CHAPITRE V
MOYENS Ot'E MOÏSE EUT A SA DISPOSITION POUR ÉCRIRE LE PENTATEUQUE
Ce serait méconnaître profondément le caractère du Pentateuque que de le réduire aux proportions d'un livre humain . denvisager Moïse comme un historien ordinaire, et déjuger de l'autorité de ses écrits d'après les moyens purement naturels qu'il a eus pour les composer. L'autorité du Pentateuque repose avant tout sur l'inspiration divine, et ses garanties d'exactitude se trouvent, pour un chrétien, dans le témoignage de l'Eglise. Dieu a veillé à la fois sur la rédaction et sur la conservation d'un livre si important pour l'instruction des hommes dans toute la suite des siècles. On le comprend : la destinée du Pentateuque était, en quelque sorte, liée à l'accomplissement de la rédemption universelle.
Mais la Providence a voulu en même temps faciliter l'hommage de notre foi, en nous mettant sous les yeux les nombreux moyens humains fournis à Moïse pour le renseigner sur ce qu'il était chargé d écrire.
La critique apprécie rautorité d'un ouvrage historique en recherchant les sources auxquelles Fauteur a puisé , l'origine et la valeur des documents qu'il a pu consulter, en un mot ses moyens d'information.
Moïse a-t-il pu, humainement parlant, èlre bien informé des faits lointains qu'il raconte? Voilà une question qui, résolue affirmativement, aidera la foi de beaucoup de chrétiens. Nous pouvons combattre nos contradicteurs sur le terrain de la critique purement historique et avec leurs propres armes : pourquoi n'accepterions- nous pas la lutte à laquelle ils nous provoquent?
Si l'auteur du Pentaleuque n'avait raconté que des faits contemporains et dont il fut l'auteur ou le témoin, la question n'aurait pas sa raison d'être. Mais Moïse raconte l'histoire du monde depuis la création : n'a-t-il d'autorité , relativement à ces faits reculés , que pour le chrétien qui croit à l'inspiration?
La religion , ce premier intérêt des nations , n'avait, chez les Hébreux, pour raison d'être et pour l)ase que leur propre histoire. La révélation, c'est l'histoire même du peuple hébreu, et réciproqucinenl l'hisloire du peuple hél)reu se résout dans celle de la révélation. Les dates et les hommes qui importent le plus au point de vue national sont aussi les dates et les hommes les plus considérables au point de vue religieux.
Nulle part mieux que chez les Hébreux ne s'est vérifiée plus exactement ce qu'on a appelé la reli- </ion des .souvenirs. Les souvenirs, voilà leur dogme
et leur morale. On voit, par la Genèse, que les hommes de ces temps primitifs plaçaient parmi leurs devoirs les plus sacrés celui de conserver les traditions religieuses dans leur intégrité. Les chefs de tribus les rappelaient à leurs subordonnés , les parents les répétaient à leurs enfants : « Je sais, dit Jéhovah, qu'Abraham ordonnera à ses enfants, et à toute sa maison après lui , de garder la voie du Seigneur..., afin que le Seigneur accomplisse en faveur d'Abraham ce qu'il a promis*. » Les souvenirs du passé constituaient pour la famille d'Abraham la part d'héritage la plus précieuse à transmettre : c'était, pour ce peuple naissant, sa constitution , les garanties de son avenir, le titre de ses glorieuses destinées.
Les moyens de conserver la mémoire des événements étaient nombreux, et la tâche n'était pas difficile. L'histoire était réduite à la mémoire d'un petit nombre d'événements très frappants ; elle n'offrait pas cette multiplication de dates et de récits qui rendent nos histoires modernes si difficiles à retenir. Ce que racontait Moïse s'était passé, vu la grande longévité des premiers hommes , pendant la vie d'Abraham, de ses pères, de ses aïeux ou de ses fils et petits -fils : tous les faits se trouvaient renfermés dans le cercle de générations résumées en quelques individus, chefs de tribus et gardiens des traditions. Les descendants de Lévi , bisaïeul de Moïse, avaient vécu avec Jacob, et ils
* Gen. XVIII, 19.
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avaient vu Isaac. L?s fils de Jacob avaient vu Abraham, qui avait pu connaître ses aïeux jusqu'à Arphaxad , fils de Sem et petit-fils de Noé. Sans sortir de sa famille et seulement par la transmission de cinq à six groupes de témoins, Moïse pouvait savoir Thistoire jusqu'à Sem. Si nous nous tran5|îorlons au delà du déluge, nous trouvons que Noé et ses enfants, ayant vécu six cents ans dans l'ancien monde, remontaient à Enos, fils de Seth ; et Lameclî, père de Noé, était né lorsque disparurent les derniers Adamites ' .
Ajoutons que l'isolement où se tenaient les familles patriarcales, lesquelles étaient comme fermées aux influences du dehors, et les habitudes des longs récits inséparables des longs loisirs de la vie pastorale, étaient des conditions favorables à la conservation du souvenir des événements passés.
