TRADITION UNIVERSELLE
Avant d'entrer plus avant dans l'explication du récit que fait la Genèse de la chute primitive , nous voulons dire quels sont les principes au nom desquels nous maintenons la réalité de ce drame à la fois naïf et terrible. Car, suivant l'idée que l'on a de Dieu, les faits racontés dans la Genèse deviennent croyables ou impossibles.
Le panthéiste doit logiquement rejeter l'histoire de la chute originelle ; elle ne peut être pour lui , malgré le caractère visiblement historique que la Genèse lui donne, qu'une légende, un mythe dont le fond et les détails sont absolument dépourvus de réalité. Si Dieu et l'homme s'identifient, il n'y a ni offenseur ni offensé, ni péché ni rédemption. Mais au sein des ténèbres de cette doctrine s'évanouissent aussi , comme des fantômes , les vérités qui forment la base des sociétés : la liberté, la responsabilité et toute distinction fondée en droit absolu entre le bien et le mal.
[V't L'ANCIEN TESTAMENT
Nous ne voulons point non plus rendre eompte des premiers chapitres de la Genèse au déiste qui accepte, il est vrai, le dogme d'un Dieu tout -puissant et personnel, mais n'admet guère d'autre rapport entre lui et la créature que celui de l'acte créateur. Il suppose un Dieu semblable à celui d'Epicure et de Lucrèce, qui devient étranger à l'œuvre de ses mains, reste absolument indifférent aux destinées de l'homme et, après l'avoir jeté sur la terre, l'abandonne au hasard. Pour le déiste, Dieu n'est que la loi éternelle , le Dieu très grand , non le Dieu très bon ; le Dieu tout-puissant , jamais le père.
Au panthéisme hégélien on substitue aujourd'hui, pour expliquer la création, la doctrine de Darwin. Elle doit exclure comme le panthéisme la réalité de la chute et ses suites si Févolutionisme ne met pas une divinité intelligente à la base du système. Le darwinisme sans Dieu ne se comprend pas : un principe aveugle n'a pu créer l'harmonie de l'univers. Qu'importe que la création soit lente et qu'elle requière des milliers de siècles : la création progressive suppose une intelligence. Dieu.
Nous nous adressons donc seulement à ceux qui croient en un Dieu intelligent el bon, dont la providence s'étend à toute œuvre de sa main et particulièrement à l'homme, la plus aimée des créatures, capable d'aimer à son tour et de s'élever par la reconnaissance à l'auteur de son être. Le fait de la chute s'impose à la droite raison , éclaire l'histoire et met en lumière l'éternelle puissance et l'absolue
indépendance de Dieu . la dignité de l'homme et la bonté originaire de sa nature. L'homme peut ordonner sa vie , toute chétive qu'elle est , d'après ces vérités . et se sentir quelque chose dans l'immensité de l'univers.
Si on comprend ainsi Dieu, l'homme el leurs rapports, Dieu, après avoir créé l'homme, a dû le défendre contre les agents destructeurs et lui fournir les aliments nécessaires à sa nourriture. De là la nécessité du paradis terrestre.
Avant les progrès de la géologie, les commentateurs de l'Ecriture , privés des lumières que nous a fournies cette science , ne pouvaient se former une juste idée du monde primitif, sur lequel la révélation ne nous dit presque rien. Ils se représentaient volontiers la terre comme peuplée d'animaux inoffensifs. On se demandait si, dans ce temps d'innocence , le lion et le tigre ne se nourrissaient point de l'herbe des champs. Les poètes peignaient les carnassiers reposant au milieu des troupeaux de moutons : « Le lion, dit Milton, en jouant se cabrait, et dans ses griffes berçait le chevreau ; les ours, les tigres , les léopards , les panthères gambadaient devant eux ; l'informe éléphant, pour les amuser, employait toute sa puissance et contournait sa trompe flexible. Les autres animaux, couchés sur le erazon et rassasiés, regardaient au hasard ou ruminaient à moitié endormis ' . »
Cette peinture est fort belle sans doute, mais les
' Milton, le Parndia perdu, chant iv.
fossiles de celte époque ne permellent pas de Taccepler comme répondant à une réalité. Si Ton réfléchit à la force prodigieuse de certains animaux , à l'armature de leurs mâchoires, on ne peut douter qu'ils n'aient été destinés à se nourrir des autres animaux. On retrouve en effet, au milieu des restes fossiles des carnivores antédiluviens, des débris d'os qui ne leur appartiennent pas et semblent être ceux de leurs victimes. On peut même reconnaître que, dans leurs appétits féroces, ils n'épargnaient pas les individus de leur propre espèce ' .
