CHAPITRE V
Pathogénie
Pour expliquer j’œdème, au cours des maladies du: foie. quatre facteurs, sont aujourd’hui admis sans conteste
1° La compression de la veine cave inférieure par l’ascite;
2° L’oblitération des vaisseaux portes amenant un ra- Jentissement dans la circulation de la veine: cao)
3°-La cachexie terminale;
4 Une néphrite ou une cardiopathie intereurrente.
Aucun de ces facteurs ne peut être invoqué! pour expliquer les. œdèmes que-nous étudions et dont nous donnons Ies observations.
Comment, en effet, la compression de la veine cave inférieure ou J'oblitération des vaisseaux portes expliqueraient-clles les œdèmes pré-ascitiques souvent si fugaces ? Comment encore expliquer, par. ces mêmes facteurs, les œdèmes. qui se produisent dans le territoire de la veine cave.supérieure aussi, bien à la phase pré-ascitique- que quand Pascite est. volumineuse ? De plus, on'conmait Fe«périence qui-consiste.à, faire sur des chiens la ligature lente de larveine porte. À aueunmoment, ces animaux ne présenr tèrent d’ascite où trace d’œdème. dans le territoire de Fa veine cave inférieure. Chez eux, cependant, Ia circulation portale est ralentie et même, à certain, moment, supprimée. 11 faut donc chercher ailleurs.
La. cachexie terminale, les cardiopathies et les-néphrites
ne peuvent non plus être invoquées. Avec soin, nous avons trié nos observations et laissé de côté tous les cas sur lesquels la discussion aurait pu s'engager. Chez beaucoup de nos malades, nous rapportons même les chiffres de la tension sanguine prise à l’oscillomètre Pachon; et, l’on voit que cette pression est égale ou même supérieure à la normale.
Chez tous nos malades, l'examen de lurine fut négatif au point de vue de Falbumine. Nous avons retrouvé l’intéressante observation déjà publiée par Le Damany. On donna à la malade (Obs. 19) un supplément de 30 gr. de chlorure de sodium pendant huit jours sans que son poids augmentàt. Chez elle, il ne s’agissait donc pas d’un œdème par rétention chlorurée.
Comment alors expliquer ces œdèmes survenant au cours des maladies du foie ? Nous n’avons sur ce point aucune idée spéciale, aussi ne donnerons-nous aucun argument pour ou contre les deux théories émises.
Pour Le Damany, l’œdème consécutif aux hépatites serait dû au déversement dans la circulation sanguine de substances toxiques et il s’en explique ainsi :
«€ L’insuffisance du foie apporte toujours une grande perturbation dans le métabolisme des substances albuminoïdes. Cela est prouvé par la diminution de l’urée et augmentation de FPazote résiduel dans le sang. Les substances ainsi retenues dans la circulation sont plus voisines des colloïdes que des cristalloïdes, et, par conséquent, difficilement dialysables à travers la glande rénale. Rien d'étonnant à ce que le milieu sanguin, pour s’en débarrasser, en dépose une portion dans le tissu conjonctif en Py diluant avec de Peau salée ».
Dans sa thèse, Enot s'appuyant sur les travaux du Professeur Roger arrive à cette conclusion que le rein doit être mis en cause. Pour lui, comme pour Le Damany, le foie ne remplit plus son rôle antitoxique, mais l’œdème ne
serait que la traduction d’une néphrite secondaire, le foie et le rein étant unis par une « sympathie morbide », ainsi que l’explique le Professeur Roger. « Si la fonction ureopoietique du foie est troublée, dit-il, l’urée sera remplacée par d’autres substances dont quelques-unes seront nocives pour l’épithélium rénal et pourront provoquer une néphrite secondaire ». « L’œdème se produit donc, continue Enot, parce que le rein ne remplit plus son rôle éliminateur. Il y a trouble de la sécrétion aqueuse du rein, ce qui expliquerait la grande analogie des œdèmes hépatiques et des œdèmes brightiques ».
Quelle que soit la théorie adoptée, il resterait eñcore à montrer pourquoi certaines maladies du foie s’accoinpagnent d’œdèmes, alors que dans d’autres ce symptôme fait défaut, et pourquoi, dans certaines insuffisances qui paraissent légères, l’œdème prend des proportions considérables alors que dans des insuffisances graves 1l fait défaut et cela sans aucune règle. Autant de points qu’il serait important de préciser et, à notre sens, le chapitre des insuffisances hépatiques peut encore s'enrichir d’intéressantes découvertes.