui faisaient ce commerce ne pouvaient, sans s'exposer à, des peines sévères, déposer leur cargaison dans un port étranger (3). Souvent même lorsque les circonstances pouvaient Caire craindre que les importations des commerçons ordinaires fussent insuffisantes, Je gouvernement en voyait des commissaires (SUonai) faire des achats en son nom (4). H est évident qu un commerce entouré d'autant d'entraves ne pouvait prendre aucune activité, et plus Athènes a voulu s'assurer les arrivages né-
(1) Dcmostb. in Phorm. in Laer. in JLcpt envir. 5 fr. '/. Ic quintal. Athènes était tellement dépendante det blés étrangers pour ses approvisionnemens, que vers la fin de la guerre du PélopOuèsa où les Lacédémoniens maîtres de la mer avaient intercepté la navigation , il en résultat une famine (Diod. Sic. L. i3t c. J07).
<*) Lys. in Dard.
(3). Dcmoit. in-Lacrit. in Phorm. advt Theocr. Lycurg. in Leocr.
(4) Demosth. pro Oes. Plut, in Demost». Sigon. de repuM. Âthen. L. 4 » c* 3.
cessaires pour ses besoins par des mesures coercitives, plus elle a éloigné le commerce de ses ports , car la liberté seule peut lui donner de l'activité.
Les renseignemens qu'on a sur les relations du commerce d'Athènes avec l'Asie mineure, là Syrie et l'Egypte, n'en donnent pas une idée diflereri te, c'était toujours ce qui manquait à la consommation d'Athènes qui en était l'objet (i); ainsi son commercé toujours passif ne pouvait prendra en aucun temps un grand développement.
Ce qui aurait pu lui donner une grande activité et faire cesser la balance défavora-* ble pour Athènes où il a toujours été, aurait été une industrie intérieure qui' ati5*rait fourni à l'exportation des objets manufacturés , qui aurait dû à la main d'œuvre un prix élevé, qui aurait couvert les dépenses d'achat des matières premières.
Mais l'industrie frappée de dédain, produisait à peine les objets nécessaires aux besoins d'Athènes, elle était loin d'avoir à en foui> nir pour son commerce d'exportation. L'exercice des arts dédaigné par ce peuple et
(i) Demos th. in Dionys.,
livré à une classe de domiciliés, et plus» encore aux esclaves, na jamais connu le parti qu'il aurait pu en tirer pour développer Jes richesses de sa république. Xénophon lui-mènie qui conseillait d'y attirer les étrangers industrieux , partageait tellement les préjugés de ses compatriotes y que nulle part il ne conseille de les encourager Kk .entreprendre quelque branche d'industrie, il trouvait plus noble, pour eux de croupir dans l'oisiveté. s *.f
Un fait seul suffirait pour prou ver combien j>eu le commerce d'Athènes aya*t de développement, c'est le taux éleyé ojj. se soutenait le taux de l'argent. Nous ypyons u par les plaidoyers de Démostbène, d QEschine etc. , qu'il était oixlinairement du douze pour cent (i)9 et s'élevait jusqu'à .tcçntp lorsqu'il y avait , des dangers ma^tjmes^ à courir ( 2). JSon seulement je pu^ic : empruntait à ce taux, mais les. sgffcula||iurs eux-mêmes s'y soumettaient (3j^s i Lorsqu'il -y a &?*d mouvement d'a^^H^"?
'■ ' . . , *.:\) , \. ■ — '-VL- y.;1 1 r.'.i r
(i) Demosth. in Apb. io Pantœn. Œsc^, Cfcsiph. „..{*).P«»M>$t|i. in Lacr. ip Pautccu. . .
(3) ïJwoph. caracl. § a3. . v
place il y a nécessairement beaucoup de ca» pitaux disponibles , dès lors l'intérêt de l'argent y diminue en proportion. Le taux de l'intérêt à Athènes confirme ce que j'ai déjà dit d'après le témoignage des anciens, mie son commerce se bornait aux arrivages des objets nécessaires à ses besoins du moment. \v lùpzQttA Hi'tv n .;s * Un autre centre de commerce, dont l'étude, sous le rapport de l'instruction, aurait été d'un bien grand intérêt, si les anciens nous avaient fait connaître ses institutions, c'est l'Ile de Rhodes, Mais malheureusement les questions économiques ont été trop étrangères aux écrivains de la Grèce. La plupart de leurs philosophes égarés dans les spécu-* lations d'une philosophie contemplative, ont dirigé leurs nombreux disciples vers ces études oiseuses qui les ont rendus inutiles à leurs contemporains, et leur ont fait dédaigner des études plus positives , telles que celles des institutions. Les historiens de leur côté, n ont jugé dignes deux que le narré desévénemens militaires , et cherchant trop l'effet dramatique, ils ont multiplié outre mesure les harangues qui ont banni toute discussion de leurs écrits. Ils se sont bornés
«relativement à Me de Rhodes, de dire va* guement que lé commerce l'a enrichie, sans daigner ajouter comment les habitant ayaienl eu l'art de le fixer chez eux, et par quelles institutions ils y étaient parvenus. On ne se douterait pas de la cause principale qui a contribué à le développer, savoir: les lois sages que les Rhodiens avaient adoptées sans le hazard heureux qui les a conservées jusqu'à nos jours, car aucun écrivain contemporain n'en a fait mention. Ni Xénophon lorsqu'il a donné aux Athéniens le conseil d'améliorer leurs formes judiciaires, ne leur a cité l'exemple des lois plus perfectionnées des Rhodiens ; ni Démosthene et le§ autres orateurs dans leurs nombreux plaidoyers, n'en ont fait aucune mention. Faut-il en conclure que les lois des Rhodiens n'ont pas été connues à Athènes, je ne le pense pas, il y avait trop de relations entre ces deux peuples, mais c'est une preuve du peu d'attention que les Athéniens faisaient aux institutions des autres peuples. Mais ces lois dédaignées par les Athéniens ont été mieux appréciées par les jurisconsultes de Rome, et plus tard lorsque Rhodes a été absorbée dans cet empire colossal, le code maritime
qui
•qui avait' vivifié son commerce fut adopté] *t à èii ferce de loi pour tous les cas où il navài^'ffes'été dérogé par des dispositions particulières. Compris de cette 'nianière dans la collection des lois romaines, c'est ainsi qu'il est parvenu* jusqu'à noifc.
- Nous- n'avons aucune notion sur la manière dont ce code a été formé par les Rhodiens, ni sur l'époque où il a commencé à être mis en vigueur. A-t-il été une création d'un jet , s'est-il au contraire formé successivement de dispositions adoptées à mesure des besoins? les Rhodiens l'ont-ils créé, ou l'ont-ils emprunté en tout ou en partie â d'autres peuples navigateurs? c'est ce qu'on ignore complètement. Aucun écrivain contemporain n'en ayant parlé, les traces de son origine et de sa formation sont perdues; toute conjecture qu'on pourrait former à cet égard seraient inutiles, puisque aucune donnée historique ne viendrait à l'appui.
Ce code maritime tel qu'il est conservé dans la collection des lois romaines, est une réunion de tous les cas qui pouvaient se présenter dans la navigation commercial?. On voit que le peuple qui en a été l'auteur a cherché à donner le plus d'extension
possible à son cabotage, en assurant les droits respectifs des propriétaires de vaisseaux et de ceux qui les nplisent pour le transport de leurs marchandises* Les cas de perte par négligence et par fraudes sont distingués et précisés, les cas d'avarie le sont pareillement dans l'intérêt des deux contractons*