Tels étaient les habitants de la terre au moment où rhomme y apparut. D'autre pai't, les végétaux nourriciers étaient rares; les pins, les araucarias, les roseaux , les fougères , qui semblent régner presque seuls à l'époque primaire et secondaire, occupaient encore une grande partie du sol. Sans doute l'époque pliocène vit se développer bien des plantes et des arbres nourriciers; nonobstant, Adam n'aurait pu trouver sa nourriture.
Au milieu d'un monde tel que la géologie le montre au moment de l'apparition de l'homme, que seraient devenus Adam et Eve, jetés nus au milieu des forêts? Ils eussent été infailliblement dévorés par les animaux malfaisants, ou bien ils eussent succombé à une mort plus redoutable encore, celle de la faim. Si le voyageur qui s'égare dans les forêts de l'Amérique n'a pas son fusil pour lui procurer
' Saint Thomas enseigne que les carnivores furent créés avec la cruauté (jui leur est naturelle (i". q. lxix, i, ad 2; cf. August., Gen. ad lilt. III, ivi).
du gil)ier . il meurt faute de nourriture. Sil vit . c'est au milieu de transes continuelles. Les serpents, les tigres et les autres carnassiers ne lui laissent pas une heure de tranquillité.
On a dit qu'Adam encore innocent n'avait rien à redouter des animaux : n'y avait -il pas sur son front une telle majesté, dans ses yeux une telle puissance, qu'il fascinait les bêtes les plus féroces ? Mais quelle que fût la majesté de l'homme primitif, cet homme dormait apparemment ; et pendant son sommeil sa majesté dormait avec lui. Or c'est précisément pendant son sommeil que le voyageur égaré dans les forêts court les plus grands dangers.
Eh bien, qu'est-ce qu'un père tendre et toutpuissant comme Dieu devait faire pour protéger riiomme naissant ? Il devait le mettre dans un lieu où il pût trouver les aliments nécessaires à sa vie et où il fût à Tabri des bêtes féroces * .
Voilà précisément ce que nous apprend la Bible : Dieu plaça l'homme dans un jardin, dans un lieu fermé, ]-"2~';;, hortus edinicus , c'est-à-dire un lieu protégé et agréable . en zend : pairà-daëza . clôture, ou, comme les Septante Font excellemment traduit, dans un paradis^ .
Mais quelles clôtures devons-nous supposer? Ici.
* « Ut custodiret a feris quœ extra pai'adisum eraut, et ab animalibus quœ erant in paradiso, ne inquinarent. » Basil, et August.)
* "Ji, hortus, a pour racine p5, texit ou protexii , et signifie à la lettre : terrain protégé par une clôture. Le mot ^ly, eJen, en grec r,8ovr,, signifie plaisir, volupté. Suivant certains auteurs, les mots sanscrits para daé'za ont le sens de pays élevé.
les voyageurs et le>; archéologues vont nous éclairer. Lorsque les Indiens de l'Amérique voulaient se fixer quelque part et y vivre tranquilles, ils cherchaient une petite île au milieu d'un lac ou d'un fleuve. Ces habitudes étaient celles de tous les peuples primitifs. Qu'on se rappelle les habitations lacustres dont nous avons parlé. Là, les premiers hommes trouvaient un abri contre les fauves et, il faut le dire aussi, contre leurs semblables. Le jour, munis de leurs armes, ils affrontaient les dangers des forêts; mais leur famille était abritée au milieu du lac. et c'est là que, la nuit, ils venaient se reposer.
