‹ De l'Eden à MoiseChapitre 43 sur 79 · LARBHE DE LA SCIENCE DU BIEN ET DU MAL · texte numérisé non relu

LARBHE DE LA SCIENCE DU BIEN ET DU MAL

En plaçant au milieu du paradis terrestre l'arbre niA'slérieux de la science du bien et du mal, Dieu avait eu pour but de mettre sous les regards de l'homme le signe de son domaine absolu, le symbole de sa suprême autorité , et de lui rappeler sa dépendance. Roi de la nature, l'homme est sujet du Créateur; si bon, si généreux que Dieu soit, il ne peut abdiquer sa souveraineté.

Le rationaliste appelle puéril le commandement divin; il n'en soupçonne ni l'importance ni la nature. Il méconnaît le mystère caché sous une image à laquelle il donne une signification vulgaire qu'elle n'a pas. L'arlire dont le fruit est interdit est appelé urbrv de lu .science du bien et du mal : c'est un nom qui doit avertir que ses fruits ne sont pas ceux des arbres de nos vergers.

Ecartons des puérilités indignes de la Bible. Le fruit défendu est, si on se laisse entraîner à une curiosité coupable, la révélation du mal moral, révélation qui nous attend tous au seuil de la vie et détruit à jamais la candeur et souvent l'innocence

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de l'enfant, du jeune homme et de la jeune fille; c'est l'occasion du combat entre la raison et les sens , de la vertu et du vice , en un mot , c'est l'épreuve ; mais ajoutons : c'est aussi le mérite.

« Les philosophes, dit M. de Bonald, se sont fort égayés sur la défense que Dieu fit à Adam de manger d'un certain fruit, t^n supposant la création, il est, je ne dis pas seulement vrai, mais naturel, mais nécessaire , mais indispensable , que Dieu ait fait connaître à sa créature son pouvoir et la dépendance où elle était. Le pouvoir se fait connaître par des injonctions et des prohibitions, et ne peut se faire connaître autrement ^ »

Dieu, en créant l'arbre de la science du bien et du mal et en défendant de goûter de son fruit, voulait, comme nous l'avons déjà observé, fournir à Adam l'occasion du combat et du mérite. « La première injonction qu'il fait au premier homme , continue M. de Bonald , est de croître et de se multiplier, et, par conséquent, de jouir de tout ce qui est nécessaire à l'accroissement et à la multiplication de l'espèce humaine. Après l'injonction de jouir, il était naturel qu'il le prémunit contre l'excès et l'abus des jouissances, et qu'il lui ordonnât de s'abstenir. La grande loi des sacrifices volontaires , ce premier exercice de toute vertu publique ou privée, ce grand moyen de conservation de toute société , devait commencer aussitôt que l'homme ; et, en lui donnant la terre entière pour

* De Bonald , Pensées.

domaine, il était digne de Dieu et utile à rhomme de lui apprendre qu'il devait en user avec sobriété et mettre des bornes à ses jouissances , comme il en avait à son esprit et à ses forces. La leçon de tempérance , même dans les choses bonnes en ellesmêmes ou indifférentes, devait surtout être donnée à l'homme lorsque, seul encore dans son immense héritage, il ne pouvait avoir que sa volonté pour bornes à ses désirs. Mais quelle défense Dieu pouvait-il intimer au premier homme? Il ne pouvait lui intimer que des défenses personnelles, puisqu'il était seul sur la terre, et non des défenses sociales, de tuer, de voler, de calomnier, de commettre l'adultère, prohibitions réservées à d'autres temps et qui devaient être le fondement de la société. Dieu pouvait-il lui prescrire la pauvreté, lorsqu'il était seul possesseur de la terre; Tobéissance, lorsqu'il en était le seul roi; la chasteté, lorsque la première injonction à ces deux époux avait été de croître et de se multiplier? Plus on y pense, et mieux on voit que Dieu ne pouvait commander à l'homme d'autre sacrifice de sa volonté ni lui donner une autre leçon de tempérance dans la jouissance des biens de la terre. »

Il faut voir dans l'arbre défendu la majesté de Celui dont il symbolise le commandement. Cet arbre est le signe de la toute-puissance de Dieu, devant lequel s'incline toute créature au ciel et sur la terre ; il est aussi le signe du devoir, du sacrifice et de la vertu .

Qu'importe le prix de l'objet qui sert de symbole à une idée sublime? Le symbole de la patrie, c'est

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