‹ De l'Eden à MoiseChapitre 35 sur 79 · II , XXII · texte numérisé non relu

II , XXII

* Kxod. xviii , 12.

3 Exod. vil, i8.

* Exod. II, 1:1.

■' Exod. VII el VIII.

" Exod. XIV, 0. Pour ces (lilli-ieiils us;if,^es, voir Miispcro, <)]>. cit., piissiin.

" l'Aod. xxxviii, 0-21. ^'oyez Iiitrathivl. à l'I'Jcrilure sninlc, J.-H. (ll.iiic, I. 111, i). 30.

promise, mais^ aux champs fertiles qui avoisineut Zoar, ville forte de la terre de Gessen*.

Parmi les châtiments dont Dieu menace l'infidélité d'Israël se trouvent les plaies d'Egypte, îz:-i];'2 "-r], in/irmitate.s .¥.([ypti ; les persécuteurs sont flétris d'un nom égyptien-; les chefs, schoferim , rappellent , par leur nom même , les scribes égyptiens ^.

Cette parole fameuse du Seigneur reprochant à Israël son ingratitude : « Souviens- toi que tu fus esclave en Egypte, » revient trois fois dans le seul Deutéronome *. En un mot, le séjour d'Israël au pays des pharaons est rappelé à chaque page ^ et sous toutes les formes ; ces allusions remplissent le Pentateuque , et elles sont reconnaissables jusque dans les lois. Les lois doivent être observées par reconnaissance pour Dieu , qui a délivré son peuple de l'Egypte : « Je suis ton Dieu, qui t'ai fait sortir de l'Egypte, » tel est le motif pour lequel Jéhovah demande à Israël son obéissance et sa foi^. Ce qu'il lui interdit, c'est d'imiter les usages mauvais de l'Egypte ', preuve évidente que l'Egypte était encore à l'horizon de celui qui promulguait la loi et de

* Gen. XIII, 10. Zoar ou Zar était une forteresse frontière cU)ut on a récemment découvert les ruines.

' Deut. vu, 13; xxviii , 60; Deut. xxviii, G8. ^ Deut. XX, 5. Les monuments les appellent scribes des miliciens.

* Deut. V, 13; xxiv, 18 et 22.

* Deut. VI, 21 et seqq.; vu, 8 et 18; xi, 3, etc. ® Exod. XX, 2; Deut. v, 6; cf. Exod. xxii, 21.

' Lev. xviii , 3.

ceux qui récoutaient. C'est enfin de l'opinion de rÉgvple que , dans la prévision d'un insuccès , se préoccupe le législateur : « Que penseront les Kgyptiens, demande Moïse à Jéhovah , si vous laissez périr votre peuple dans le désert ' ? »

Non seulement la loi l'ait allusion à l'Egypte et à ses coutumes , mais elle emprunte même aux usages de ce pays plusieurs de ses rites et de ses prescriptions. Le rituel lévitique, le costume des prêtres, l'arche, lurim et le ihumnim, les modes des sacrifices , les espèces d'offrandes rappellent les institutions sacerdotales du même pays^.

Gomment expliquer ce phénomène, si le Pentateuque , ainsi qu'on l'a prétendu , n'a été composé qu'au temps de Manassès? Gomment, par exemple, rendre compte de la loi suivante qui porte sa date et n'est , en effet , concevable qu'au temps où les Hébreux . au désert , regrettant l'Egypte , menaçaient Moïse d'y retourner : « Lorsque vous serez entrés dans la Terre promise , vous établirez pour roi celui que le Seigneur aura choisi... Vous ne pourrez prendre pour roi un homme d'une autre nation... Il n'amassera point un grand nombre de chevaux, et il ne ramènera pas le peuple en Egypte, . . . car Jéhovah vous a commandé de ne plus retourner sur vos pas ^ » Nous demandons à tout homme de bonne foi si un écrivain du temps des rois aurait

' Num. XIV, 13-14; cf. Exod, xxxii, i"2.

* Voir, sur ces emi)runts faits au rituel égyplieu, Vigourour, les Livres saillis el la critique rationaliste , t. III, p. 80.

* Doul. XVII, 10 et seqq.

été hanté à ce point du souvenir de l'Egypte? Non. Il n'aurait pas non plus décrit avec autant d'exactitude le désert de l'Arabie. Il n'eût pas marqué avec autant de précision l'ordre des campements et celui de la marche , noté les postes occupés par les diverses tribus, les noms de leurs chefs, etc. Tout cela ne pouvait être si soigneusement rapporté que par un écrivain tel que Moïse, vivant à son époque et placé dans les conditions d'un chef des Hébreux ^

Quarante années de la vie de Moïse s'écoulèrent en Egypte , au milieu de la cour, du bruit et des affaires ; mais quarante autres années se passèrent dans la solitude du désert, au milieu des soins de la vie pastorale. De même que le Pentateuque garde l'empreinte de la première condition de Moïse , de même il renferme de nombreuses traces de la seconde.

On aime à se représenter Moïse chef et législateur d'un peuple nombreux évoquant son passé et demeurant fidèle aux souvenirs du berger de Jéthro. L'impression des grandes scènes de la nature et les naïfs détails de la vie des champs ne s'oublient jamais. Nous cueillons presque au hasard dans le Pentateuque les réminiscence inconscientes des temps que Moïse passa dans la solitude de Madian, gardien des troupeaux de son beau -père.