La Bible nous représente le paradis terrestre enveloppé d'eau : « Des eaux vives, inj, miJutr, sortaient de la contrée d'Kden pour arroser le jardin et de là se diviser et former quatre bras ^ » On peut donc s'imaginer le pays d'Eden comme renfermant un lac d'où sortaient des courants d'eau qui formaient autour des terres une sorte de ceinture, et qui prenaient ensuite leur course à travers quatre pays. En même temps que les eaux arrosaient le jardin , elles en protégeaient les habitants. Ainsi la Providence avait pourvu au premier besoin de l'homme, qui était d'être nouii-i et d'être abrité contre les fauves.
La tradition universelle des peuples a conservé le souvenir d'un âge fortuné, dans lequel l'homme,
' \.:\ liiblc parle (le l'Eden eomiiu' d'iiii [jays, (riinc contrée. C'est en Kdcn (m'est situ(i le jardin, cl vers l'oiieut de ce pays. Le nom du tout est devenn ccliii de la narlie.
LÉDEN • 109
exempt de travail et de tous maux , vivait au milieu d'une délicieuse nature.
Entre toutes ces traditions, celle qui offre avec le récit de la Bible la ressemblance la plus frappante, le parallélisme le plus exact et le plus suivi, est contenue dans les livres sacrés de la Chaldée. La parenté que nous signalons avait déjà frappé les Pères de TEglise , qui connaissaient la tradition chaldéenne par l'ouvrage de Bérose , prêtre de Babylone ' ; elle s'accuse encore mieux depuis que la science moderne est parvenue à déchiffrer les lambeaux des livres qui servaient à renseignement des écoles sacerdotales sur les rives de FEuphrate et du Tigre. Elle trouve une explication dans un fait dont témoigne la Bible ; la famille d'où sortit Abraham vécut longtemps mêlée aux Chaldéens, c'est de la ville d'Ur en Chaldée qu'elle partit pour chercher une nouvelle patrie dans le pays de Chanaan. Abraham et les siens apportèrent avec eux de la contrée d'Lr un récit traditionnel sur la création du monde et sur les premiers jours de l'humanité. Etait-ce une copie de celui des Chaldéens? Non, assurément. Un abîme sépare les deux narrations. Ce sont deux formes divergentes d'une même tradition primitive qui, partant d'un fond commun , reflètent dans leurs différences le génie de deux peuples et de deux religions : une disposition spéciale de la Providence
* Bérose écrivit en grec, sous les premiers Séleucides, l'histoire de son pays depuis les origines du monde.
permit que les vieux récits apportés par Abraham restassent purs du mélange de la fable ^ .
Nous ne dirons pas, comme certains critiques aventureux, que les écrivains bibliques se sont inspirés, en les dégageant de leur gangue polythéiste , des documents chaldéens , égyptiens ou chananéens. Que Ton mette en parallèle les récits babyloniens relatifs à la création ou au déluge avec
1 Les chanls antiques de la Chalcloe, retrouvés daôs la bibliothèque d'Assurbanipal , à Ninive , parlent d'un bocage sacré , planté à Eridu (aujourd'hui Abu-Schareïn) , et au milieu duquel avait poussé un pin noir : « Son fruit (ou sa racine) est de cristal brillant et il est arrosé par les eaux du grand Océan. C'est le jardin de Éa, jardin fécond, jardin de délices, le centre de la terre. L ombre du bois sacré est épaisse : personne n'y est entré... » Malheureusement le récit chaldéen est incomplet; mais on en devine le sens général. (Sayce, Smith's Chaldsean Account of Gen., p. 87; cf. Lenormant, les Origines de l'histoire, t. II, p. 104.) On a aussi relevé de lointains rapports entre le récit bibli({ue de la chute et la légende suivante conservée sur une des tablettes de Tell el-Amarna : « Adaj^a , fils d'Éa, le Dieu suprême , ne jouissait pas du don de l'immortalité. Il ne pouvait pas s'élever jusqu'au séjour du dieu Anou , ni jouir de sa présence. Grâce à un stratagème que lui conseilla son père, il pénétra dans le palais céleste, mais on lui enjoignit de ne point « manger la nourriture de mort » qui lui serait offerte. On lui permettait seulement de se justifier auprès d'Anou d'avoir brisé les ailes de Shouthou, le dieu du vent, quand celui-ci l'avait culbuté dans la mer. Après qu'Adapa se fut justifié, Anou dit : « Pourquoi Éa a-t-il permis qu'un homme impur vît l'intérieur du ciel et de la terre? » Et en disant ces mots il tendit k Adapa la nourriture de vie; Adapa n'en mangea pas. Alors Anou le regarda et gémit sur lui : « Eh donc , Adapa , pourquoi n'as-tu pas mangé? Tu ne jouiras jamais de la vie éternelle. » Adapa répondit : « Éa, mon maître, m'a ordonné de ne pas manger. » C'est ainsi qu'Adapa perdit l'occasion qui s'offrait de devenir immortel. (Ilarper, die Bahyl. Legenden von Etava und Adapa; Scheil, Légende chald^enne trouvée à Tell cl^Amar/m, dans la Revue des Religions, t. I, p. 162.)
