CHAPITRE IV
Etiologie
Etudier les causes des œdèmes d’origine hépatique, c’est étudier les causes de Pinsuffisance hépatique. Toute lésion du foie, de quelque nature awu’elle soit, à la condition d'entraîner un trouble de Ja fonction hépatique, pourra s'accompagner d’hydropisie. Si, le plus souvent, nous voyons ces œdèmes survenir chez des malades à la phase de pré-cirrhose ou de cirrhose confirmée, c’est bien que cette lésion est la plus fréquente des lésions du foie dans nos pays. Mais la simple congestion, aussi bien que la dégénérescence graisseuse du foie, peuvent déterminer des œdèmes qui seront tantôt généralisés et tantôt localisés. C’est en effet un des caractères de ces œdèmes : ils sont inconstants dans leur apparition, comme ils sont inconstants dans leur forme évolutige.
Si, maintenant, nous remontons aux Causes premières, c’est-à-dire aux facteurs des hépatités, nous voyons l’alcool venir se placer au tout premier rang. L'action nocive de ce poison sur la cellule hépatique n’est plus à démontrer et c’est là peut-être une des raisons pour lesquelles nous avons observé, dans notre pays, tant d’hépatites hydropigènes. Sur nos 29 observations, l’alcool paraît 17 fois en cause.
La syphilis peut, elle aussi, donner des hépatites dont le principal symptôme clinique sera l’œdème. Le Damany
pl 8 Soit
en a cité un bel exemple. Nous-mêmes, nous avons retrouvé 3 cas où ce facteur spécificité ne paraît faire aucun doute.
Comme dans un grand nombre de maladies, la tuberculose vient ajouter son action à celle de l’alcoo!l et de la syphilis par les lésions de cirrhose et de dégénérescence cellulaire qu’elle détermine.
L’œdème peut enfin être le seul symptôme clinique d’une insuffisance hépatique dont rien ne peut faire retrouver la cause. Chez un de nos malades (Obs. 28), rentré pour dysenterie, il se produisit, après quelques jours d’hospitalisation, un œdème marqué des jambes en mêmé temps que de la bouffissure du visage. En vain, on analysa son urine plusieurs jours de suite, il fut impossible d’y déceler la moindre trace d’albumine. Cependant, Ia matité du foie ayant une forme très irrégulière avec encoche que confirma la radio, on dosa l’urée. Chez ce jeune homme robuste et vigoureux on trouva 11 gr. 5 d’urée seulement. Il s'agissait donc d’une insuffisance hépatique hydropigène. Encore fallait-il déterminer la raison de cette insuffisance. La syphilis ne put être mise en cause, étant donné la négation de tout antécédent faite par le malade. L’alcoo!, il ne fallait pas y songer, ordinairement on n’est pas alcoolique à 27 ans et d’ailleurs aucun signe ne pouvait diriger les recherches dans ce sens. Etant donnée la forme irrégulière du foie, montrée par la percussion et Ia radio, on suspecta un abcès amibien en raison d’un séjour du malade aux colonies. À titre curatif ou d’expérience, on fit une série de 10 ampoules d’émétine dosées à 4 centigr., maïs la zone de matité hépatique resta la même. Cependant entre temps, les œdèmes ayant disparu, le malade se croyant rétabli demanda à sortir le 26 décembre. Trois semaines plus tard, il était déjà de retour dans le service, les œdèmes ayant reparu et le mettant dans l’impossibilité de travailler. Pas plus qu’à son premier séjour, l'examen des urines ne montra trace d’albumine. Par contre, la diminution de Purée
toujours notable (12 gr. 5) confirmait le diagnostic d’insuffisance hépatique qui fut prouvée d’autre part par une élimination intermittente du bleu de méthylène.
Ces œdèmes d’origine hépatique sont-ils fréquents ? Oui, pouvons-nous répondre immédiatement, étant donné, le nombre d’observations que nous en avons rassemblé. Encore faut-il noter que nous n’avons retenu que.celles sur lesquelles la discussion n’est pas possible. Systématiquement, nous avons écarté les observations où une néphrite ou bien une cardiopathie pouvait permettre une divergence d'opinion. De même, nous n’avons point relevé les cas de néoplasme du foie, l’œdème pouvant alors être mis sur le compte d’une cachexie. Nous avons rassemblé dans ces conditions 29 observations dont les plus anciennes sont de 1912. (Nous devons faire remarquer que, pendant la guerre, le service ayant été disloqué par la mobilisation de notre Maître, les observations prises ont été peu nombreuses, encore que beaucoup n’aient pu nous servir faute de renseignements précis).
Nous avons eu la curiosité de rechercher quelle était la fréquence relative des hépatites dans lesquelles l’œdème était l’un des principaux symptômes de l'insuffisance créée. Nous voyons que sur 53 observations d’hépatites de toute nature, 29, furent hydropigènes sans que ce symptôme puisse être rapporté à autre chose que l'insuffisance hépatique.
Pendant les dix années sur lesquelles ont porté nos investigations, il fut pris B2 observations de cardiopathies avec œdème et 27 de néphrite hydropigène.
Non seulement done, les hépatites hydropigènes existent, mais nous voyons qu’elles sont aussi fréquentes que les cardiopathies et les néphrites hydropigènes et qu’elles forment plus de la moitié des hépatites.
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