‹ De l'Eden à MoiseChapitre 21 sur 79 · XXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVI INTRODUCTION

d'Israël. Dès le commencement , il imprima une direction aux grands événements du monde païen.

Quelle erreur ne serait-ce pas, en effet, de supposer que les peuples , infidèles aux traditions primitives et livrées au polythéisme, n'onl été comptées pour rien dans l'œuvre de préparation à l'avènement du Christ! Ces peuples accomplissaient leur part de l'œuvre préparatoire. Les historiens profanes l'appellent civilisation , progrès ; il n'importe. Il suffit qu'ils constatent à leur manière que l'humanité marchait vers un avenir meilleur.

Les égarements mêmes des nations faisaient partie de la préparation chrétienne.

Dieu, qui connaissait la fière indépendance, l'orgueil enraciné des hommes et la présomption coupable qui les induit à penser, aujourd'hui comme aux premiers jours, qu'ils n'ont besoin ni de la grâce pour se conduire, ni de la révélation pour s'éclairer, Dieu soumit les nations païennes à l'épreuve de leurs propres forces : il sembla se retirer d'elles ; mais c'était pour ramener à lui ces filles prodigues par le fait de l'expérience et de leurs propres malheurs. Il voulut que l'homme apprît, par un exemple décisif, à quels égarements sont exposées les civiHsations les plus brillantes, les philosophies les plus géniales, les littératures les plus exquises, quand elles sont privées du secours de la révélation.

Ce qui confirme la part que Dieu fit aux nations

LNTRODUCTION XXVII

dans l'œuvre préparatoire du règne du Messie, c'est l'histoire des grands mouvements politiques du monde. Dieu, qui avait résolu de rassembler dans son Église tous les peuples, avait préludé à l'unité spirituelle du monde par le rapprochement des nations les plus éloignées. Les conquêtes d'Alexandre et surtout celles des Romains, le commerce de tant de peuples divers autrefois étrangers les uns aux autres, et depuis réunis sous la domination romaine, ont été l'un des plus puissants moyens dont la Pro- ^^dence s'est servie pour son œuvre de rédemjition. D'une part , la langue grecque parlée , non seulement en Asie, mais encore en Egypte, en Italie, dans les Gaules, etc., devint le véhicule naturel des doctrines chrétiennes; et de l'autre, les Romains construisant ces routes solides qui traversaient les forêts, franchissaient les fleuves, abaissaient les montagnes, frayèrent la voie aux apôtres de l'Évangile, milice de paix marchant à la conquête spirituelle du monde sur les pas des légions victorieuses des Césars.

c< Les empires, dit Bossuet, ont, pour la plupart, une liaison nécessaire avec l'histoire du peuple de Efeeu. Dieu s'est servi des Assyriens et des Babyloniens pour châtier ce peuple ; des Perses, pour le rétablir; d'Alexandre et de ses premiers successeurs, pour le protéger ; d'Antiochus l'Illustre et de ses successeurs, pour l'exercer; des Romains, pour sou-

XXVlll INTRODUCTION

tenir sa liberté contre les rois de Syrie , qui ne songeaient qu'à le détruire. »

« Les Juifs ont duré jusqu'à Jésus-Christ sous la puissance des mêmes Romains. Quand ils Font méconnu et crucifié, ces mêmes Romains ont prêté leurs mains, sans y penser, à la vengeance divine et ont dispersé ce peuple ingrat. »

Développer la grande preuve des prophéties, avec toute l'étendue qu'elle comporte et toutes les questions qui s'y rattachent, serait donc montrer Jésus- Christ prédit à la terre , et sa venue préparée par le mouvement historique des nations ; ce serait prouver qu'il était présent au milieu des hommes avant son avènement, présent de l'autre côté du Calvaire , sur le versant de l'ancien monde, comme Verbe et déjà Sauveur. Le sommet du Golgotha est en efï'et le point central où l'historien doit se placer pour bien voir et bien juger toutes choses. C'est de là que le Christ a vivifié et dirigé non seulement le monde moderne , mais encore le monde ancien.

L'histoire sacrée et l'histoire profane se rattachent donc évidemment à l'avenir messianique. Les prophéties, substance de l'Ancien Testament et, en un certain sens, de l'histoire entière, sont les fondements du christianisme.

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