ceux de la Genèse : du premier coup dœil on verra que les deux récits sont indépendants l'un de l'autre ; leurs ressemblances , très nombreuses, n'ont d'autre raison que la dérivation dune source commune. Les récits babyloniens sont obscurs, redondants et imprégnés jusqu'au fond de polythéisme ; ce ne sont pas des traditions à leur premier stade de développement. Tout au contraire, les récits bibliques sont simples, nets, aussi précis que peut lètre une œuvre de la première époque de l'écriture. Quel travail de simplification . contraire d'ailleurs à toutes les habitudes des écrivains orientaux, faudrait -il supposer pour que ce récit clair et précis ait été dégagé du récit chaldéen, obscur et confus I Tout porte à croire que les deux récits reproduisent chacun à leur manière la tradition primitive : ici, gardée dans sa pureté idéale ; là . au contraire , chargée d'interpolations successives *.
La Genèse assvro-babvlonienne , dont le texte
' Qu'on lise , par exemple , le récit chaldéen de la création découvert, en 1882, dans les fouilles de l'ancienne Sippara (publié par M. Pinches, Journal of the R. Asiat. Soc, juillet 1891), on verra que si la légende chaldéenne remonte très haut, elle a revêtu au cours des âges des formes Aariées, s'adaptant aux exigences du culte local, favorisant les prétentions de tel sanctuaire à une origine aussi ancienne que le monde. La tradition biblique ne se rattache à aucune de ces versions particulières. Nous ne voulons cependant point condamner absolument des savants tels que M. Lenormant {op. cit.) et M. Sayce ( The higlier criticism and the verdict of the monuments^ qui considèrent la Genèse comme une édition expurgée de la tradition clialdéeiuie , où le rédacteur inspiré a fait pénétrer un esprit nouveau, tout en couservant les lignes essentielles, et d'où il a soigneusement banni toutes les erreurs du panthéisme et du polythéisme.
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original a été retrouvé dans les décombres de la bibliothèque d'Assurbanipal, est trop mutilée pour fournir la base d'une comparaison sérieuse avec celle de Moïse ; mais les représentations des basreliefs nous disent plus de choses que les cunéiformes ne nous en ont appris'. On y voit souvent représentée une plante mystérieuse et sacrée, que gardent des génies célestes , symbole religieux très suggestif, qu'il est difïicile de ne pas rapprocher de l'arbre de vie et de l'arbre de la science du bien et du mal -.
Les légendes communes aux Aryas orientaux , antérieurement à leur séparation en deux grandes branches, placent le premier homme, appelé Yima,
^ On a appuyé do ccrlains noms propres la croyance des Chaldéens à l'existence du paradis terrestre. Ainsi un des noms religieux les plus anli({ues de Bahylonc est Tinlir-Ki, appellation accadienne qui veut dire « le lieu de l'arbre de vie ». De même le nom ôc Gnn- Dounyasch , « le jardin du dieu Dounyash, » donné au district admirable de fertilité dont Babylone était le centre , ofTre une remarquable assonance avec le i)il)li({ue GanEden ou jardin de l'Éden. (Lenormant, Hist. anc. île l'Orient, t. I, p. 101; Delitzsch.)
