INTRODUCTION XXXIX
même des prophéties vient s'en ajouter une autre qui vient du temps.
A la distance oîi nous sommes placés, pouvonsnous nous flatter d'interpréter toujours aisément les prédictions jusque dans leurs détails, et de retrouver toujours les faits et les circonstances qui les expliquent et qui en montrent la pleine réalisation? Que l'on réfléchisse aux prodigieux changements survenus au sein de nos sociétés! Dans le monde ancien, et nous entendons par là les peuples païens aussi bien que le peuple juif, on était si convaincu que la Divinité pouvait dévoiler l'avenir, que l'on avait créé de véritables institutions chargées du soin de solliciter et d'expliquer ses oracles. Dieu s'est servi de cette disposition des esprits dans l'intérêt de ses grands desseins , en mettant des oracles de vérité à la place des oracles de mensonge. Les Juifs avaient leurs prophètes; les Ghaldéens avaient leurs collèges d'astrologues , les Egyptiens leurs devins , les Grecs et les Romains leurs sibylles. On vivait au milieu des prédictions, des énigmes, des oracles vrais ou supposés : on en connaissait la langue et les conditions.
Aujourd'hui la science des oracles est à peu près perdue , et , pour embarrasser les plus habiles , le sphinx d'Athènes ne serait plus nécessaire. L'ignorance où nous sommes nous rend à la fois moins perspicaces et plus soupçonneux à l'endroit des pro-