Ce que nous venons de dire suffirait déjà à montrer comment Moïse a pu écrire avec autorité les grands événements de la Genèse. Mais il existait, dans les temps primitifs, des moyens extérieurs plus ou moins ingénieux , mille procédés aujourd'hui négligés, pour conserver les traditions et secourir la mémoire. Avant la vulgarisation de l'écriture, ils
* En admcllant , comme nous le faisons dans notre calcul, (jue la long-évité des patriarches, élevée dans le texte biblinue à i)lusieurs centaines d'années, n'est aiili-c (jue leur survivance dans leurs enfants et leurs petits-enfants, jus{ju'i» l'apparition dans la famille d'an descendant fameux, la transmission des traditiuiis aurait sans doute un plus ^n-and nombre d'intermédiaires; mais parce (jue le canal de tiansmission serait pluslonjj, sa continuité n'en resterait pas moins sûre.
étaient en nsage clans toutes les familles, chez toutes les nations, mais surtout chez le peuple hébreu. Nous appellerons volontiers l'ensemble de ces moyens la mnémotechnie des vieux peuples. Parmi ces moyens, nous distinguons :
1° Les chants populaires.
Les nations, longtemps avant que la civilisation les éclaire et adoucisse leurs mœurs , se montrent sensibles aux charmes de la poésie et de la musique. Le^ c-hants, grâce à leur rythme, à leur tour vif et pittoresque et à leur brièveté , se sont conservés partout fort longtemps sans altération notable. Une génération les a transmis à une autre génération.
Or les grands événements, aux époques reculées surtout, ont eu le privilège de donner naissance à une multitude d'hymnes religieux et autres chants populaires. Le nom des héros, leurs hauts faits, leur généalogie quelquefois , ont passé dans des œuvres d'imagination, et ont été conservés pour Ihistorien, qui plus tard sait les y découvrir et les en dégager. Le chant a été la forme populaire de l'histoire avant l'histoire.
Ce fait, incontestable chez les Grecs, ne l'est pas moins chez les peuples d'Orient. Les Arabes, qui ont une origine commune avec les Hébreux et dont la langue se rapproche si fort de l'idiome hébraïque, ont aimé à chanter les grands événements, et ils ont gardé cette coutume longtemps encore après le commencement de leur domination en Europe.
Sans doute il ne faut pas confondre la poésie avec l'histoire : l'une a des licences, des exagérations et
dos audaces que l'autre réprouve. Mais qui pourrait nier les lumières précieuses que la poésie fournit à riiistoire , la poésie hébraïque surtout , avec son cai'aclère religieux et austère, ennemie naturelle des fictions et du mensonge?
Les récits du Pentaleuque offrent çà et là des passages de chants intercalés dans le récit. Le plus ancien de tous est sans doute celui que chanta Lamech et qui est connu sous le nom de Chant de Vépée. La (jenèse n'en a probablement inséré que deux fragments, le commencement et la fin. Voici ce cri de douleur échappé du cœur du meurtrier involontaire :
Adah et Cillah , écoutez ma voix !
Femmes de Lamech , prêtez l'oreille à ma parole !
J'ai tué un homme qui m'a fait une blessure,
Un jeune homme qui m'a fait une meurtrissure.
Si Gain a dû être vengé sept fois,
Lamech le sera septante fois sept fois ' !
On connaît les beaux chants dont on fait honneur à Moïse. Les grands événements qu'il a racontés en historien s'y reflètent avec leurs vives couleurs. Les faits, sans doute, y sont poétiquement décrits, mais nullement faussés et facilement reconnaissables. Il y a cette remarque à faire à l'avantage des cantiques de la Bible comparés aux poésies grecques, par exemple, c'est que ces cantiques étaient composés non dans le but de plaire et de flatter l'imagination, mais uniquement pour en extraire une leçon morale
' Geu. IV, 23-24.
OU perpétuer la mémoire d'un grand homme ou d'un ofrand événement.
2" Les proverbes.
Les proverbes les plus populaires ne sont pas ceux qui se bornent à exprimer une vérité de sens commun, mais ceux où le nom d'un homme et le souvenir dun fait interviennent comme exemple. Or, sitôt qu'un événement considérable a frappé l'imagination d'un peuple, les proverbes historiques se multiplient. Ce sont les plus aimés et les plus reproduits. Ce phénomène est de tous les temps. Que Ton se rappelle la multitude de proverbes historiques auxquels ont donné lieu , en France , les deux invasions de 1814 et de 1815, et, s'il est permis de le dire , les souvenirs détestés des Cosaques et des Prussiens. Les noms de César, d'Alexandre et de Napoléon seront peut-être, pendant toute la durée du monde , mêlés à des locutions proverbiales en Europe. On ne peut douter qu'il existât de pareils proverbes au temps de Moïse, puisque lui-même nous fait remarquer que l'on disait encore de son temps : Chasseur comme Xemrod : Lnde exivit proverhium : Quasi Nemrocl robustus venator coram Domino *.
3° Les noms propres.
