‹ De l'ectopie inguinale du testicule: Son traitementChapitre 8 sur 14 · ECTOPIE {NGUINALE CHEZ L’'ADULTE DEPUIS L’AGE DE LA PUBERTÉ · texte numérisé non relu

ECTOPIE {NGUINALE CHEZ L’'ADULTE DEPUIS L’AGE DE LA PUBERTÉ

Nous venons de voir dans notre première partie que l’ectopie du testicule était souvent transitoire jusqu’au moment de la puberté. Malheureusement il n’est que trop de cas où cette infirmité reste définitive. Nous citions dans les premieres pages de cette étude la statistique de Marshall, et les déductions qu’en tiraient MV. Trélat et Peyrot (1). Tout cela s'applique à l'adulte. C’est sur des adultes que M. Godard, pendant quelques années seulement d’actives recherches pratiquait une dizaine d’autopsies d'individus atteints d’ectopie.

Il n’est pas enfin de conseils de révision (2) où des faits de ce genre ne soient constatés et ne motivent la réforme: « L'inclusion inguinale, crurale et périnéale, dit Lecomte (3), doit motiver l’exemption du service militaire. »

Nombre d'exercices en effet, peuvent devenir impossibles ou fort pénibles chez les gens atteints d’ectopie inguinale. Lisez Godard : (4) « Le testicule retenu à l’anneau

(1) Voir page 8.

(2) La fréquence des anomalies du siége de ces organes est telle, qne les médecins militaires sont à même d'en observer un grand nombre. — Baron Larrez. Discussion au sujet du rapport sur la thèse de Lecomte. Loc. cit.

(3) Lecomte. Thèse, Paris, 1851; n° 159.

(4) Godard. Recherches sur les Monorchides et les Cryptorchides. p. 20,

ne détermine souvent que du malaise. D’autres fois il occasionne de vives douleurs dans certaines attitudes ; la marche, la course, le coiït, etc., sont pénibles ; l’équitation est souvent incompatible avec cette anomalie, ear dans cet exercice la glande est à chaque instant comprimée. »

Aussi que de complications redoutables atteignent ce malheureux organe? C’est une pars minoris resistantiæ, que l’orchite, l'hydrocèle, le cancer se disputent comme une proie. La hernie aussi est fréquente et nous en citons plus loin, une observation personnelle.

Orchite. — Les causes de l'orchite inguinale sont les mêmes (1) que celles de l’orchite scrotale : le traumatisme (2), l’uréthrite quelle qu’en soit l’origine. De plus il faut noter des causes spéciales inhérentes au vice de position du testicule, comme les contractions musculaires, l’étranglement à l’un des anneaux, l'application maladroite d’un brayer.

L'orchite inguinale s'annonce habituellement par une douleur très-vive, tuméfaction et rougeur de la peau. Souvent la pression du cordon est douloureuse, car l’épidydimite (3) accompagne quelquefois l'inflammation de la glande. o

Cette affection peut se terminer par résolution comme

(4) On n’a pas d'observation d'orchite ourlienne inguinale.

(2) Baron Larrez a vu une orchite inguinale survenue chez un officier del’armée d'Afrique à la suite d'un coup de pied de cheval in thèse de Lecourt.

(3) Godard. — loc. citato p. 89 rapporte une observation d'epidydimite iliaque :

les autres orchites, mais elle peut acssi passer à l’état chronique ou bien, vu la persistance habituelle du conduit peritonéo-vaginal, donner lieu à une péritonite, entrainant presque toujours la mort du malade (1).

Le diagnostic de l'orchite inguinale est souvent bien difficile, parce que la tuméfaction s'étendant au scrotum ne permet pas dans certains cas de constater l’absence d'un testicule et parce qu’on voit fréquemment se produire par sympathie des phénomènes, simulant à s'y mépren dre l’étranglement herniaire (2). Mais n’anticipons pas.

Hydrocèle. — L'hydrocèle de la tunique vaginale dans le cas d'ectopie, a été observée par Richet, Chassaignae, Morel-Lavallée, Debout et d’autres chirurgiens. — Toutefois c’est une affection beaucoup plus rare que l'orchite. Nous trouvons dans la Xevue de Hayem l'observation suivante que nous citons abrégée :

OBSERVATION. — John M... ägé de 28 ans, fut admis le 6 octobre 1874 dans le service de Charles Steele (Bristol Royal Infirmary) pour une tumeur volumineuse de l’abdomen qui l’empèchait de marcher. Son testicule gauche n’était jamais descendu; il était situé dans le canal inguinal. Il y a 6 ans, après avoir fait

(1) Curling loc. eit. p. 38. — Ce chirurgien a perdu un malade de cette façon. .

(2) Pott cite le fait d'un jeune marin porteur d’un bandage pour une prétendue hernie. Ce jeune homme ayant fait une chüte à bord de son bâtiment, se heurta violemment la région ivguinale contre une pièce de bois. Douleur vive, instantanée, tuméfaction considérable. Un chirurgien allait l’opérer quand Pott appelé, finit par reconnaître qu'il ne s'agissait pas là d'une hernie, mais d’une orchite —.