Les alternatives de sécheresse et d'humidité qui se partagent l'année , et qui décident de l'abondance des moissons ou de la disette , préoccupent extrême-

' Voyez Eichhorn, Einleitung in das A. T.

ment rhomme des champs. La sécheresse et la phiie sont précisément un des termes de comparaison qui reviennent à chaque instant dans le Pentateuque. Les mœurs des abeilles ont attiré l'attention de rhabitant de la campagne : il sait leur colère et la vengeance qu'elles tirent de l'imprudent qui les a irritées. Le Pentateuque dira que les Amorrhéens poursuivront Israël comme les abeilles s'attachent aux pas de ceux qui les provoquent'.

Moïse paissant ses troupeaux répandus sur le flanc des montagnes suivait, au-dessus des profondes vallées, le vol de l'aigle chassant dans les airs : le Pentateuque dira : « Le Seigneur fera venir dun pays reculé un peuple qui fondra sur Israël comme un aigle fond sur sa proie ^ » Moïse s'était plu à considérer ce même oiseau, majestueux et redoutable , dominé par l'instinct paternel , nourrissant et élevant ses petits, les portant sur ses ailes. « Je vous ai portés, dit le Seigneur aux enfants d'Israël par la bouche de. Moïse, comme l'aigle porte ses aiglons sur ses ailes ^. »

Moïse raconte les craintes de Halac ; il reproduit les paroles suivantes du roi de Moab : a Les Israélites dépouilleront ce pays comme le bœuf tond l'herbe de la prairie*! » — « Malheur à Israël! s'écriet-il dans un autre endroit, malheur à Israël si Dieu Tabandonne , il sera conmie le troupeau qui n'a plus

' Deut. 1, 44.

'■* Doul. xxviii , 49.

^ Kxod. XIX, 4.

* Nuni. XXII, 4.

de berger M » Si. au contraire, Israël aime Dieu, Jéhovah portera son peuple comme le gardien du troupeau , quittant sa maison , porte aux champs son petit enfant suspendu à son cou-. Les mots du Pentateuque sont souvent empreints d'une forte saveur rurale : le persécuteur , par exemple , est comparé à la racine qui nourrit la ciguë et l'absinthe 1 Telles locutions que la délicatesse des villes a de tout temps bannies se retrouvent çà et là couramment dans le langage de Moïse : « Il sera la tête, et tu seras la queue^ ! »

Après l'habitant de l'Egypte et le berger de Madian , le chef du peuple et le législateur revivent dans le Pentateuque. On y remarque, mentionnés avec la plus rigoureuse exactitude , l'origine des nations, la fondation des villes, le dénombrement des tribus et de toutes les familles importantes,. l'ordre des marches, des campements, l'assignation des postes, les observations techniques sur l'Arabie. On y trouve une exposition méthodique d'une législation qui descend dans les plus petits détails*, fixe

' Num. xxvii , 17.

' Exod. XIX . 4.

^ Deut. XXVIII, 44.

* Cependant cette lë<;islation présente des lacunes considérables : mais ces lacunes mêmes témoignent en faveur de l'origine mosaïque du Pentateuque. Ainsi Moïse ne parle point de l'organisation politique d'Israël; il maintient le régime patriarcal. Les lois sur la royauté ne sont qu'hypothétiques : Moïse les promulgue plutôt comme pour détourner Israël de se donner un roi (Deut., XVII, 14; XXVIII, 36). Tandis quil règle si minutieusement les cérémonies et les droits des lévites, il se tait sur l'organisation future des tribus. On dirait qu'il pensait que le peuple continuera plutôt

les dimensions du tabernacle . détermine les matériaux à employer dans sa construction , énumère les autels, les candélabres, les vases, les tables, détermine l'ordre des sacrifices, le nombre, la nature , les qualités des victimes , les fonctions des prêtres et des lévites, les cérémonies consécratoires et même la forme des vêtements.

Avions-nous raison de dire en commençant que Moïse tout entier revit dans le Pentateuque^?

la vie nomade, et plusieurs lois ordonnent que telle chose s'accomplisse (.< hors du camp » ou « dans le camp » in sempiternum (Lev. XVI, 2(3-29; Num. xix, 2 et seqq. i. Il ne semble pas avoir prévu les inconvénients d'une telle organisation. Ces lacunes de la législation mosaïque font exclure l'hypothèse des « influences royales et sacerdotales » , sous lesquelles les néocriliques veulent que le Pentateuque ait été composé.

* Nous pourrions ajouter à tant d'indices montrant (juc Moïse est bien l'auteur du Pentateuque , les archaïsmes cpars dans chacun de ses livres; mais nous ne pouvons entrer dans des discussions de grammaire. Les archaïsmes du Pentateuque onl été l'objet d'études spéciales; on peut consulter sur ce sujet l'abbé Graffin, Etudes sur quelques archaïsmes du Pentateuque, dans les Comptes rendus du Corifjrès catholique, 18S8, t. I; Vigouroux, Manuel biblique, t. I, Authenlic. du Peut.

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