Les noms des personnes et des lieux sont souvent suggérés par les événements. Eux aussi reflètent plus ou moins la couleur historique du temps de leur apparition. Mais cette observation, qui n'est
* Geii. X, 9.
applicable, dans des temps comme les nôtres, qu'à qiiehpies noms propres , convenait dans les âges primitifs à tous ceux qui étaient alors donnés pour désigner les personnes et les choses. Il semble que tous les noms propres aient eu alors leur signification. On voit en eft'et, par la Genèse, que chacun des noms qu'elle cite avait son sens et son intention. Ils rappelaient l'histoire d'un lieu ou d'un homnu^ Abraham, Isaac et Jacob sont des noms significatifs. Le mot Isaac rappelle le rire de Sara; le mot Jacob rappelle comment le fils de Rébecca supplanta Ksaû, et celui iV Israël comment il fut fort conlre Dieu.
Nous ne voulons pas donner à ces trois moyens de fixer les souvenirs plus d'importance qu'ils n'en ont. Nous savons qu'un cantique est un récit vague et poétique, qu'un proverbe devient aisément obscur, et qu'une étjmologie peut quelquefois être douteuse ; mais si chacun de ces moyens . pris séparément , n'est pas d'une efficacité complète , les trois moyens réunis ont pu former un précieux témoignage pour l'historien de la Genèse , témoignage qui devait d'autant moins lui faire défaut, qu'il se borne à raconter des événements retentissants, ceux que les cantiques, les proverbes et les noms propres ont précisément pour objet de rappeler. Mais ces trois premiers moyens commémoratifs de l'histoire se relient à d'autres d'une plus grande importance.
4" Les ràouïs.
La mémoire chez les peuples anciens élail prodigieusement exercée. Cette faculté, toujours libérale,
donne en proportion de ce qu'on lui demande ; et on se représenterait difficilement tout ce que chez les Arabes, avant Mahomet, certains hommes revêtus d'un caractère public pouvaient en obtenir. Nous n'osons appeler ces hommes des rapsodes ; les rapsodes avaient surtout pour but de satisfaire la curiosité , tandis qu'ici le rôle était plus sévère : ces hommes étaient chargés d'instruire. Les Arabes les appelaient j^toiiïsK Les Indiens connurent aussi cette institution , et les hommes qui en faisaient partie eurent le nom de pourunavidus.
Les Hébreux ont aussi possédé leurs râouïs et leurs pouranavidas. Il est permis de le conjecturer. Sans vouloir suivre ici les rationalistes qui prétendent que les Arabes et les Hébreux se ressemblent de tout point, et qui ne tiennent compte ni de l'adoption disaac par Dieu, ni de l'expulsion d'Ismaël, ni des conséquences immenses de ce double fait, nous croyons que les mœurs des Arabes aident à faire comprendre ce qui se passa chez les Hélîreux des premiers siècles. Nous invoquons leur exemple avec raison, puisqu'il y eut entre eux, à l'origine, communauté de mœurs comme identité de souche ; l'induction la plus légitime nous conduit à penser que les mœurs des Arabes ont été , sous de nombreux rapports, les mœurs des Hébreux avant jNloïse.
Le Rifâh-el-Ac/h/ini , dans les parties qui ont été publiées, nous fournit au sujet des ràouïs de précieuses lumières. En particulier, le morceau sur
' Voyez Ewah\,Geschichte des Vollictt hraôl , t. I. p. 27.
Hammâd , le conservateur des traditions, mérite d'être consulté. C'est merveille que la quantité de récits, de chants, de proverbes et de généalogies les ràouïs confiaient à leur mémoire ! Cette faculté, le principal moyen alors d'arracher à l'oubli les hauts faits du peuple , acquérait , en se prêtant au rôle qui lui était temporairement confié, une ténacité et une compréhension prodigieuses.
Lorsque les califes et les émirs se présentèrent sur la scène du monde en dominateurs et en maîtres, ils ne manquèrent pas d'appeler à eux les râouïs qui , comme des livres vivants , avaient conservé dans leur forme naïve et première la peinture des événements reculés. Ce sont leurs récits qu'ils prirent soin de fixer par l'écriture. Ces récits, le lecteur le comprendra, deviennent moins complets et moins sûrs à mesure qu'ils s'enfoncent dans le passé; ils présentent des lacunes considérables, des fables et des erreurs chronologiques. Au temps de Mahomet , les Arabes n'étaient plus dans les conditions heureuses où se trouva Moïse quand il voulut écrire. La multiplicité des événements secondaires laissait une trop rude lâche à la mémoire , et la courte vie des hommes multipliait plus qu'il n'eût fallu les successions des râouïs. Voilà pourquoi, indépendamment des autres raisons , on ne peut établir aucune parité entre la véracité des histoires arabes et celle du Pentateuque. Au temps de Moïse, l'institution des râouïs pouvait exister avec tous ses avantages , et sans aucun des inconvénients que nous venons de signaler.
5° Les monuments.