Voyez Henrot — Pseudo étranglement. — Thèse de Paris, 1865.

une marche de plusieurs milles, ‘l sentit une douleur dans le testicule gauche, qui augmenta beaucoup de volume. Une tumeur molle se forma bientôt au dessus de lui et augmenta jusqu’à empècher complètement la marche; le malade éprouvait beaucoup de pesanteur, de gène et de douleur dans la région.

À son entrée, on constata une tumeur volumineuse saillante, mesurant 20 cent. en long et en large, au côté gauche de l’abdo- MEN, » 415 A la partie inférieure il y avait une masse solide de 5 cent. formée par le testicule non descendu et augmenté de vo-

lume.

Steele avec un trocart retira environ 900 grammes d’une sérosité claire, ce qui soulagea beaucoup le malade et permit de bien reconnaître l’état des parties. On laissa la cavité se remplir de nouveau, puis avec un long trocart munide sa canule,une contre-ponction fut pratiquée, et un seton passé dans la cavité pour déterminer la suppuration du sac. Le seton fut enlevé ensuite, mais au bouc d’une semaine, le pus ayant de la tendance à être retenu, une mèche fut placée dans chaque orifice Peu à peu la cavité diminua et cessa de fournir du pus. Une très petite collection qui ne pouvait se vider par l’ouverture commune, dut être ouverte isolément.

Le malade quitta l’hôpital le 2 décembre. Le testicule était peu volumineux; la cavité de l’hydrocèle revenue sur elle-même et apla'ie; une petite quantité de liquide était à peine appréciable. Pour favoriser la résorption de ce liquide et la diminution de volume du testicule on prescrivit un liniment ioduré et l’iodure de potassium à l’intérieur.

Aujourd’hui le malade peut faire sans fatigue plusieurs milles par jour et on ne constate pas d'augmentation de volume de la poche ni du testicule. (1)

Si nous avons rapporté cette observation, c'est surtout à

(D Rev Hayem, 1875, tome V, page 688.

cause du traitement qui fut employé. Peu de chirurgiens aujourd'hui en France feraient dans un cas semblable usage du séton.

Cancer. — Nous arrivons à la plus grave de toutes les complications de l’ectopie inguinale; la dégénérescence cancéreuse, Nous serons muets au sujet des autres tumeurs : «99 fois sur 100disent MM. Trélat et Peyrot les tumeurs qui envahissent le testicule ectopique méritent le nom de cancer.»

Quelle est l’étiologie de cette dégénérescence? (1!) « Dans presque tous les exemples consignés, dit M. Debout (2) on voit l’altération être le résultat de l'application d'un bandage. — La compression par l'irritation chronique qu’elle provoque, amène plus souvent la dégénérescence qui l’atrophie de l’organe. »

Il est certain que le carcinôme affecte plutôt le testicule en vice de position, que le testicule descendu, dans le rapport de 1 à 7.

Ce qui frappe, c’est $a prédilection pour les adultes. Dans la statistique de MM. Monod et Terrillon (3), l’âge des malades est indiqué 34 fois. Huit ont de 18 à 30 ans et douze seulement plus de 40 ans.

Hernie. — Comme chez l'enfant la hernie vient fré-

(4) M. Larrey aurait vu une dégénérescence cancéreuse se produire après un coup de pied de cheval. Le malade opéré par ce chirurgien guérit sans récidive. S'agiseait-il bien d’un carcinôme?

(2) Debout. Rapport sur la thèse de Lecomte loc. cit. p. 221.

(3) Monod et Terrillon. De la castration inguinale. Archives de médecine, 1880. ; :

Barreau. 4

quemment compliquer l’ectopie testiculaire inguinale de l’adulte. Souvent même l’entérocèle date du jeune âge.

Cette hernie est interstitielle, comme l'a parfaitement exposé M. Tillaux (1). Les rapports avec le testicule peuvent être variés (2); mais ce qui nous importe au point de vue curatif, c'est de savoir si la glande seminale est libre ou adhérente.

Dans ce dernier cas, commentrentrer la hernie, sans tirailler le testicule et comment appliquer le bandage, sans contusionner le même organe? Citons pour mémoire le fait du philosophie Zimmermann réduit par suite d’une adhérence semblable à quitter son bandage.

Diagnostie. — Le simple aspect des organes génitaux peut faire songer à l’ectopie : « le serotum qui à perdu sa forme bilobée, est représenté seulement par une poche unique qui pend au-dessous et sur le côté de la racine de la verge (3). »

Si la glande est arrêtée dans le canal on reconnaît par le palper ; « une tumeur dont le volume varie de celui d'un petit œuf à celui d’une fève. — Cette tumeur est le plus ordinairement fixe, d’autres fois elle jouit d’une certaine mobilité... quelquefois ovalaire, plus souvent aplatie » (3).

Le malade vous raconte bien souvent que depuis sa naïs-

(1) Tillaux. De la hernie inguino-intertistielle. Bull. gén. de thérapeutique 1871, 1er fascicule, p. 209.

(2) Si variés mème, que M. Rizzoli de Bologne décrit 18 variétés de hernie inguinale pouvant coexistér avec la migration imparfaite de la glande séminale ! in Schmidts Jahrbücher. 1863, T. CXVIII, p. 111.

(3) Godard. Recherches tératologiques Masson, 1857,

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