■■' C'est inconteslablemenl l'arbre de vie que représente l'arbre sacré que l'on rencontre fréquemment dans les monuments assyriens; toutefois aucun texte formel n'est venu explicfuer le symbolisme traditionnel de cet arbre. Il est diflieile de savoir si les Chaldéens distinguaient deux ari)res différents, comme les Iraniens et les Hébreux. Peut-être faut -il voir l'arbre de vie dans les figures qui représentent un arbre surmonté du disque ailé ou adoré par les prêtres; peut-être faut -il reconnaître l'arbre de la science du bien et du mal dans le célèbre cylindre babylon conservé au musée Britannique, représentant un homme et une femme assis face à face aux côtés d'un arbre d'où pendent deux gros fruits. (Voir plus haut, p. 06.)
LÉDEN 113
dans le jardin fertile et fortuné de rAiryana-Vaedja. Ormiizd parle ainsi à ^ inia :
(( Plante dans ce lieu les germes de tous les arbres dont les parfums peuvent enchanter le paradis. Places-Y le germe de toute nourriture parfumée et douce. Places- V les hommes et les femmes par couples. Qu'il n'y ait là ni querelles , ni vexations, ni antipathies, ni inimitiés; point de mendiants , point de pauvres , point de voleurs , point de malades, point de dents trop longues et malignes. Mets-y légalité, pour qu'il ne s'y élève aucun de ces différends que connaît Ariman. Mets neuf points au nord , six dans le milieu , trois dans la partie inférieure , et que Zoroastre règne en ces lieux ! »
Non moins frappant est le récit des traditions mythiques des Scandinaves. La scène se passe entre des êtres de race divine, les Ases. L'immortelle Idhunna demeurait avec Bragi , le premier des chantres inspirés , à Asgard , le milieu du monde , le paradis, oii elle régnait dans l'état de parfaite innocence. Les dieux avaient confié à sa garde les pommes de 1 immortalité ; mais Loki , le rusé, la séduisit à l'aide d'autres pommes qu'il avait découvertes, disait-il, dans un bois. Elle l'y suivit pour eii cueillir ; mais soudain elle fut enlevée par un géant, et le bonheur ne fut plus dans Asgard'.
Nous ne parlons point des traditions postérieures, qui ne sont que les échos altérés de la tradition
' Légendes conservées dans VEdda de Snorre Sturluson. (Voir Lenormant, op. cit., p. 32.)
hébraïque ou chaldéenne. Ce sont des notes perdues d'un même concert; mais elles n'en montrent pas moins combien le souvenir primordial d'un Eden est resté profondément gravé dans la mémoire des peuples.
En laissant s'oblitérer l'histoire et la notion du péché originel , les nations de l'antiquité ont été conduites à la fable des quatre âges de l'humanité : c'est la loi d'une décadence continue que l'ancien monde a cru sentir peser sur lui. L'erreur du panthéisme oriental favorisait cette conception. Le progrès humain ne peut trouver place dans une théorie d'où sont bannies la lil^erté et la responsabilité. Aux yeux du panthéiste il nj a ni bien ni mal : la corruption est l'effet d'une loi d'évolution inéluctable.
Plus consolante est la doctrine biblique. Elle explique comment le mal a pu naître sous un Dieu bon. L'humanité est tombée , dans la personne d'Adam, en abusant de la liberté. Le mal moral a engendré le mal physique, la douleur. Dieu a retiré ses premiers dons ; mais l'humanité humiliée , portant les douloureux stigmates du condamné, c'est-à-dire d'incroyables faiblesses avec des restes de grandeurs, est destinée au relèvement. Bien qu'enclin au mal , l'homme n'est pas fatalement condamné à un amoindrissement progressif. Loin de là ; par des efforts personnels , il se relève graduellement. Au lieu d'un recul continu il marche en avant , guidé par la révélation , vers des horizons toujours plus lumineux. La Bible est l'histoire
même de ce relèvement. Si. parce que ce n'est pas son rôle, elle n'enregistre point les progrès des sciences et des arts, elle n'en marque pas moins les étapes de la civilisation morale allant du même pas que ridée religieuse, vers le Christ Jésus, qui mettra un jour en pleine lumière le vrai principe du progrès , et conduira l'humanité à son terme , à l'objet de ses aspirations suprêmes : insiaurcire omnia in Christo.