Les monuments de lantiquté la plus reculée consistaient en autels, en tombeaux, en puits, en petites stèles ou en gigantesques pyramides. Ils ont dû leur origine soit à une pensée pieuse envers la divinité, soit au désir de perpétuer le souvenir des rois et des grands hommes, quelquefois à l'orgueil.
C'est un fait certain que l'ancienne Palestine était couverte de monuments. La ressource précieuse qu'ils offraient à l'historien est incontestable : des dates, des noms propres, des règnes, des victoires et des défaites , des miracles , des prophéties , des apparitions de Dieu , des calamités et des gloires publiques revivaient plus ou moins sur ces monuments.
Les mémoriaux de pierre élevés par les Hébreux au temps d'Abraham , d'Isaac et de Jacob , n'avaient sans doute ni la grandeur ni la richesse des monuments de l'Egypte ; mais c'est pour cela précisément qu'ils devinrent plus nombreux. A chaque instant dans le Pentateuque il est question de ces humbles constructions commémoratives : ici c'est un puits, là un autel, ailleurs un tombeau. Ce n'était point l'orgueil qui dressait des monuments superbes ; c'était la piété qui cherchait à se satisfaire et à perpétuer un enseignement utile. N'est-ce pas là une garantie de l'exactitude de leurs informations? Tels furent le tombeau d'Abraham à Hébron, la pierre de Jacob à Bélhel, le monument élevé par Laban et Jacob sur la montagne
GÔ PRELIMINAIRES
de Galaad '. Ces constructions, dans leur indigence , n'excitaient point la cupidité ; leur solidité les défendait contre le temps, et la religion dont ils étaient l'expression les entourait du plus saint respect : ainsi ont-ils subsisté jusque dans des âges fort éloignés de leur fondation et joui d'une sorte d'immortalité. Entourés de ces monuments si chers, élevés par leurs ancêtres, les Hébreux se montrèrent justement fiers d'y lire avec confiance l'histoire merveilleuse de leur passé. De quelle sorte d'aiitorité ne devaient pas jouir les traditions qui expliquaient ces monuments et auxquelles , à leur tour, ces monuments rendaient hommage?
Lors même qu'ils eussent tous été dépourvus d'inscriptions , ce qui est loin d'être certain , le fait seul de leur existence suffisait à perpétuer le souvenir des faits qui leur avaient donné naissance ? Le nom qu'ils portaient en hébreu indique par une vive image le service qu'ils rendaient à l'historien : c'est un composé de ar, nom, monument, et de i% main. Le monument était la main qui , dans la route
^ Cet usage délcver des nionumenls en souvenir des événements importants est constaté par de nombreux passages de la Bible. Il se conserva longtemps. Samuel , après l'importante victoire remportée sur les Philistins et dont le prix fut une paix glorieuse et durable , fit élever sur le champ de bataille une i)ierre qui s'appela la Pierre de la victoire, et celle pierre donna son nom à la contrée (IHeg. VII, 12). De même, au retour de la campagne (ju'il fit contre Amalec , il éleva sur le Carmel un monument qui subsista longtemps (xv, 12). David fit dresser des monuments après sa vicloiro sur les Syriens ( II Reg. viii, 13). L'usage parut si recommandable, (ju'il fut imité par les voisins d'Israël, ainsi que nous le voyons par la slèle de Mésa.
AUTORITK DU PENTATEL'QUE 67
incertaine de Thistoire , indiquait le chemin et mesurait la voie.
6° Les institutions.
Lne fête qui revient chaque année en mémoire d'un événement considérable, soit d'une victoire, soit d'une délivrance, rappelle nécessairement le fait qui en est l'objet. Le souvenir de la sortie d'Egypte, par exemple, n'eut pas de plus puissant moyen de conservation que l'institution de la fête de Pàque. Le Pentateuque nous montre que c'était un acte pieux et le devoir dun père de faire remarquer à son enfant le but et l'occasion d'une fête. « En ce jour- là, le père dira à son fils : Je fais ceci en mémoire de la grâce que le Seigneur m'a faite lorsque je sortis de TK^ypte. Et ce sera comme un signe dans votre main et comme un souvenir devant vos yeux, afin que la loi du Seigneur soit toujours dans votre bouche... Vous observerez ce culte tous les ans, au temps ordonné '. o — « Quand donc votre fils vous interrogera un jour et vous dira : Que signifie cette fête? ^'ous lui répondrez : Le Seigneur par la force de son bras nous a tirés de l'Egypte , où nous étions esclaves -. »
Nous ne connaissons presque rien des fêtes célé- Ijrées par les Hébreux avant leur séjour en Egypte; mais une induction légitime nous conduit ici encore à leur en supposer d'analogues à celles que nous voyons établies de toute antiquité chez les peuples sémitiques.
' Exod. XIII, 8-10.
- Exod. XIII, 14-16.
