‹ De l'Eden à MoiseChapitre 44 sur 79 · L'ARBRE DU PARADIS · texte numérisé non relu

L'ARBRE DU PARADIS

un drapeau, c'est-à-dire une toile suspendue à un bâton. Mais ce drapeau porte dans ses plis la destinée, la gloire d'une nation. Le sceau d'un grand monarque n'est qu'un peu de cire sur une feuille de papier : briser ce sceau serait un crime , la violation du secret du roi. La croix n'est qu'un morceau de bois coupé par un autre à angle droit : insulter la croix , c'est insulter la religion elle-même et son auteur.

Le symbolisme du paradis terrestre était plein de mystères : un premier arbre nous a perdus ; un second arbre, la croix, devait nous sauver.

Nul doute que, si la raison et la sagesse d'Adam n'eussent été obscurcies par un désir violent , il n'aurait point touché au fruit défendu, Mais ce désir passionné , que fut-il? Ce ne fut pas ce qu'on appelle la concupiscence, suite du péché originel, ce nuage épais qui monte des sens à Tàme, qui s'interpose entre le péché et ses conséquences fatales, et qui vicie la liberté. L'obscurcissement vint chez Adam dune complaisance orgueilleuse dans la pensée des privilèges et des dons qui l'élevaient si magnifiquement au-dessus des autres créatures terrestres.

Dieu avait fait l'homme à son image et à sa ressemblance. Il ne lui avait donné, il est vrai, il ne pouvait lui donner que dans la mesure du fini ce que lui-même possède à un degré infini. Cependant l'homme se sentait roi, puissant, libre. Il était roi; Dieu n'avait-il pas dit à Adam et à Eve : Dominamini. « Régnez en maîtres sur tou^ les animaux, sur toutes les bêtes de la terre, de l'océan et du ciel. »

Si rhomme même déchu peut commander au vent d'enfler les voiles d'un navire, à la vapeur de lui faire franchir l'espace , à l'électricité de porter ses pensées plus vite que la lumière ; si le progrès des sciences et des arts enivre nos contemporains au point de leur faire supposer que Dieu n'est qu'une hypothèse dont ils n'ont plus besoin, la libéralité avec laquelle avait été traité le premier homme, tant d'honneur et de gloire dont il se voyait couronné, ne pouvaient- ils pas l'enorgueillir?

D'ailleurs il était libre. Dieu n'intervenait que d'une façon intermittente, pour laisser son fils à ses propres inspirations, pour ne point gêner sa spontanéité ni diminuer son libre arbitre.

Quel usage va faire Adam d'une liberté si parfaite? Hélas! il ouvrira son âme à l'orgueil, poison subtil des âmes élevées et délicates. La limite posée à une royauté pourtant si capable de satisfaire ses ambitions raisonnables, irritera Adam au point de lui faire perdre de vue un instant tous les biens dont il jouit. L'histoire de tous les orgueilleux multipliera les exemples de cet aveuglement.

Nos premiers parents se sont posé cette question troublante : Pourquoi cette restriction attentatoire à notre liberté? Nous pouvons tout, et cependant en présence de ce fruit mystérieux, notre pouvoir est lié. Pourquoi? Le tempérament de la liberté est de tenir pour odieuses les plus sages restrictions. Une fois blessée en un point et irritée , elle s'enhardit et devient révolte.

L'arbre était appelé l'arbre de la science. Il tst

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