68 PRÉLIMINAIUnS
La division du peuple par tribus , antérieure à Moïse, était une garantie de conservation, non seulement pour la prophétie de Jacob et pour l'histoire de ce patriarche , si étroitement liée à celle d'Abraham, mais encore pour les souvenirs particuliers qui se rattachaient à chaque tribu. L'émulation naturelle des tribus devait rendre chacune d'elles très scrupuleuse à conserver les institutions qui intéressaient sa propre gloire. Or Abraham est le centre des événements racontés dans le Pentateuque. Sa vie marque la transition des temps primitifs à un âge relativement nouveau : avec lui, l'histoire générale finit et celle d'Israël commence. 7° Les documents écrits.
Les écrivains de l'Encyclopédie affirmaient avec assurance que l'ai-t d'écrire n'avait pas encore été inventé au temps de Moïse. La science n'en est plus là. Ne suffit-il pas de faire remarquer que nous avons dans nos musées des papyrus couverts de caractères, qui ne remontent pas seulement à Moïse, mais qui sont antérieurs de plusieurs siècles à ce prophète? On parlait et on écrivait l'assyro- babylonien , la langue sémitique des inscriptions cunéiformes de la Ghaldée et de l'Assyrie, quatre mille ans avant l'ère chrétienne. Abraham et les premiers ancêtres de la nation israélite sortirent donc d'un pays où l'écriture était connue et pratiquée depuis deux mille ans'. D'un autre côté, lorsque ce pa-
« Les savants admettent aujourd'hui i\\\c le groupe de Sémites (jui vint de Clialdéo en Palestine, sous la conduite d'Abraham, pailail liéijieu.
triarche arriva dans la terre de Chanaan, il y trouva le langage hébreu -phénicien, dès lors fixé dans ses éléments essentiels, et tel qu'il subsistait dix ou douze siècles plus tard , par exemple au temps de David • . Le peuple phénicien commençait à se servir de l'écriture cursive qui lui est propre , concurremment avec l'écriture cunéiforme , ainsi que le prouvent les fameuses lettres des princes chananéens découvertes à Tell-el-Amarna. M. Renan ne serait plus en droit aujourd'hui de laisser dans son Histoire d'Ismël cette affirmation qu'il répète sans cesse et dont il fait une objection capitale contre l'authenticité du Pentateuque : n L'écriture n'était pas employée chez les peuples de Chanaan au temps de Moïse '. »
Ainsi la nation israélite est née , elle a grandi dans un milieu relativement éclairé. Les découvertes modernes nous montrent que, de l'Euphrate au Nil, les chefs de peuples et même de tribus correspondaient entre eux. En Chaldée, en Syrie, en Palestine, les lettres furent des morceaux d'argile couverts de caractères cunéiformes^, pendant qu'en
* Cela résulte de la nomenclature des noms propres de villes et de peuples qui nous a été conservée à la fois par la Bible et par les inscriptions des conquérants égyptiens qui envahirent la Palestine après l'expulsion des rois pasteurs. La correspondance des princes chananéens avec les pharaons, découverte récemment à Tell-el-Amarna, bien qu'écrite en cunéiformes, nous montre aussi, par les noms propres qui y sont cités, que l'hébreu-phénicien était la langue de la Palestine antérieurement au xv*' siècle avant notre ère.
2 Ilist. du peuple d'Israël, t. I, pp. 227 et 38o; Cf., pp. 181 et 209.
3 Le scribe assyrien était toujours pourvu de galettes de terre
Egypte les bibliothécaires royaux el les prêtres écrivaient sur le papyrus'. Si indifférents qu'aient
fine et ductile, assez molle, et (l'iiii slylet en silex ou eu métal, taillé à rcxlrémité en biseau ou en coin (d'où le nom d'écriture cunéiforme). Il appuyait celte pointe sur Targile, et il couvrait les deux faces de lignes pressées , (jui parfois débordaient sur les tranches (Musée de rarchevèché de Tours). La gravure terminée, le scribe envoyait son œuvre au potier, qui cuisait l'argile dans son four. Ces livres étaient très incommodes sans doute; mais que de périls leur étaient évités! Ils n'avaient à craindre que d'être réduits en poussière. Ni le feu ni l'eau ne purent rien contre les livres de la Chaldée. Protégées même par les ruines, les tablettes revoient le jour, après des millions d'années, aussi lisibles qu'en sortant du four cpii les a cuites. M. Sayce a indiqué de bonnes raisons de croire que les Chaldéens des vieilles dynasties connurent le papyrus, soit qu'ils le fabriquassent eux-mêmes, soit qu'ils le fissent venir d'Egypte ( Tlic use of Papyi'us among the Accadians, dans les Transactions of Ihe Soc. hihl. Arch., t. I, p. 343). Sur les monuments on voit fiéquemment les scribes enregistrant le butin ou écrivant des lettres sur des tablettes et sur une matière souple, papyrus ou peau prépai'ée (Layard, fhe Monuments of Xineveh, 2'"« s., pi. 19-37). Quant à ses origines, l'écriture cunéiforme a probablement été inventée par les Sumériens, longtemps avant que les Chaldéens fussent constitués en nation. Le jour où les Sémites se l'approprièrent , l'idiome sumérien emprunta à l'idiome nouveau (Maspero, op. cil., p. 720-728).
1 La littérature était déjà développée à Memphis au temps des constructeurs des pyramides. Un des tombeaux de Gizeh est celui d'un bibliothécaire royal de la VI*-' dynastie, xxviii'^ siècle avant notre ère. Le papyrus Prisse, conservé à la Bibliothèque nationale, nous offre une copie, peut-être contemporaine, d'un livre composé sous l'avant-dernier roi de la V"= dynastie, par un vieillard de sang royal (pii cherchait à utiliser les loisirs de son âge en décrivant les misères de la vieillesse : « Avec la vieillesse revient la faiblesse enfantine; le vieillard reste couché, souffrant; chaque jour les yeux se rapetissent, les oreilles se resserrent, la force s'use, plus de joie au cœur; la bouche se tait, elle ne parle plus; la mémoire s'obscurcit, il ne se rapi)elle plus hier. » Le sage attribue sa longue vie à sa docilité. Après avoir exalté l'obéissance, il dit de lui-même : « Je suis devenu ainsi un ancien de la
pu se montrer les Hébreux aux progrès des civilisations parmi lesquelles ils vivaient, on ne doit pas croire que tous v restèrent étrangers. Quelques-uns s'y mêlaient. M. Reuss n'est pas en droit de se moquer de ceux qui regardent comme fort admissible la présence de textes écrits sous la tente et qui « croient, dit-il en exagérant, à une bibliothèque patriarcale ». L'étude n'est point incompatible avec la vie nomade. Les populations au contact desquelles vivaient les fils d'Abraham avaient certainement parmi eux des schoterim ou scribes ' . « Les familles chaldéennes, dit Maspero, avaient leurs archives privées, qu'elles augmentaient rapidement de génération en génération ; elles y accumulaient, en même temps que les preuves de leur propre histoire, la partie de l'histoire des familles avec lesquelles
terre; j'ai parcouru cent dix ans de vie avec la faveur du roi et la louange des anciens, en remplissant mon devoir envers mon prince. » Un autre traité, contenu dans le même manscrit, et dont il ne reste plus que quelques pages, était encore plus ancien : il avait été composé sous la III*^ dynastie. C'est un recueil de proverbes, dont nous ne citons qu'un exemple : « La considération fait trouver toute place bonne ; un petit échec suffit pour avilir un très grand homme. » Pour se rendre compte de la diffusion de l'écriture en Egypte à l'époque de Moïse, il suffit de jeter un coup d'œil sur l'ouvrage de M. Maspero : De la correspondance épistolaire chez les anciens Egyptiens. Les papyrus étaient si multipliés, que les médecins pouvaient ordonner ce remède étrange : « Contre la constipation : prendre un vieux livre, le faire bouillir dans l'huile et l'appliquer sur le ventre. « {Papyrus Ehers, pi. 78; Cf. Maspero, Ilist. anc. des peuples de l'Orient classique, t. 1, p. 219 et 308). Le papyrus bouilli dans l'huile avait une vertu analogue à celle d'un cataplasme de farine de lin.
' Exod. V, 6, 10, 15.
elles avaient conclu des alliances on noué des relations d'affaires ou d'amitié ^ »
N'est-il pas probable que la tribu abrahaniique avait ses scribes * ? Plus tard , les rapports des Sémites avec l'Egypte ne purent que développer un art si répandu dans le pays. Quelques Hébreux au moins devaient savoir lire et écrire, ne fût-ce que pour les vulgaires nécessités de la vie. Ce qui ne peut être nié , c'est que l'art d'écrire était devenu commun parmi eux à l'époque de l'Exode ^ et des Juges*. Au temps de David ils faisaient probablement usage de l'écriture cursive \ et sous Salomon dix mille scribes étaient occupés à transcrire la loi de Dieu.
Les Hébreux, sortant de l'Egypte, connaissaient l'écriture. La différence radicale de leur alphabet
' Maspei'o, o/). cit., p. 732. On ne saurait s'imaginer combien récriture cunéilorme, malgré les difficultés de son exécution, était répandue. Tous les actes de la vie publique étaient enregistrés en double rachats de terre, contrats de mariage, prêts ;\ intérêts, vente d'esclaves, etc.
* Les découvertes de Tell-el-Amarna prouvent qu'en diverses villes de Palestine il existait, cent ans avant l'Exode , des bibliothècjues, et par conséquent des bibliothécaires, des livres et des écrivains. Ces découvertes confirment le livre de Josué, où il est parlé de Kiriat-Sepher, la << cité des livres », encore appelée Kiriat-Sannah, « la cité de l'instruction. » Elles confirment aussi le passage fameux du cantique de Déborah, (|ui parle des descendants de Zabulon maniant le roseau du scribe, shcbhet sopher. (Voir sur ce sujet H. A. -II. Sayce, The hitjher crilicism and (lie verdirl of tlie munuments.)
^ Exod. XVII, 14.
* Jud. VIII, 14.
'■' Ps. XLiv, 2 : « I.iiigua mea calamus scribae velociler scribentis. I) (lependanl la dalc de ce psaume est douteuse.
avec celui des Egyptiens ne permet pas de croire qu'ils l'aient emprunté à leur pays d'adoption, La similitude ou du moins lévidente parenté de l'alphabet hébreu avec l'alphabet phénicien autorise plutôt à supposer qu'ils apportèrent avec eux, sur la terre d'Egypte, un système d'écriture déjà complet. La conséquence de ce fait serait que, quatre cents ans avant Moïse, les Hébreux possédaient déjà l'écriture*. Connaissant l'écriture, comment n'en eussent-ils pas tiré parti au point de vue familial et national?
On a la preuve matérielle de documents écrits insérés dans la Genèse. Nous citons en particulier les chap. x et xxxvi. La mémoire aurait eu de la peine à retenir longtemps, sans confusion, ces tables généalogiques, qui ne sont qu'une nomenclature aride composée de noms propres. Qu'on lise avec attention les vieux récits de la Genèse, les détails sur les Edomites, la description d'Hébron, et spécialement le récit du chap. xxiv. Il y a là des détails si précis, des informations si exactes, une couleur locale si accusée , une impression si fraîche des événements, que les pages qui les renferment doivent être contemporaines des événements euxmêmes. D'autre part, les noms propres d'hommes et de lieux sont si peu ménagés, que ces récits n'ont aucunement le caractère de morceaux composés pour être récités de mémoire et conservés par des
* Le séjour en Ej^yplc n"a pas exercé nue influence apprécial)le sur lidiome des Israélites; à peine trouve -t-on danslhébreu quelques termes empruntés au vocabulaire égyptien.
râoiiïs hébreux. Enfin nous trouvons un témoignage formel de ces monuments écrits auxquels se réfère expressément Moïse , dans le passage des Nombres , où le législateur historien cite positivement un livre auquel il renvoie le lecteur : « C'est pourquoi il est dit dans le Livre des (juerres de Jé/ioi\ih : Chantons ce que le Seigneur a fait dans la mer
Rouge etc.'. » Il est bien difficile de supposer
que ce Livre des guerres ne remonte pas au delà de Fépoque de Moïse, peut-être jusqu'au temps des guerres racontées dans le chap. xiv de la Genèse. Le récit du passage de la mer Rouge et celui des guerres aux bords de l'Arnon y auraient été ajoutés dans la suite.
Il n'est pas contraire à l'inspiration divine du Pentateuque de supposer que Moïse utilisa les monuments écrits qu'il avait sous les yeux. C'est Dieu qui inspirait à son serviteur de se servir de ces documents, et qui dirigeait les emprunts qui devaient être faits à des livres écrits peut-être de la main des patriarches ou de leurs enfants.
Le fait des emprunts de l'Écriture sainte à des livres étrangers est d'ailleurs indubitable. Le livre des Rois cite les ouvrages mêmes dont l'auteur s'est servi. Saint Paul n'a- 1- il pas rapporté dans son épître à Tite' un vers d'Kpiniénide, poète crétois, cl invoqué le témoignage d'Aratus ^ ? Nous le répétons . toutes ces citations n'ayant eu lieu que par
* Nuni. XXI , 14.
2 Tit. I, 12.
a Atl. XVII, 28.
un mouvement de l'inspiration den haut, ne la contredisent pas. Si le Pentateuque n'a pas toujours cité les sources qui ont servi à sa rédaction, on peut en donner pour raison que les écrits de ce temps étaient anonymes, et ne constituaient la propriété de personne. C'était la voix des patriarches, celle des guides inspirés d'Israël ; c'était la voix de Dieu.
De tout ce qui précède . nous concluons premièrement qu'il existait avant Moïse des documents écrits; en second lieu, que Moïse a pu les utiliser, soit en les insérant littéralement , soit en les juxtaposant pour qu'ils s'éclairassent mutuellement . soit en les abrégeant et en les résumant, toujours inspiré par Dieu et guidé par lui dans son travail'.
' On a fait grand bruit au sujet des documents multiples qui ont servi à Moïse pour la rédaction de la Genèse et dune partie des autres livres du Pentateuque. On s'est surtout montré scandalisé de rinsertion vraie ou prétendue de morceaux entiers attribués à des auteurs inconnus. On a voulu en déduire la non authenticité du Pentateuque. Que Moïse ait jugé à propos dintroduire dans son texte les documents mêmes où il puisait . de les mêler ensemble de manière à compléter le récit, bien que ce procédé ait entraîné quelques redites et donné lieu à des contradictions qui ne sont qu'apparentes, nous ne voyons rien en cela qui puisse autoriser à dépouiller Moïse de la paternité du Pentateuque. De nos jours, on a poussé les emprunts jusqu'à l'abus, sans que personne ait songé à retirer aux partisans de ces citations, souvent disparates et trop multipliées, leur titre d'auteurs; ceux-ci ont voulu simplement montrer qu'ils étaient bien informés, et il leur reste la responsabilité du choix des citations et de leur arrangement. Leur œuvre leur apjjartient.
Le double récit jéhoviste et élohiste, s'il existe, n'intéresse que la curiosité et n'entraine pas les conséquences qu'on a prétendu en tirer. Que Mo'ise ait ou non inséré dans son œuvre des docaments qu'il avait sous les yeux , en les combinant ou en les modi-
Si Ton joint ces monuments écrits aux institutions, aux monuments lapidaires, à rexistence probable de râouïs hébreux, aux indications fournies par les noms propres, par les proverbes, par les
fhul, ces docnmonts qu'il s'est appropriés nen font pas moins partie de l'Écriture tout entière inspirée par Dieu.
Les discussions engagées sur la présence dans le Pentateuque de plusieurs récits ou documents sont obscures. Toutefois, comme la question préoccupe encore beaucoup de commentateurs attardés , on nous permettra d'y entrer, pour en sortir l)ien vite.
Un médecin consultant de Louis XIV, Astruc, est le premier qui ait attiré l'attention des critiques sur la diversité des noms de Uieu dans la Genèse. Partant du fait de cette diversité, il conclut à Tinsertiou de textes de diverses origines dans la Genèse, et publia . à Bruxelles, un livre ayant pour litre : (lonjectures sur les Mémoires originaux dont il parait que Moïse s'est servi^pour composer la Genèse. Astruc distingue deux mémoires principaux, auxquels il rattache dix documents secondaires. Ces conjectures, au XVII'' siècle, causèrent quelque scandale chez les gens pieux; mais les hommes instruits n'y attachèrent qu'un intérêt mêlé de gaieté. (3n renvoya le médecin à ses ordonnances.
La théorie d' Astruc était ouljliée lorsque Eichhorn, en Allemagne, chercha à la faire sienne et à en tirer honneur et profit. Il lui prêta , au nom de la science, une valeur qu'on n'avait pas soupçonnée jusqu'à lui. L'hypothèse fut accueillie avec faveur. Elle fut soutenue par Ilgen et (^ramberg, et bientôt elle agita les écoles. Finalement le Pentateucpie fut transformé en une véritable mosaï<iue.
Aujourd'hui , la thèse des élohisles et jéhovistes commence à tomber en discrédit. Un savant anglais, M. Sayce, peu favorable d'ailleurs en bien des points à la doctrine catholique, proteste dans un récent ouvrage contre la criticjue (jui partage le texte du Pantateuque en divers écrivains. Il n'y a pour lui ni auteur élohiste ou jéhoviste, ni code sacerdotal, mais des documents tl'origine diverse, babylonienne, égyptienne ou chananéeime. ( The hiylier crilicism and tlie verdict of the monuments.)
Un grand nombre de commentateurs catholiques pensent à leur tour fpie Moïse a eu entre les mains d'antiques documents, et rien ne s'oppose .'i ce cju'il en ait fait usage pour la rédaction de la Genèse. Ils remontaient à Abraham, (pii avait vécu en flhaldée, à
cantiques et par une tradition orale qui n'avait pu s'altérer beaucoup, vu le petit nombre des intermédiaires, on se formera une idée des moyens naturels que Moïse avait à sa disposition pour écrire le Pentateuque. C'est donc sans motifs que les rationalistes opposent à la véracité de Moïse l'impossibilité d'une information sûre. Même humainement, il était bien informé .
Ur, la premièi-e capitale du royaume. Par respect pour ces documents de famille, Moïse conserva le nom d'Elohim quand il s'y rencontrait, se contentant de lui joindre souvent celui de Jéhovah, sans doute afin d'empêcher les Héiji-euxde prendre ces deux noms pour ceux de deux dieux dilTérents. Dans ce qu'il écrivit lui-même, il se servit du nom de Jéhovah, ou bien il combina ensemble dans son récit deux documents qu'il avait entre les mains. Ce n'est point nier rautheuticité et l'inspiration du Pentateuque. En se servant de sources écrites pour composer un livre si manifestement un, lauteur n'en a pas moins fait une œuvre personnelle. Comme l'a très bien remarqué un savant exégète , « il serait encore vrai de dire que Moïse est l'auteur des cinq livres qui lui sont attribués , même s'il s'était borné à les faire écrire sous ss direction et sa responsabilité , se contentant de fournir les matériaux et les idées , et chargeant un ou plusieurs secrétaires d"y mettre la forme ». (P. Brucker, Etudes religieuses , mars 1888.) La possession d'anciens documents, la connaissance préalable de certaines vérités n'empêchent point l'inspiration de la Bible ; et nous ne voyons pas de motifs pour que Dieu exclue des choses qu'il veut confier à l'Eglise par l'Écriture les connaissances acquises naturellement : c'est la remarque du savant cardinal Franzelin [Tract, de div. trad.). L'étude, la recherche des souvenirs et des témoins n'est pas interdite à l'écrivain sacré quand l'opération surnaturelle et la direction de Dieu guident l'auteur dans ses choix. L'inspiration ne détruit jamais les lumières naturelles, et elle ne réduit point l'homme à l'état d'un instrument privé de raison. (Pour un plus complet développement de notre pensée, voir David, roi , psalmiste , prophète. Introduction.)